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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 14:52

#cinéma #vanuatu #FrancesMcDormand #bleu #frères Coen

Voyant le jour arriver, je me suis demandé si j’allais faire un petit topo sur les allergies à la mode ou quelque-chose sur la position du point d’interrogation en Anglais et en Français, collé, pas collé. Et puis j’ai pensé que les espagnols gagnaient haut la main, puisque qu’ils en utilisent carrément deux, un à l’avant, un à l’arrière, le premier à l’envers …

Je remuais tout ça dans ma tête, pas très convaincue.

J’ai laissé passer dessus les rêves de la nuit, agités, je ne m’en souviens plus.

Et puis ce matin, toute seule devant mon petit déjeuner, j’ai pensé à la tête de Frances McDormand dans Fargo des frères Coen, quand elle ramène au poste le meurtrier stupide qu’elle vient d’arraisonner et qu’elle dit : « All this for a little bit of money. And it’s a beautiful day ! »

and it's a beautiful day

J’ai allumé France Culture, pour tomber sur un type qui décrivait une statue conservée au musée du quai Branly : l’homme bleu des îles Vanuatu.

and it's a beautiful day

Alors je me suis dit que le monde est vaste, plein de surprises et d’inconnu.

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 13:40

#MauriceMagre #Montségur #Cathares #chevaux #Toulouse

Sur ma droite, le squelette de la Gate fumait et tombait par morceaux. Les morts faisaient de petits monticules tranquilles. Un cheval fou tournait sur lui-même ..."

Voilà, ça fait donc trois ans aujourd'hui même, jour de pluie à Paris. Trois ans sans Willy.

La citation ci-dessus vient du Sang de Toulouse, de Maurice Magre, un livre écrit dans les années 30 qui retrace le siège de Toulouse par les Croisés au XIIIème siècle.

Les petits monticules tranquilles m'ont frappé, j'avoue.

Au milieu des catapultes géantes et des pluies de caillasse, tranquilles.

Maurice Magre

Maurice Magre

J'ai eu envie de lire le livre, évidemment à cause de Toulouse, pour lire des noms de rue, et je n'ai pas été déçue. Je ne sais pas si je retournerai dans cette ville. La ville de Willy désormais. Même si j'y ai passé mes années, comment dit-on ? de formation ! En gros entre mes 6 et mes 18 ans. Même si j'y ai mes souvenirs à moi, la ville est à lui.

le siège de Toulouse - 1211

le siège de Toulouse - 1211

D'habitude je me prépare pour le 26, je note dans un fichier daté, tout ce qui pourra me servir le jour anniversaire. Là, rien du tout. Je me présente au rendez-vous comme je suis du dimanche. Un peu rêveuse.

Dans mon rêve : une bataille de chevaux sur l'eau. Deux armées d'étudiants, chacune sur une berge de la rivière, se lancent à l'assaut sur des pontons flottants.

les ruines de Montségur dans l'Ariège

les ruines de Montségur dans l'Ariège

Aucun rapport entre Willy et les chevaux, pas son truc, ce genre d'animal.

Mais il nous avait emmenés à Montségur, haut lieu du pays Cathare.

Décousue, décousue, je tourne sur moi-même comme le cheval de guerre de Maurice Magre.

Chevaux, châteaux, siège, mort, chevaliers, hérétiques, rebelles ...

De la tranquillité. Pas de tristesse.

Les chevaliers sont peints, les châteaux sont en ruine, les rebelles bouillonnent ici et là.

Je peux très bien, si j'en ai envie, écouter la voix de mon père prononcer le nom de la rue Genty-Magre à Toulouse. Le voir déambuler dans la cour pavée de galets d'un des palais des Capitouls. Tout est dans ma tête. Tranquille.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 10:23

#MichelFoucault #RiadSattouf #Willy #Maugis #AnneWilli #NormaleSup #Steed

On s’approche des trois ans, à un mois près.

Une des lectrices de ce blog me dit qu’il faudrait passer à autre chose. Elle ne le dit pas comme ça.

Moi je ne me vois pas abandonner le rendez-vous du 26.

Je veux bien imaginer que ce jour finira par devenir un prétexte.

Là j’hésite à sonder mon humeur de fille sans père.

J’écris pour moi bien sûr, mais j’écris pour vous aussi.

Peut-être ma récolte du mois suffira-t-elle à satisfaire votre … curiosité aussi bien que mon devoir de m’épancher.

