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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 15:26

Je ne sais pas vous, mais moi j’aime beaucoup les acronymes : de l’antique Pététés à la SOCOREP en passant par AREVA (ça fait rêver). Je les aime ET je m’en méfie.

Là je suis poursuivie par un.

MOOK d’abord et puis maintenant MOOC. Après la vague de magazines/books jusque sur les étagères des Hachette Relay, je tombe sur les Massive Open Online Course, qui aimeraient pouvoir remplacer complètement les cours en amphi de fac (les facs US coûtent trop cher paraît-il, mais les mooc ne sont pas exactement donnés non plus).

Je lis un ou deux mooks, un surtout (pas ceux qui sont seulement jolis et plein d’articles récupérés ailleurs et traduits). Je ne m’intéresse que très anecdotiquement aux Moocs – en fait je préfèrerais aller assister aux cours libres du Collège de France (tous les ans avant la rentrée je me le promets). Mais quand même, ça m’intrigue.

Pour qu’un acronyme marche, il faut qu’il soit très bizarre ou très mignon, là visiblement on est du côté des seconds. Ahènepéheu n’est pas mignon du tout, mais comme il est indispensable on se le rappelle parfaitement. OVNI est plus réussi mais moins utile dans la vie courante.

On a été bien embêtés dernièrement (et ça n’est pas parce qu’on n’en entend plus parler que la chose a disparu) par le TAFTA (Transatlantic Free Trad Area – ‘free’ évidemment toujours pour les mêmes) un joli acronyme du genre compact et imagé, mais qui ne représente que la partie justement présentable du bidule si bien que je me suis demandé si les acronymes les plus réussis n’étaient pas aussi les plus dangereux.

Je ne voulais pas non plus me lancer dans une grande dissertation – c’est l’été, tout ça – mais voilà que j’ai des OGM dans la tête et l’idée que ce doit être la faute de celui-là si j’ai toujours du mal à retrouver ONG. Est-ce que c’est féhexpré ?

Et d’ONG je passe tout naturellement à OXFAM puisque je fais moi-même partie de la Oxfamily.

Et je ne sais pas comment je vais retomber sur mes pieds, parce qu’en fait ce qui m’amuse surtout avec mook et mooc c’est qu’inévitablement ils me font penser à Mouk. L’ourson globe-trotteur dessiné par Marc Boutavant.

Elle est bouclée, là, ma boucle ?

Acro
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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 08:13

A quelques jours de celui du deuxième anniversaire de … ah, j’ai encore et toujours du mal à appeler l’événement par son nom … à quelques jours du 26 juillet donc, je cherche dans mon cerveau ramolli par la chaleur / ravivé par la clim et le café glacé … et aussi un peu dans mes notes

– je suis assez prévoyante et informée pour ne pas me laisser surprendre par l’arrivée d’un nouveau 26 – je cherche et je rassemble les signes de Willy.

Que je n’ai jamais appelé Willy de ma vie, d’ailleurs, ni de la sienne.

On n’était pas modernes à ce point. J’ai toujours appelé mon père « papa ».

Des signes donc :

J'apprends par la radio qu'au Brésil santa Anna est la patronne des professeurs.

A chaque fois que je vois le générique de House of Cards, je sursaute à la vue du nom de l'auteur, Beau Willimon.

Ça n’est pas tout à fait comme si Willy m’appelait au téléphone ou m’adressait une carte postale, mais je prends.

Je m'aperçois que la tristesse est comme la douleur : nomade.

Mon mal de nuque est passé de mon bras à mon épaule et puis tombé dans ma fesse droite. Inversion de courbure et rétrécissement du trou de conjonction se transforment en tendinite du grand fessier.

Ah, la tendinite du grand fessier ! L’expression l’aurait bien fait rire.

Quand quelqu’un éternuait dans la famille (ça vient de ma mère mais il l’avait adopté aussi) « que Dieu te bénisse et ne te fasse pas le nez comme j’ai la cuisse ! »

Rien à voir et tout.

Au bout de deux ans, je me permets un (joyeux ?) fourre-tout.

