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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 07:13

Même quand je ne sais pas trop où je vais, un indice vient me taper dans l'œil et la piste se dessine.

Port William, encore plus au Sud qu'Ushuaïa. J'ai vu ça dans un reportage, c'est au Chili "un des établissements humains les plus méridionaux du monde" ... ça me semble une bonne adresse.

jamais sans un signe

Et sinon ... avant de partir pour quelques jours à Madrid, je me penche sur le cas du 26 et vous livre deux nouveaux Je Suis.

(un chien cadurcien)

(un chien cadurcien)

Je suis un bouledogue blanc avec une tache brune sur l'œil gauche. Je suis tout nu, sans manteau ni collier, ma maîtresse me trimballe à l'arrière de son vélo rouge dans une caisse en bois à claire voie. C'est assez confortable et je vois du pays.

Tiens, on s'arrête, elle met la béquille de son vélo et puis elle m'attrape sous les bras, je pends de tout mon poids comme un sac de patates, elle me sourit quand même. Elle me pose sur le trottoir.

C'est cool parce que j'ai plein de trucs à renifler, mais ça m'embête parce que là, tout le monde va voir que j'ai la patte arrière droite complètement raide. Ça me donne une démarche ridicule, c'est pour ça que je préfère quand on roule : dans ma boîte surélevée, j'ai l'air d'un roi.

(ça n'a rien à voir mais c'est tout ce que j'ai en stock sur la rue d'Aboukir)

(ça n'a rien à voir mais c'est tout ce que j'ai en stock sur la rue d'Aboukir)

Je suis un grand Sikh avec un diable à mes pieds. J'attends au coins des rues St Denis et d'Aboukir, deuxième arrondissement, avec une dizaine de mes coréligionnaires, coiffés comme moi du turban noir et mêmement accompagnés de leur outil de travail à deux roulettes. Nous attendons des chargements de fringues ou de rouleaux de tissu, nous faisons la navette, à la demande, entre les camions de livraison et les boutiques - certains préfèrent dire 'show-room' - de ce qui reste du Sentier. Nous sommes à Paris en 2016, mais notre demi-cercle patient et silencieux, suspendu à la commande, pourrait aussi bien se trouver, identique, sur le port lointain d'un pays Antique ....

Nous ressemblons à des princes mais nous louons nos bras.

 

Nous sommes, vous êtes ...

J'espère que vous allez tous bien, que le printemps précoce, bientôt rattrapé par le cours du temps, vous réjouit et vous met au cœur des envies délicieuses et des élans irrésisitibles.

PS : en cherchant des images, je vois qu'il y a aussi un Port William en Ecosse ...

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 10:04

où il sera question de peau, d'astronaute, de métro et d'oiseau ...

J'ai décidé de refaire des 'je suis'. Je cherchais des textes courts à lire entre les chansons de la sieste acoustique du 17 janvier. Je suis retombée sur la troisième partie de Vieilles Peaux, intitulée Pas Moi et qui fonctionne sur ce système : je me mets dans la peau de gens ou de choses que je vois ou que je croise et je raconte à la première personne.

C'est un bon exercice. Surtout en ce moment, juste après "les fêtes" où je n'arrive pas à me replonger dans mon livre en cours et où je suis d'humeur vacancière.

Des textes courts, où l'inspiration fait tout le boulot ...

je ne compte plus en mois

Willy m'avait fait compliment à propos du Pas Moi de Vieilles Peaux. Il avait dit : "ils sont bien campés tes personnages, on a envie d'en savoir plus." Comme souvent, c'était un compliment du genre constructif (et un peu à double tranchant). J'avais précisé que justement le but et la limite de cette forme était de ne donner qu'une image fugace, un germe d'histoire ou même pas.

Je pense qu'il rêvait que j'écrive un "grand livre". Je ne sais pas si j'en suis capable, je ne suis pas sûre de savoir ce que c'est.

En attendant, je vous offre quelques Je Suis première cuvée 2016.

je ne compte plus en mois

Je suis un hybride d'astronaute et de bonhomme de neige, version mini. Des pieds à la tête je mesure soixante centimètres. Là je me promène dans les rues de Paris d'hiver, à la proue de mon père qui me porte dans un harnais confortable, je lui ouvre la voie, je trace son chemin, c'est moi qui vois le premier les obstacles, quelquefois je lui sers même un peu de pare-choc, mais il marche doucement et je suis bien rembourré dans ma combinaison molletonnée blanche, je suis couvert du bout des pieds au milieu du front. Suspendu, les jambes ballantes, je suis le roi de l'espace et du temps. Je flotte, j'ai mon père en guise de moteur dans le dos et toute la vie devant moi. A perte de vue.