« J’ai déjà entendu (Michel Foucault) dire que la mort est un événement tel qu’on ne peut le recevoir immédiatement mais qu’elle a au moins un avantage, le survivant devient le maître de la relation. »

Mathieu Lindon dans « Ce qu’aimer veut dire »

De mon côté, je n’en suis pas encore à chercher des ‘avantages’ et je me demande si je j’aurai jamais besoin d’être maître de ma relation avec mon père.

OÚ IL SERA QUESTION DE LIVRES, DE FRINGUES ET D’AVENIR

Le portrait de père dans « l’Arabe du Futur 2 » de Riad Sattouf. Il a réussi à montrer à la fois ses préjugés, sa faiblesse face au poids des traditions et à lui garder toute sa tendresse, à faire sentir un peu de son humour. Un universitaire oriental très attaché à sa famille … La Syrie n’est pas l’Algérie et la génération n’est pas la même.

Ce que j’ai reconnu, c’est cette figure de père qui cherche toujours à bien faire, quitte à se montrer dur, mais dont on sent par quelques indices involontaires que la fermeté est une carapace construite exprès, qu’elle protège une fragilité désarmante.

Je vais avoir du mal à en dire davantage, vu que c’est exactement ce que je voudrais réussir si j’écrivais un portrait de Willy. Mais j’ai choisi les fragments, les ‘je me souviens’ et les signaux de hasard.

Henry Gauthier Villars dit Willy par Vallotton

Henry Gauthier Villars dit Willy par Vallotton

A propos de Willy, je viens de lire ‘Maugis en Ménage’ curieux mélange de belle écriture fantaisiste et de mots d’esprits ajoutés au forceps, intrigue un peu lâche de roman sentimentalo-désabusé.

Voir un bouquin signé Willy sur ma pile de nuit (je n’ai pas de table, mais les livres s’empilent) fait son petit effet au réveil.

Je ne résiste pas au plaisir de coller un petit extrait, évidemment de la plume de Paul Jean Toulet, un des nègres de luxe de l'écurie de Willy :

Toute seule sur le boulevard, à côté de son ombre bleue, une bonne contemplait les deux époux ; elle les contemplait de profil, comme font les canards, d'un œil écarquillé, jaune, giratoire, pareil à une petite roue. Du reste, elle portait sur le bras un enfant évidemment porphyrogénète, tant il était rouge, et qui, doucement, boucanait au soleil. Sans doute, les parents l'avaient-ils confié à sa bonne afin qu'elle le fît cuire et comptaient sur lui pour le repas du soir ; il se passe dans la petite bourgeoisie, à Pau, des choses incroyables.

Je mijote également d’entrer un jour dans une de ces boutiques marquées ‘Anne Willi’ dans les vitrines desquelles les coupes sont sobres et les couleurs audacieuses.

La fête des Pères, dimanche dernier, signalée par des affichettes, ou des présentoirs devant quelques magasins, a donné lieu à de petits pincements. Je lui aurais téléphoné en me moquant de l’occasion, mais je n’aurais pas imaginé faire l’impasse sur cette fausse fête. Je lui aurai dit quelque-chose comme ça. Il aurait été content quand-même.

OÚ IL SERA QUESTION DE LIVRES, DE FRINGUES ET D’AVENIR

Simon vient de réussir le concours d’entrée à Normale Sup. Willy aurait été très fier de son petit neveu, le fils du fils de sa sœur aînée. Lui qui préparait ses élèves précisément à l’entrée dans cette école. Il aurait été ravi qu’enfin un des jeunes suive sa voie ou s’en approche.

Qu’est-ce que je voulais dire d’autre ?

La mort de Patrick McNee, monsieur Chapeau Melon, survenue hier. Il avait 93 ans.

Et puisque j’en suis à saluer les héros qui nous quittent dans leur quatre-vingt dizaine, place au père de Nicole, Raymond, que j’admirais beaucoup dans sa scierie quand j’étais petite. Je crois qu’avant lui je n’avais jamais vu un type qui soit à la fois si fort, taillé, baraqué, et si souriant, si indulgent et gentil.

J’essaierai d’écrire moins décousu la prochaine fois.

En attendant je vous embrasse tous.