Mais revenons à la douleur nomade. Il se plaignait beaucoup, Willy, pendant son lymphome, d’une douleur au bras droit qui n’intéressait aucun de ses grands médecins. Je prétends l’avoir récupérée, je ne me soucie pas des dates.

Ma douleur se promène et se métamorphose. Comme les intouchables du monde occidental : putes, dealers, sans-abri, que les forces de l'ordre repoussent pour, faute de les faire disparaître, les cacher.

Elle se lasse des endroits où on me masse pour aller en hanter d'autres, moins accessibles.

Ma douleur se faufile sous le tapis de ma paresse.

Quant à ma tristesse, elle cherche à se loger.

Je ne sais pas aussi pourquoi je pense à ça – si je sais :

les gens dans le métro qui « ne font pas attention » pas attention à moi bien sûr, ils gardent leur sac suspendu, prêt à cogner dans mes côtes au moindre mouvement, ils entrent ou sortent comme si j’étais transparente, libèrent leur strapontin qui vient ébranler mon dos de liseuse concentrée … et je vous fais grâce des fuites d’écouteurs …

Bref, j’ai repensé à une remarque systématique de mes parents.

Enfant, quand je renversais quelque-chose ou en cassais une autre, je répondais à leur inévitable remontrance par un « j’ai pas fait exprès » sincère et désolé, qui donnait toujours aussi inévitablement lieu à l’imparable verdict « tu aurais dû faire attention ».

Je trouvais la remarque injuste, facile et inutile.

J’ai prétendu longtemps y être imperméable. Mais je dois bien constater qu’elle a fini par m’imbiber, par prendre racine. Et j’en sens toute la justesse. Même au-delà de faire attention à ne rien renverser et à éviter de tout casser, porter attention à ce que je suis en train de faire, être attentive à ce qui se passe autour, voire attentionnée, effectivement, me paraissent être la bonne attitude, quasi une philosophie.

Et maintenant (mais il est peut-être un peu tard) je remercie mes parents : grâce à eux je fais bien attention, bien attention surtout à toutes les erreurs des autres.

deux ans disons
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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 09:39

d'abord un petit extrait du journal de Willy, 44 ans, qui me parle :

"P’têtre c’que j’raconte vous paraît pas marrant, c’est pas fait pour. Tous les gens qui s’racontent ces jours-ci, vedettes de cinéma, de football, de télé ou de crime n’ont au fond pas plus de choses à dire que moi et toi lecteur qui me lis aujourd’hui tu dois plus te retrouver en moi. Les problèmes qui se posent à moi sont les tiens et tu dois les résoudre … ou écrire !

Chez les autres tu cherches l’évasion, les hautes sphères, le brillant d’une vie au premier plan de l’actualité, un peu les héros que tu ne seras pas et que tu voudrais être. Moi non. Mais regarde bien, mon exemple te prouve que le seul héros de cette vie c’est toi."

pas tout à fait deux ans

Et puis mon histoire du vingt-six :

La semaine dernière pour un rendez-vous aux Ternes, je passe par mon ancien quartier. Le Trocadéro, l’avenue d’Eylau, la rue des Belles Feuilles, la place Victor Hugo. Je retrouve ma droguerie des années 80, celle où j’ai acheté mon étendoir à linge (toujours en service) et des tapettes à souris (argh), la poissonnerie où je n’allais pas souvent, mais les vendeurs étaient joyeux, le Picard qui a remplacé le cinéma en bas de chez moi, où ne passaient que des navets français, la pharmacie Basire, le pâtissier Béchu … Des noms oubliés, qui resurgissent tout neufs, presque des vieux amis qui n’ont pas beaucoup changé.

En chemin dans le bus, c’est une plaque qui fait tout résonner : place Possoz. Je lis le nom mentalement et c’est la voix de mon père qui le prononce !

Je crois que c’était l’adresse d’une agence EDF ou Télécom avec qui on avait affaire concernant le studio qu’il avait acheté pour moi. Je l’entends me dire qu’il faudrait que je passe « place Possoz » pour régler tel ou tel problème.

