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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 10:13

La forêt tout autour, c'est le monde qui ne va pas fort, les combats dans lesquels il faudrait s’engager, les causes qu’on pourrait rejoindre.

Entre deux attitudes j’hésite.

Il y a Pierre Rabhi et son colibri. Quand la forêt brûle, il vole chercher de l’eau à la rivière dans son bec minuscule pour arroser l’incendie goutte à goutte. Les autres sont incrédules, mais lui "fait sa part". Il a sa conscience pour lui.

Et puis il y a Joseph Delteil et sa forêt paléolithique, théâtre de la somptueuse recette du lièvre rôti : vous mettez le feu à la forêt et quand c’est fini vous récupérez votre dîner bien cuit.

Il avait aussi la conscience, Delteil - dès 1972 il maudissait l’énergie nucléaire - mais il avait surtout pour lui la poésie. Une certaine élégance sauvage. Entre les deux mon cœur balance.

Willy était très Rabhi. Il me semble d’ailleurs qu’il a dû aller visiter La Blaquière, où le Pierre a mis en pratique sa vision de l’agro-écologie.

Faire sa part, faire de son mieux, faire un effort, c’était la ligne de mon père. Et que qui veut le suive (pour que le feu de forêt s’éteigne il faut que nous soyons TRES nombreux). Il partait du principe que l’homme est bon. Il était prof, par force donneur de leçons, montreur d’exemple et un peu tribun aussi. On n’est pas colibri sans un peu de tchatche.

Le panache désabusé glorieux de Delteil n’était pas du tout son truc. Je ne suis pas certaine que la poésie soit tout à fait le mien.

Quand je m'inquiète du fait que ma part est décidément très petite (un peu d'argent là, un peu de bénévolat ici) je repense à la fameuse phrase : l'homme est sur terre pour la détruire, c'est sa mission c'est son destin. Qui me repose un peu.

Je pense aussi à Donald Fagen, qui remarque "I was never much of a joiner" où je me reconnais bien : le collectif c'est pas mon truc.

Et la destruction non plus. Mes parents m'ont trop bien élevée. On n'est pas du genre à gaspiller, alors le beau geste de tout brûler pour le plaisir du feu, je me l'interdirai.

Je repensais ce matin à "j'ai pas fait exprès" à quoi on me répondait invariablement "ça ne suffit pas, il faut faire attention".

De même que la folle élégance du crime gratuit ne m'est pas permise, la grande humilité du geste minuscule qu'on espère démultiplié m'échappe.

La forêt brûle, les lièvres s'enfuient, les colibris jouent les camions citernes, et moi, je pense à Willy.

 La forêt brûle et moi je suis tiraillée La forêt brûle et moi je suis tiraillée

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