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 11:18

les perles des commentateurs de la finale de rugby top 14 qui opposait Clermont au Stade Français le 14 juin 2015

ce serait dommage de les laisser perdre

il porte son équipe à bout de bras avec son pied

Dès lors que Sergio est en l'air, il y a des histoires

il a le pied chaud ce soir

il a dix minutes pour se refaire la cerise

les Clermontois ont le klaxon un peu trop ouvert

et pour finir, une belle perle sexiste des deux gars au micro :

"On va laisser Clémentine sur le terrain et nous on va prendre de la hauteur"

sur ce, ils montent à la tribune et tendent leur micro au Prez de la Rep en pers

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 11:47

J’admire follement ceux qui bloguent hebdomadairement, ne parlons même pas des surhumains qui font ça tous les jours. Je lis beaucoup plus que je n’écris, c’est mon excuse.

 

#monpère #BernardMalamud #MontyPython #Spam #JacquelineDuhême

Nous voici donc revenus au 26 – oui, comme si je tournais en rond. Alors qu’en fait non. J’ai commencé un nouveau bouquin, une histoire en tout cas. Qui sait si ça ira loin ? Je ne sais pas de quoi c’est le signe. Regain d’énergie ? Espoir ? Vieux sillon ? Mais le fait est que les jours où j’ai ajouté un ou deux paragraphes à mon projet, je sors de chez moi plus guillerette. Ne pas chercher peut-être, dans la vie, plus loin que le bout de la page du jour ... Mais je ne suis pas là pour donner des recettes, des astuces ou des leçons. Le 26 mai me réclame sa récolte. Voilà, comme les offrandes de fleurs et de fruits au pied des autels exotiques. Pas d’autel ici, que du virtuel, mais tous les 26, une brassée d’herbes folles, une poignée de petits cailloux.

D’abord, au hasard de mes lectures – il n’y a pas que les livres, il y a les magazines littéraires aussi ! – je vois que la fille de Bernard Malamud (1914 – 1986, auteur américain, dont les auteurs américains que j’aime disent beaucoup de bien) : Janna Malamud Smith a écrit (en 2006) un bouquin qui s’intitule : Mon père est un livre. Je me demande ce que mon père à moi serait si j’écrivais son portrait. Peut-être ne sommes-nous pas tous des livres …

Les mois vont de plus en plus vite.

Ensuite, dans le très beau livre de Jacqueline Duhême, dessinatrice née en 1927, Ma vie en crobards, qui vient de paraître chez Gallimard, je trouve une anecdote qui tombe pile : Elle vient de perdre un ami cher, elle confie sa maison et son chien à son voisin pour se rendre à l’enterrement. Et à son retour, elle trouve sur sa table de jardin un monceau de haricots verts avec un petit mot « Quand on a du chagrin, il faut avoir de l’ouvrage ». Ce qui m’a immédiatement rappelé qu’aux heures de douleur fraîche, la seule chose qui me faisait du bien c’était justement un ouvrage : broder des languettes de cannettes sur de la toile de lin pour en faire des sacs. J’aurais pu aussi bien équeuter des haricots verts, mais il m’en aurait fallu plusieurs tonnes.

Les mois vont de plus en plus vite.

Enfin, un spam (il me semblait bien que le mot qui désigne les pourriels était le même que celui qui fait délirer les Monthy Python dans un sketch culte : SPAM ! SPAM ! SPAM! Bien avant que les mails n’aient vu le jour, et d’ailleurs ça n’a RIEN à voir.)

Les mois vont de plus en plus vite.

Un mail collectif et publicitaire donc, dont l’expéditeur est PADRE et l’intitulé : « l’avenir te réserve de belles surprises » Je ne vois pas comment je pourrais trouver une plus jolie conclusion. C’est tout ce que je nous souhaite.

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 10:24

#citron #Algérie #créponné #Willy

Deux ans et neuf mois. Il sera bientôt davantage question de moi ici que de Willy

Il est dans ma tête pour toujours.

Les indices que je rencontre moins sont peut-être le signe que j'ai cessé de le chercher partout.

Et le fait que ma phrase soit tordue est le signe de ma grande confusion printanière.

Un quand même :

Le 19 avril, anniversaire de Willy, Benjamin Stora participait à une conférence à propos de son livre sur son enfance de juif sépharade en Algérie. Les Clés Retrouvées.

Je n'y suis pas allée, c'était un dimanche, jour où j'aime me couler dans les tradtions de ma petite famille personnelle.