Je suis un usager du métro. Je rentre chez moi après une rude journée au bureau. Pour me délasser je fais des sudoku. Je porte un costume classique, je suis assis bien droit sur mon strapontin, mes pieds cachent mon sac, ma cravate couvre mon sexe. Malgré la foule, je suis bien isolé dans ma bulle. Je trouve que 'sport cérébral' est une appellation bien trouvée. Là je sens que mes neurones se détendent tout en se musclant. Avant j'étais adepte des mots fléchés, mais ça n'est plus dut tout d'actualité, c'est comme 'employé modèle' qui ne se dit plus tout, au jour d'aujourd'hui je suis ce qu'on appelle : un collaborateur exemplaire.

je ne compte plus en mois

Je suis un moineau sur le dossier d'une chaise à la terrasse chauffée du Grand Cerf. Je regarde les gens passer dans la rue, je tourne la tête dans tous les sens pour vérifier que je ne cours aucun danger, on ne sait jamais. La dame dans mon dos derrière la vitre, je ne suis pas certain qu'on puisse lui faire entière confiance. Y a rien à bouffer ici, mais c'est propre et il fait bon. Je gonfle mes plumes, je m'aiguise le bec sur le rotin du dossier, je laisse pendre mon aile droite, je sais pas si c'est l'hiver ou quoi mais j'ai un peu mal quand je la replie. Je ne vais pas m'éterniser non plus, hein, ça manque de miettes. Tiens, je regonfle mes plumes et puis je laisse une petite crotte avant de m'envoler.

je ne compte plus en mois

Je suis bien aise que vous me lisiez et je vous souhaite aussi joli que possible le mois qui s'étale jusqu'à notre prochain rendez-vous.

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 11:11

Il semblerait que certains irréductibles qui refusent de participer à la vie en réseau sur Fesse Bouc regrettent néanmoins de ne pas connaître les patates que j'y publie régulièrement.

Par conséquent, et comme j'aime faire plaisir, je vous en offre ici exceptionnellement une petite sélection ...

demande spéciale
demande spéciale
demande spéciale

sur ce, je vous souhaite la journée jolie !

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 22:25

Je ne suis pas prête du tout

(et en plus, là, je réécris ce que je venais de faire et que Sardine, debout sur le clavier, vient d'intégralement effacer)

Je ne suis pas prête du tout :

Pas parce que je reviens de quelques jours au bord de la mer ;

Pas parce que Noël m'a distraite ;

Pas à cause des cinq heures de train plein de grands retours et de familles nombreuses ;

Pas parce qu'il est 22heures et que je préfèrerais m'affaler sur le canapé rouge ;

Parce que je croyais avoir des sujets d'avance, dont je m'aperçois qu'ils sont listés mais pas le moins du monde avancés.

Par conséquent, j'improvise.

La trêve des confiseurs sera mon excuse. Entre un fourré praliné et un marron glacé, c'est le temps de se la couler douce, de vérifier si les jours rallongent ...

Je me sens, vous le voyez, tenue d'être au rendez-vous, même si je ne suis ni prête ni inspirée.

Je ne voudrais pas manquer à mes lecteurs familiaux et amicaux.

Donc je me (re)mets au boulot.

Heureusement le hasard, ou je ne sais quelle providence, a mis sur mon chemin un petit signe joli.

Pour vous et moi j'ai trouvé, dans le livre que je lis :

un excellent roman plein de métaphysique, de voyous et d'intellos, qui se passe à Chicago, la ville de l'incomparable Saul B.

un excellent roman plein de métaphysique, de voyous et d'intellos, qui se passe à Chicago, la ville de l'incomparable Saul B.

mention d'une fleur, appelée "Sweet William" dans les pays anglo-saxons,

dont je n'avais jamais entendu parler, mais dont la figure me dit quelque chose ...

pas prête du tout

et qui me donne le prétexte de vous offrir un petit bouquet avec mes vœux pour que cette année moche, voire affreusement sabotée, finisse le mieux possible pour tout le monde ...

et que la prochaine vous soit belle.