J'ai acheté le livre, pensant y trouver un parfum, sinon des clefs ou des fantômes.

Dès la préface je tombe sur ça :

"... promenades le soir après dîner, sur la grande place de la Brèche. Là, nous dégustions de petits 'créponnets' de glaces"

Il semblerait qu'il parle de petits cornets en papier ...

C'est un mot que je n'ai jamais entendu prononcer que par mon père, il disait "créponé" avec une nuance de nostalgie gourmande. J'ai cru comprendre qu'il s'agissait de granité.

 

Je vérifie que le Net : sorbet citron d'Algérie. Plutôt avec deux n.

Willy 1 Benjamin 0

26 oblige

Je n'ai pas fini de lire le Stora, étant donné que selon mon habitude, j'ai plusieurs livres en cours. (Outside de Marguerite Duras, Inside a Pearl d'Edmund White - l'un dans l'autre, le monde est mon huître, les livres sont les perles.)

Je ne désespère pas de trouver d'autres petits échos.

Mais Stora est né en 50 à Constantine et mon père en 34 à Lodz, pour grandir à Oran ... Pas tout à fait la même génération ni la même histoire.

Je vous tiens bien évidemment au courant.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 11:48

Quand j’ai ouvert ce blog, l’idée c’était qu’à terme il remplace mon journal intime papier. Comme j’écris de plus en plus mal à la main, ma production de carnets s’est nettement ralentie. Mais jusqu’ici, les seuls rendez-vous réguliers sur cette page sont les fameux 26 consacré à mon père. J’aimerais être un peu plus assidue, vu que ma graphie ne s’arrange pas. Je ne veux pas non plus braquer la paresseuse que je suis en lui imposant un rythme quotidien. Donc je ne m’impose rien. Sachant qu’un blog ne peut pas fonctionner comme un journal, où on écrit tout ce qu’on ne peut pas dire et vous encrasse le cerveau. Un blog s’adresse aux autres.

Alors j’ai pensé à un petit jeu que je pratiquais avec ma fille quand elle était enfant. Pour lui faire raconter sa journée et lui raconter la mienne en échange, je proposais : c’est quoi ton meilleur moment ? Et le pire ou le moins bon ? Alors on passait un peu de temps à se demander qui de nous deux commençait et par lequel. Ensuite c’était parti. Nous choisissions évidemment chacune, des moments acceptables, avec une certaine pudeur et une réserve bien naturelles qui nous protégeait. Manière de se confier sans se dévoiler que je vais conserver ici. Vous qui croyiez que j’allais TOUT vous dire ! Je compte bien que de votre côté, l’exercice vous fera envie … n’hésitez pas à partager, en commentaire ou comme vous voudrez.

Je précise encore qu’étant donné ma gentille petite vie tranquille et privilégiée, il ne faut pas vous attendre à des moments gigantesques … mais ça, vous vous en doutiez !

over recommençons !

Meilleur Moment du 13 avril : les grenouilles

Dès l’entrée de l’île saint Germain, où je vais pique-niquer dès que le temps le permet, une mare entourée de roseaux, prêles et iris jaunes, bruisse, rocaille et m’enchante. Elles sont une petite douzaine, du vert vif au bronze chaud, qui quand elles ne somnolent pas au soleil, brékekkent, grouabappent ou pouitchent même, magnifiquement avant de se sauter dessus à deux trois ou quatre. Ce 13 avril, premier concert de l’année. Deux vésicules translucides comme des boules de chewing-gum enflent de chaque côté de leur cou. Et elles musiquent comme de minuscules cornemuses. Leur son me ravit. C’est assez guttural comme dirait l’autre, très viscéral aussi. J’en deviendrais presque lyrique. Elles chantent le printemps, l’eau stagnante et les insectes savoureux, l’odeur de la vase au soleil et le plaisir de perpétuer l’espèce. Je les adore. J’y retourne.

over recommençons !

Pire Moment du 13 avril : un euro pour une baguette

 

C’est aussi une affaire de son. C’était dans le métro. Un des nouveaux, un grand train sans wagons, qu’on peut traverser de part en part et retour, ce dont elle ne s’est pas privée. Elle est passée trois fois devant moi sans que je dégaine mon porte-monnaie, tellement le son de sa voix me tétanisait. On l’entendait de très loin. De sa voix de porte qui grince elle psalmodiait « un euro pour une baguette, un euro pour une baguette, un euro pour une baguette, un euro pour une baguette » et puis elle s’immobilisait pour réciter : « je suis à la rue et j’ai faim, donnez-moi un ou deux euros, un ticket restaurant, une cigarette » et puis elle se remettait en marche « un euro pour une baguette, un euro pour une baguette, un euro pour une baguette, un euro pour une baguette ». Grinçant, crissant, hérissant. Tellement que même quand je me disais en l’entendant revenir : cette fois je lui donne une pièce, je ne bougeais pas d’un poil quand elle s’approchait comme si me recroqueviller me protégeait de ses décibels tordus. La mauvaise conscience évidemment ajoutait au malaise sonore …

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 15:43

Deux ans et huit mois, pourquoi faut-il que je compte ? Je sens que je le dois. Pour savoir où j’en suis. Le temps file, je l’accroche comme ça tous les mois au bout de mes doigts. Je mesure je ne sais quoi. Peut-être pour les autres, le temps du deuil, l’évolution de l’intensité de cet état qui est aussi un sentiment.

Je sens que ça va mieux. Le printemps aide à sa manière, les jonquilles sous les arbres, les anémones et les violettes dans l’herbe des parterres urbains. Les bourgeons comme des fous partout au bout des branches encore nues. Même en pleine ville la nature s’étire et donne envie de s’élancer.
ma mère et ma soeur en automne

ma mère et ma soeur en automne

Evidemment pour nous ici, c’est la vie qui gagne. Eclatante, exigeante, remuante, elle nous grignote le bas du pantalon réclame impatiente qu’on s’y consacre en entier, qu’on s’y plonge sans discuter. D'accord, j'arrive ! J’écris juste un peu mon rendez-vous du 26 et je viens.

Dans mon panier de mars il y a :
Où il sera question de plumes, d’écailles, de sources,  de musique et de bourgeons …

Helen Mc Donald auteur d’un livre intitulé "H is for Hawk". Elle raconte comment, pour calmer son angoisse après la mort de son père, elle a décidé d’adopter un oiseau de proie, de l’apprivoiser, de l’entraîner. Elle était déjà d’avance passionnée de fauconnerie et pas tout à fait débutante. Pour dresser son faucon chasseur, elle l'a pris tout jeune et a dû passer des mois seule avec lui ou presque, à l'apprivoiser.

Apprivoiser : le mot comme la chose me ravissent. Rêve d'enfant. Quand on a l'impression d'être tout près des bêtes et qu'il suffirait d'un peu de temps et de liberté pour leur faire comprendre et s'en trouver tout entouré.

Une affaire de patience et de concentration.

Où il sera question de plumes, d’écailles, de sources,  de musique et de bourgeons …

Moi, au moment du grand vertige, je m'étais mise à la broderie : des goupilles de canettes en aluminium sur des petits sacs que j'armais ainsi façon cotte de mailles. Chacun son envergure, comme toujours, mais je reconnais le même état d’âme et le même besoin de se concentrer sur une tâche qui ne laisse pas de place aux mots, qui vous occupe obstinément et concrètement. Je me demande si je ne devrais pas coudre des ailes à mes sacs …

Dans mon panier du 26 mars, un oiseau et … une chanson :

A la dernière sieste acoustique, quand Juliette Iturralde (quel beau nom elle a !) s'est mise à chanter la lune pleine en espagnol a capella, j'ai pensé que Willy aurait adoré ces siestes de La Loge. Pas seulement pour les chansons en espagnol de Juliette toute seule qui, d'un coup, surgissent comme des sources claires au milieu des chansons en français ou en anglais accompagnées de guitares, percussions douces, clavier léger, violoncelle soyeux ... Mais aussi pour le côté : allongés tous ensemble dans la pénombre, entre gens de bonne compagnie qui ne se connaissent pas.

Où il sera question de plumes, d’écailles, de sources,  de musique et de bourgeons …

A ce propos je voulais écrire quelque chose sur le fait que je n’ai jamais de ma vie participé à une œuvre collective … n’hésitez pas à me le rappeler, je sens que je vais encore oublier.