(Je ferai mieux la prochaine fois)

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 12:55

#ajma #aSettler'sCookbook #YasminAlibhaiBrown #livres #lecture #mantra #26

Ajwain, ajowan, ajwan, ova, ajmoda, ajma, jowan, ajmola, oma, omu, carom

ça n’est pas un mantra mais ça pourrait

(à propos de mantra, est-ce que je vous ai dit ma découverte ?

Je ne fais pas méditation, je suis beaucoup trop impatiente pour ça,

Mais j’ai compris que ces mots qu’on répète ont simplement la vertu de bloquer tout autre pensée

Parce que dès qu’on essaie de faire le vide

Les idées se précipitent, sous la forme de phrases obstinées

Le meilleur moyen de se protéger des mots c’est de leur en opposer d’autres

Des mots enchaînés, maîtrisés, qui forment une petite barrière contre ceux qui essaient de venir vous distraire.)

Une petite litanie savoureuse ...

Ajwain, ajowan, ajwan, ova, ajmoda, ajma, jowan, ajmola, oma, omu, carom

sont tous les noms communs d’une graine aromatique parfumée, puissante, piquante, amère

un peu du thym et de l’anis un peu du poivre et de la menthe un peu du basilic et de la sarriette

une seule plante tous ces noms autant de vertus bien sûr digestive, apéritive, apaisante

une épice-graine pour la tête et le ventre

La petite litanie des noms, la manière dont on les voit se déformer pour former les suivants, comme des perles, des bulles, me fait penser à la façon dont Willy expliquait les variations des mots à travers les langues, en les faisant rouler sur la sienne

Les retrouverai-je ?

Une petite litanie savoureuse ...

J’ai découvert cet AJMA dans un livre. ‘A Settler’s Cookbook’ de Yasmin Alibhai Brown

Où elle raconte à travers les recettes de cuisine de sa famille

Son parcours et celui des Indiens d’Afrique de l’Est :

Ouganda, Tanzanie, Kenya

Venus au tout début du XXème siècle pour construire la voie ferrée de la reine Victoria

Et ouvrir des magasins dans des coins retirés.

L’Afrique était leur Amérique Ils étaient les serviteurs de l’empire britannique

Ils étaient méprisés par les Anglais, mais moins que les Africains

Dans les années 60-70, avec la décolonisation, ils ont dû partir

Vers le Pakistan, l’Inde ou l’Angleterre.

Yasmin Alibhai Brown est beaucoup plus sociologue que MFK Fisher

Mais elle a le même genre d’approche et le même regard

Clair et calme.

La même gourmandise précise et subtile.

Je me pourlèche en me cultivant

Je plonge dans un monde inconnu, parmi des gens qui me ressemblent.

Une petite litanie savoureuse ...

D’ailleurs, surprise, je viens de trouver, dans ce livre

Un de ces mots qui se déforment en voyageant :

Chez Yasmin on dit jalebi

Dans ma famille on disait zlabia

Pour le même gâteau confiserie en serpentins enroulés remplis de miel parfumé

Jalebi – zlabia

Des noms qui dansent d’une culture à l’autre.

Et me bercent et me ravissent.

Je vous embrasse

(après m'être soigneusement essuyé la bouche

avec un mouchoir imbibé d'eau de fleur d'oranger).

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 10:54

#LeBeauTemps #MarylineDesbiolles #MauriceJaubert #lectures #Vosges #C'estDansLaVallée

C’est un de ces moments où je me dis que la vie est bien plus forte que tout ce que je pourrais jamais écrire dans mes livres, ou même trouver dans ceux des autres.

Quelque chose comme une étincelle.

C’est un nom que je lis à la page 59 du nouveau livre de Maryline Desbiolles intitulé « Le Beau temps ». Un nom que je rencontre pour la deuxième fois de ma vie.

comment ça se prononce

La première fois, je l’ai seulement entendu, et curieusement, je me suis tout de suite demandé comment on l’écrivait.

C’était au début d’Août, en chemin vers Sainte Marie aux Mines, via Saint Dié des Vosges, dans le TER métroLOR. Comme Lorraine.

Un omnibus qui, partant de Nancy, dessert une demi-douzaine de stations. A chacune, la voix enregistrée égrenait celles à venir.