Sur ce, je vous souhaite un bel avril et un printemps plein comme un œuf en chocolat.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 18:07

où il sera question d'objets hétéroclites, puisque aussi bien tout est dans tout ...

la veille du 26 février - 31 ème rendez-vous

Rue de Paradis, une blonde platine en manteau à carreaux, en réponse au « ça va ? » d’un gars qu’elle vient de croiser : « oui, enfin, j’ai perdu mon père, je ne t’ai pas raconté ? »

J’ai entendu ça comme elle aurait dit : j’ai perdu mes clefs.

Je me suis demandé si j’utilisais cette expression, moi.

Je ne sais jamais comment dire. Et je ne sais plus comment je dis.

Je sais bien la nuance entre perdu et "égaré" et qu'on ne dit jamais "j'ai égaré mes clefs" parce que ça fait trop littéraire alors qu'en fait elles sont tout bêtement au fond du sac où on a déjà cherché ou de la poche qu'on a fouillée furieusement.

la veille du 26 février - 31 ème rendez-vous

Dans Where Angels Fear to Tread de EM Forster : "The dead who take away so much, really take with them nothing that is ours."

Me laisse perplexe.

"Les morts, qui emportent avec eux tant de choses, ne prennent finalement rien qui nous appartienne."

Qu'est-ce que mon père a emporté en mourant ? A part lui-même effectivement. Il n'a pas pris les souvenirs que j'ai de lui, l'influence qu'il a exercée, l'éducation qu'avec ma mère, il m'a donnée, les manies qu'il m'a transmises ...

Perplexité injustifiée donc.

Cette idée qu'on ne m'a rien pris m'a troublée, mais effectivement, à part mon père on ne m'a rien enlevé et ça n'est pas lui qui en est responsable. Willy ne m'a rien enlevé.

la veille du 26 février - 31 ème rendez-vous

Je n'enlèverai rien à personne quand je (oh, ça c'est difficile) ... j'espère juste que j'aurai pensé à nourrir mon chat. Cette remarque est idiote.

Ça me fait penser à une histoire que m'avait racontée mon ostéopathe.

Une veille dame toute seule qui meurt en laissant son chat ... donc sa fille qui habite ailleurs, ou la voisine qui en a déjà un, cherchent quelqu'un pour s'occuper du chat. Bête bien adulte et qui a ses habitudes, qui n'aimera pas trop qu'on la déracine et qui va trouver, même si on l'installe dans un nouveau foyer, que les humains ne sont pas très fiables.

Mais le pire, bien sûr c'est la gentille personne qui recueille le chat esseulé et qui doit s'attendre à s'attacher, puis à bientôt le regretter, parce-que la bête n'étant pas toute neuve, suivra bientôt sa maîtresse ad patres ...

Dans ces cas-là, mieux vaut avoir déjà son propre chat, qui est la meilleure des excuses pour ne pas en adopter un supplémentaire.

Willy n'aimait pas spécialement les chats. Je pense même qu'il s'en fichait complètement.

Ça n'était pas vraiment un homme d'intérieur. Je crois qu'il n'a jamais dû, de sa vie, passer une journée entière enfermé - ou alors très malade, et même. Il faisait la cuisine, le repassage, il lisait bien sûr, écrivait, écoutait de la musique, mais je crois qu'un jour sans aller au moins marcher, voir des gens ou simplement "dehors ce qui se passe" ne lui était pas imaginable.

Il m'a légué ça aussi - pas le repassage !!! - c'est du côté de ma mère et de la sienne que j'ai pris l'amour immodéré des chats.

Comme quoi ça n'a rien à voir, on peut ne pas être une personne d"intérieur" et aimer les chats quand même.

Et ?

Rien, je découvre une fois de plus que la vie est multiple, que rien n'est vraiment logique, que les gens ne sont pas comme on les voit et que l'un n'empêche à peu près jamais l'autre.

C'est très bien comme ça. Comme la neige du 5, une belle surprise pas nouvelle du tout, mais qui marche à chaque fois.

La pluie tombe, la neige pas.

Les flocons volettent, flottent, hésitent et quand ils se décident enfin à se poser, sans avoir jamais choisi une direction définitive, ils s'amortissent au sol avec une douceur quasiment câline.

Pas étonnant que tout s'arrête, que les gens sourient, que toutes les têtes averties se tournent vers les fenêtres. Tout est suspendu, fantaisiste et inattendu, comme la trajectoire d'un flocon.

Et j'y pense, Willy, au lieu de dire "les sports d'hiver" ou "on part au ski" parlait toujours de "vacances à la neige".