J'avais passé du temps à essayer de deviner l'orthographe du nom, cité dans la litanie plusieurs fois par la voix annonceuse après "Rends l'étape" qui finalement s'écrit Raon, évidemment, c'est français, ça fait la roue tout le temps, à la moindre étape.

Je me demandais comment l'« azé rail » que j'entendais pouvait bien s'écrire.

Le ail final sûrement pas comme dans le Sud justement, aïe, mais plutôt genre hei, Alsace oblige.

Je divaguais, j'imaginais Hazerhei, quelque chose d'âpre et de teuton.

Je n'ai pas fait 'ah, mais oui, bien sûr' en voyant le panneau Azerailles comme j'avais fait pour Raon l'Etape.

Azerailles donc, où Maurice Jaubert, le héros du Beau Temps, compositeur oublié, a reçu les blessures qui devaient l'emporter en juin 1940.

Dans son texte, Maryline Desbiolles précise que le e de Azerailles est élidé. On devrait donc prononcer Azraï.

Mais la voix dans LOR, et je l’ai vérifié à nouveau quand nous sommes retournés à Sainte Marie début Octobre pour le festival « C’est dans la vallée », disait distinctement : ‘Azérailles’.

C’est un détail.

comment ça se prononce

Mais ce qui est vivant dans la vie et difficile à rendre avec l’immédiateté, la brillance, ce sont justement les détails et la manière dont l’un renvoie à l’autre, en appelle un autre, rallume une lueur éteinte.

Ce que je trouve magnifique et que je vais avoir du mal à vous transmettre, c’est cet effet de reconnaissance, de lien, comme une sensation d’harmonie entre les choses.

Pourquoi est-ce que j’ai passé du temps mental sur Azerailles plutôt que sur Bertrichamps ?

Pourquoi Maryline Desbiolles précise la manière dont on doit prononcer Azerailles dans ce livre où j’ai découvert que Maurice Jaubert a composé la musique de l’Atalante et qu’il faisait partie de l’université ouvrière la Bellevilloise dans les années 30 ?

Comment se fait-il que des mots qu’on n’avait jamais entendus, ni vus, avant, tout d’un coup cristallisent, se fassent une place dans la partie vive de notre cerveau. Se chargent de significations voire d’affects ?

La question n’est même pas ‘comment’ d’ailleurs, il n’y a pas de question, simplement une sorte d’émerveillement.

Le plaisir de voir tout d’un coup souligné, comme par la fluorescéine qui trace le cheminement de l’eau, les communications, presque le jeu des synapses.

comment ça se prononce

Maryline Desbiolles, dont j’ai lu tous les livres, que je recommande absolument, parce qu’elle a une écriture précise et personnelle, investigatrice, sensitive, réussit à faire revivre cet homme.

Pour moi, en plus, elle ajoute une épaisseur à cet endroit, où je ne repasserai plus sans penser à elle et à lui.

Pour moi, Sainte Marie aux Mines est lié à la musique, aux amis, à une ambiance festivalière qui réveille pour quelques jours une ville endormie. Je n’avais jamais fait le rapprochement avec ce qu’on appelle « la drôle de guerre » qui s'est pourtant jouée là .

Elle écrit : « il aura deux trous rouges au côté droit, son visage s'enfoncera dans la paume des bois, des Hauts Bois d'Azerailles dont la sonorité même est l'envers de Nice, de son unique syllabe, brillante, aérienne.»

C’était un 19 juin à 14 heures.

Maurice Jaubert était niçois, comme Maryline Desbiolles.

nous sommes le 26 octobre 2015, il est 11h01

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 18:47

#PhilippeJaenada #littérature #LaPetiteFemelle #PaulineDubuisson #féministe

D'abord dire que c'est un bouquin magnifique, je l'ai pris (je dois à la vérité de dire que mon amoureux me l'a offert) je n'ai plus voulu le lâcher.

Y a le côté enquête, évidemment, qu'on suit la truffe au ras des pages, passionné(e).

Y a le côté 'à thèse', la thèse étant que la société française patriarcale, blanche, bourgeoise des fifties comme d'aujourd'hui, est une saleté pour les femmes en général et les rebelles en particulier, c'est d'autant plus beau que c'est écrit par un mâle blanc pas fragile d'aspect.

Alors d'une part, la thèse est tout ce qu'il y a de respectable, pour le moins, mais en plus elle est soutenue avec une rigueur ET une grâce absolues, comme d'habe la grâce, c'est un peu le deuxième prénom de Philippe Jaenada, et le fait que l'auteur soit sans arrêt présent, dans l'action dans le commentaire, dans les digressions sur sa vie même au temps de l'écriture, c'est irrésistible.

Irrésistible, indiscutable, palpitant.

Magistral et drôle, comme le papier François Perrin. Qui a eu, lui, en plus, l'honnêteté de préciser qu'il était pote de beuveries de Jaenada. Moi je le connais un peu, mais vraiment pas à ce point-là, je suis donc encore beaucoup plus objective.

J'ai juste une ou deux remarques, pour calmer le côté sans faute, dix sur dix, tableau d'honneur et félicitations du jury, champagne et maillot jaune :

Cette idée de contextualiser les étapes de la vie de Pauline Dubuisson avec l'actu des femmes de l'époque (Frida Kalho, Sagan, Mistinguett et qui sais-je encore) des trucs qui n'ont absolument rien à voir et arrivent comme des cheveux sur la soupe, je la trouve indigne de Jaenada.

Ça fait un peu truc de journaliste, ou d'organisateur de festival : un bouquin sur une femme, l'actu autour, que des femmes !

Pas utile à mon avis, voire un peu urticant pour les paranoïaques dans mon genre.

"Allez ma fille, va jouer avec tes petites camarades là, toutes dans la cuisine !"

(Oui, je sais, y a vraiment pas de quoi s'énerver)

L'autre bricole, c'est en deux morceaux, ça doit être au début du bouquin parce qu'après je n'ai plus eu cette sensation, voilà ce que j'ai noté :

* Une fille jeune qui couche à gauche et à droite, forcément c'est qu'elle se sent mal dans sa peau - mais il dit ça pour l'excuser - là, je dis : double faute.

* Il y a aussi une histoire de carnet, où l'héroïne raconte ses partenaires sexuels. Toujours pour l'excuser, Jaenada précise que non, malgré les bruits que la presse a fait courir, il n'y avait pas de remarques techniques dedans. Je veux bien croire qu'à l'époque, des remarques techniques pouvaient aux yeux des juges bornés, aggraver le cas de Pauline D ; je trouve un peu dommage que l'auteur, pour défendre son héroïne, ait l'air de faire siens les préjugés des années 50.

Mais j'ai peut-être lu la phrase déjà dressée sur mes ergots.

Comme on peut voir je n'ai pas énormément souffert.

Je peux même dire que l'un dans l'autre, le plaisir a été grand.

Et ça me plaît beaucoup, même si c'est en grande partie par amour de la sienne, que Jaenada défende si vaillamment la cause des femmes. Voilà un type qu'on a envie d'avoir de son côté.

Je ne vais donc pas me mettre à lui en vouloir pour un ou deux pas de côté, sur un terrain que je suis bien placée pour savoir glissant.

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 17:26

#Voltaire #piétons #lesGens #dame #ChosesVues #DansLaRue

Elle attendait tranquillement au passage piétons de la place Léon Blum, les mains posées sur son caddy rose. Elle avait les cheveux blancs un peu défaits malgré une barrette en strass sur le côté. Elle portait une robe d'été en jersey turquoise à pois blancs, sans manches malgré la fraîcheur de septembre.

Elle avait l'air un peu bizarre, et visiblement envie de parler à tous les gens qui s'arrêtaient à côté d'elle. J'étais assise dans le café sur le même trottoir qu'elle. J'ai fini par m'apercevoir qu'elle ne traversait pas, même quand c'était son tour. J'ai aussi fini par remarquer qu'elle portait une chaussette dans sa mule au pied gauche et une ballerine au pied droit sans chaussette du tout.

A chaque fois qu'un piéton s'immobilisait à côté d'elle, attendant que le feu change de couleur, elle engageait la conversation, désignant de son bras droit tendu le trottoir d'en face.

Je la regardais s'agiter du haut du corps sans jamais bouger ses pieds. Je me disais qu'un passage piétons était un endroit comme un autre où rester immobile dans la ville sans trop se faire remarquer, pas mal non plus pour parler un peu, au lieu de rester chez soi toute seule devant sa télé, que le coup du caddy rose, ça pose la dame active, qui fait au moins ses courses toute seule et qu'éventuellement ça peut servir de déambulateur au cas où.

prise avec mon stupidphone ...

prise avec mon stupidphone ...