Allez hop, on part à la neige !

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 10:41

J'imagine toujours que mes récoltes vont tarir,

mais chaque mois apporte son lot de fruits nouveaux

parfumés franchement ou indirectement ...

dédiés à Willy et à ceux de mes lecteurs que cette histoire touche.

Dans mon rêve du 3, je découvre par la force de mon intuition des preuves indiscutables : en fait papa a été assassiné ! J'en discute, ça paraît clair, je pense qu'il faut pratiquer une autopsie ... mais que je suis bête, en fait ça a été fait, il suffit d'attendre les résultats mais je sais déjà que mon hypothèse sera confirmée : il a été empoisonné.

Tout ça dans une ambiance vive et animée, comme une espèce d'enthousiasme, on est dans l'action, pas dans la tristesse ou la perte, il y aura découverte ... Je ne comprends pas du tout pourquoi mais c'est une sorte de rêve d'espoir : on va avoir une explication logique et indiscutable, une certitude, une raison.

Dans la biographie de Lytton Strachey (je termine ma retranscription le 3 janvier) premier post-it : p1026 (april 1928) about Jane Harrison's death ... I had not realised she was quite old as 77. What a wretched waste it seems that all that richness of experience and personnality should be completely abolished! - Why, one wonders, shouldn't it have gone on and on? - Well there will never be anyone at all like her again.

// Willy, disparu à 78 avec son expérience, sa personnalité, tout son inimitable bagage. Il n’y aura plus jamais personne comme lui.

en 2015 les rendez-vous continuent

Le massacre du 7. Je m’en suis protégée tant que j’ai pu. Même inconsciemment d’abord. J’ai passé la matinée tranquille à la maison, à expédier les affaires courantes et vers midi et demie je suis partie à pied dans la ville. Je voulais voir le film de Sophie Letourneur, Gaby Baby Doll, qui ne jouait plus que dans quelques salles, à la séance de 14h aux Trois Luxembourg. J’ai un peu traîné dans le quartier en attendant l’heure, il faisait bien froid mais assez beau pour marcher, à condition d’entrer de temps en temps dans des boutiques chauffées.

Le film est tendre, tordu, léger, comme elle sait faire, lové dans une campagne automne-hiver baignée de très belles lumières. Je suis sortie de là comme d’un château de conte de fées. Je suis allée manger un morceau au Rostand (pas samedi, OK pour y retourner) où j’ai eu la joie de trouver la cheminée garnie d’un beau feu pétillant. Je me félicitais de cette belle journée, en mangeant un croque italien posé sur Libé.

Et ce n’est que vers 17 heures, moment où je passais dire bonjour chez Le Dilettante, devant la face catastrophée de Juliette, que j’ai compris que ce n’était pas un beau jour pour tout le monde. En fait, pas un beau jour du tout.

Je n’ai pas voulu croire ce qu’elle me disait, je répétais qu’il fallait vérifier cette information, que ce devait être un hoax.

Ensuite je me suis interdit d’allumer la radio ou la télévision, ou de cliquer sur les « images » qui circulaient sur Face Book. Je ne voulais pas voir. Je n’ai d’ailleurs rien vu. J’attendais que les amis me donnent leur version des faits. Epouvantée, non seulement par la tuerie, mais par le sentiment qu’elle allait attiser des haines déjà trop sensibles.

Par la suite et jusqu’à la marche républicaine, je me suis sentie comme tout le monde paralysée, anesthésiée, découragée. J’ai reconnu la sensation de deuil et j’ai compris que j’avais essayé d’y échapper pour ne pas retomber dans un état dont je me relève peu à peu.

en 2015 les rendez-vous continuent

Rêve du 18 : je devais prendre un train, j’avais du mal à récupérer mes affaires dans un immense hôtel futuriste années 50 où chaque aile portait un nom de planète, les ascenseurs étaient des tramways de ligne de crêtes avec vue sur des collines urbanisées … j’appelais mon père qui devait m’emmener à la gare, j’avais à la main la liste de ses nombreux numéros, aucun ne répondait. Je n’étais pas inquiète, mais absolument étonnée.

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l'overblogozen d'anna rozen - dans mon père
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  • : Des phrases, des humeurs, des colères, des petits coups de butoirs butés brefs et rigolos, ou pas rigolos. Et surtout : Les rendez-vous du 26 en souvenir de mon père ...
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