J'ai fini par m'intéresser à ce qu'elle désignait, me dégageant de mon angle mort. Effectivement en face, il y avait un petit attroupement de cinq ou six personnes, dont un petit garçon assis par terre.

La dame en turquoise s'est finalement adressée à un type attablé en terrasse et j'ai entendu ce qu'elle n'arrêtait pas de répéter à qui ne voulait pas l'entendre, depuis qu'elle avait pris position au pied du feu de signalisation : "Je sais pas comment il a fait son compte le gamin mais sa jambe était prise dans la roue arrière de son vélo ! Je sais pas comment il a fait son compte !"

Elle attendait l'arrivée des pompiers. Une fois que la camionnette rouge a été stationnée et que les uniformes se sont penchés sur le petit garçon assis, la dame en turquoise a empoigné son caddy rose et elle est partie dans la direction opposée.

Ça n'était ni une pauvre folle, ni une maniaque du passage zébré, plutôt une sorte d'ange gardien aussi obstiné qu'inutile.

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 09:01

#PaulJeanToulet #Guéthary #monPère #MarieVergon #contrerime #septembre #26

Je vous imagine, là, ma demi-douzaine de fidèles abonnés (vérification faite, vous êtes quatorze !) et je me dis : ils sont au rendez-vous du 26, qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur offrir à grignoter ?

Au bout de trois ans, vous l’aurez constaté, moi en tout cas c’est ce qui me semble, la douleur a fait place à quelque-chose de doux. La pudeur a repris ses droits. Alors bien sûr je me demande si vous avez envie que je parle de Willy, ou de tout autre chose.

On pourrait très bien concevoir que le rendez-vous du 26 soit d’une discrétion totale. On y parlerait de tout et de rien, et chacun de nous saurait qu’il s’agit quand même d’un hommage.

Hier par exemple et par hasard, je suis tombée sur une lettre écrite à mon père, où je préparais mon voyage à San Francisco, où je lui promettais de lui trouver une théière japonaise pour remplacer celle qui avait fini par se casser. Ou juste son couvercle, c’est une tendance des théières …

Peut-être suis-je assez réparée maintenant pour chercher dans ses lettres à lui. Il y en a des boîtes pleines chez moi. Je ne jette pas ! (Je chercherai une autre fois, l'idée me fait encore frissonner.)

Ce que je voulais vous raconter, c’est l’histoire de l’épouse de Paul-Jean Toulet.

Nous avons passé quelques jours à Guéthary début septembre, du rabe d’été, avec baignade dans l’océan et tout et tout. Et une grande partie d’une matinée pluvieuse, mais douce, à chercher autour de la jolie église haut-perchée, dans le cimetière ancien, la tombe du poète.

Elle se trouve dans un enclos de grilles rouillées, accolée à une autre. Sur celle de Toulet, on ne lit plus bien que JEAN, mais un médaillon sculpté par Georges Clément de Swiecinski, un ami lui aussi bien oublié, rappelle son profil. Sur la tombe à côté, tout aussi émoussée, on lit le nom de CAZABON et on en devine d’autres, mais il faut connaître VERGON pour le distinguer.

dans les temps mais à contrerime

Elle s’appelait Marie Vergon donc, c’était la fille d’un restaurateur de Guéthary, un ex de jeunesse de Paul Jean, venue le retrouver vers sa quarantaine et avec qui il a accepté de finir sa vie. Vu d’ici ça me semble un arrangement un peu moche. Elle l’aimait d’amour, il n’avait rien contre. Elle le voulait à tout prix, il avait besoin de quelqu’un pour s’occuper de lui et ne plus être à la charge de sa sœur.

Ils se sont arrangés. Ils sont restés ensemble quatre ans, jusqu’à la mort de Toulet.

Je ne sais pas combien de temps elle lui a survécu, les dates ne sont pas plus lisibles que les noms. On l’a enterrée à côté de lui, dans un caveau de famille. La grille autour des tombes 'fait un peu comme une alliance', je ne sais pas à quel moment elle a été ajoutée ni par qui.

C’est une histoire pitoyable. J’ai cherché la dame sur la toile et tout ce que j’ai trouvé d’elle c’est un portrait en veuve au musée de Pau.

dans les temps mais à contrerime

Plus exactement, la photo du conservateur du musée, Jean-Pierre Mélot, désignant sur la toile, peinte par Deveaux, des taches blanches de moisissure !

Et puisque tout ça revient à une histoire de mémoire et d’écriture, de moment saisi à temps et que je viens de l’apprendre par cœur, je joins cette contrerime de Toulet :

Molle rive dont le dessin

Est d’un bras qui se plie

Colline de brume embellie

Comme se voile un sein

Filaos aux chantants ramages

Que je meure, et demain

Vous ne serez plus si ma main

N’a fixé votre image.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 10:55

#métro #couple #bourgeois #harmonie #conversation

La première chose qui m’a fait tourner la tête vers eux, c’est une remarque de lui. Il se demande s’il prenait cette ligne autrefois. Elle demande : quand ? Lui répond : quand j’habitais boulevard Soult, j’allais à Jeanson de Sailly, j’étais en première. Il rit, c’était il y a assez longtemps.

Ils doivent avoir autour de la cinquantaine.

Lui, cheveux gris, costume, pardessus, nez en en trompette.

Il me fait penser à cette remarque de je ne sais qui, qui m’avait énervée (Malraux, tiens !) qui disait que dans les visages d’hommes adultes on voyait souvent encore le petit garçon, mais pas chez les femmes. (Est-ce qu’il avait vraiment besoin d’ajouter ça ? Tout dépend des personnes évidemment, comme toute généralité, celle-ci est fausse et blessante en passant.)

Elle a les cheveux courts, bruns, épais, une robe bleu marine bouillonnée au-dessus des genoux qu’elle a minces et toniques. Elle porte des escarpins également bleu marine, ça fait un peu tenue bureau/soirée, couverte d’une veste manteau en cuir marron sport chic un peu raide, elle a aussi pas mal de bijoux, bagues et bracelets d’or, boucles d’oreilles de pierres bleues.

Très seizième tous les deux, mais de province. Ils ont des bagages : une valise pour deux et chacun une serviette bien remplie. Elle parle d’un dossier avec sous dossier tout prêt, qu’il aura intérêt à consulter, elle a pris soin d’y joindre les copies de toutes les pièces.

J’imagine une étude de notaire.

Lui, rêve encore un peu au Paris de son adolescence. Elle, tient à lui remettre les pieds sur terre sans le dire. Changer les draps du frère et faire le lit de la belle-sœur, se laver les cheveux, récupérer son dossier, elle n’a eu le temps de rien préparer. 500 personnes à recevoir, elle espère qu’il ne faudra pas toutes les embrasser.

En disant ça, elle déchausse son escarpin gauche et caresse son cou de pied contre sa cheville droite. Je n’entends pas tout, le métro bruisse aussi de la conversation incessante d’une paire de sœurs slaves.

à trois dans le métro

Je me demande d’où ils viennent. Nancy ? Chartres ? Orléans ? Quand je suis montée, à Bonne Nouvelle, ils ne devaient pas être dans le métro depuis longtemps puisqu’il s’est mis, juste là, à questionner le plan de la ligne. Ils ont dû monter à Strasbourg Saint Denis, ils sont donc arrivés par la gare de Nord ou de l’Est. Reims ou Valenciennes ? S’ils arrivent un Vendredi, c’est que l’étude est à Reims, allez disons Reims, et là ils organisent une cérémonie de famille, un enterrement ? En bleu marine ? 500 personnes !? Une cousinade ?

Pendant qu’elle parle, s’inquiétant toute seule des tâches à accomplir, il lui fait parfois une petite bise sur la tempe. On dirait qu’elle veut lui signaler qu’elle aussi est efficace. Ses grandes mains le disent assez, et sa bouche petite, concentrée. Juste avant qu’il sorte, à Saint Philippe du Roule, elle le remercie de voir les choses du côté positif et de le lui dire.

L’équilibre s’est rétabli : elle n’est plus la froide organisatrice et lui le doux rêveur, ils sont un couple aux qualités complémentaires, conscient chacun de ce que l’autre apporte à l’harmonie commune.

Elle lui fait signe par-dessus la foule quand il part sur son quai. Il a emporté la grosse valise commune et sa serviette de cuir. Elle a gardé son sac boulot/week-end, elle sourit encore un peu.

A Alma Marceau, deux stations après lui, elle sort de ma vie.

Moi je n’ai jamais fait partie de la sienne.

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l'overblogozen d'anna rozen - dans choses vues les gens
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