C’est comme une perle cachée dans une huître. Une belle soirée d’été où je prends le temps de réminiscer, où je me laisse vaguer dans les souvenirs anciens inexprimés et là, au fond de ma plongée dans le temps, sa voix m’attend.

Ça devait être au téléphone, entre Toulouse et Paris, des conversations corvées, purement informatives … « ah et il faudrait que tu ailles voir place Possoz .

Il prononçait le Z, je ne sais pas comment on doit dire. On y tient à notre Z dans la famille, peut-être qu’on essaie de le faire sonner dès que possible.

Ça fait donc un an et onze mois qu’il n’est plus là et comme à chaque fois que le 26 s’annonce je me demandais ce que je nous raconterais.

Et hier, je passe dans le bureau d’un collègue et j’entends, illustration sonore, un morceau que je reconnais sans le connaître … un morceau de Michael Jackson !?

Oui, me dit Julien, c’est son dernier titre.

Posthume, d’outre-tombe.

Ça s’appelle Love Never Felt So Good.

Très encourageant, je trouve.

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 08:55

Comme toutes les fois où Cécile donne le cours du vendredi soir, elle allume la lampe et elle apporte des fleurs.

Vendredi dernier, en attendant que tout le monde soit installé et comme je suis tout devant, je m'avance à quatre pattes pour sentir le bouquet de pivoines posé dans un vase par terre. Là, Marie ma voisine de gauche me fait signe que non. Ça ne se fait pas.

Cécile qui est de plus en plus sourde mais entend quand même les trucs qui l'intéressent vient m'expliquer.

Effectivement en Inde on ne sent pas les fleurs qu'on offre, de même qu'on ne goûte pas la cuisine qu'on prépare pour des invités. Tant pis si c'est raté.

Evidemment dans ces cas-là je n'ai pas la présence d'esprit de demander si celui à qui on offre les fleurs peut les renifler.

Cécile continue d'expliquer : quand on donne, on s'offre, on prend le risque de déplaire, on se rend vulnérable, donc aucune précaution n'est à prendre. Elle raconte qu'un jour où elle allait chez un ami un cadeau à la main, elle a été choquée - sans rien en montrer, elle n'est pas prosélyte - qu'un autre lui demande d'avance ce qu'il y avait dans le paquet. Ça ne se fait pas non plus, du tout.

Elle ajoute, mais je ne sais plus trop comment elle y arrive, que nous sommes comme des ananas : il y a la partie centrale, immuable, immangeable, éternelle, et tout autour ce qu'on pourrait appeler l'ego : des fioritures, du paraître, qu'on peut à loisir prêter, donner, reprendre ...

Elle demande si je comprends, je dis que oui, elle dit que tout le monde comprend mais qu'on a peur de devoir renoncer à trop de choses, alors que ce n'est pas du tout le cas (elle me perd un tout petit peu là et en même temps, je sens très bien ce qu'elle veut dire) ... elle parle de percevoir sans se laisser entamer, de vivre les choses bonnes et mauvaises, sans jamais tordre son cœur d'ananas ... elle parle de vivre pleinement cette vie et de faire ce qu'il faut pour.

Et si j'ai mal à l'épaule droite (depuis huit ans, more or less) elle dit que c'est de mon fait, qu'il ne faut jamais perdre la mobilité de ses articulations, que je dois faire des exercices (avec un élastique parce que c'est plus voluptueux) mais tous les jours.

Je rends sa pensée comme je peux, mais sans sa voix bien sûr. Quand Cécile parle, on est toujours tout à la fois nourri et perplexe.

une distance qui ne manque pas d'élégance
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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 10:48

Je revenais guillerette de la Poste en passant par le container du Secours Pop, où j'avais déposé respectivement, une facture GDF Suez et une parka fatiguée.

Devant moi marchait une petite vieille dame, jupe plissée, chaussures plates, caban gris. Elle portait à bout de bras une sorte de sac en toile multipoches à zips, genre attaché case du vendredi et sur le dos un petit sac idoine, rouge avec des motifs latéraux. Un tout petit sac à dos qui avait l'air vide.

Et j'ai pensé, comme ça, d'un coup, presque sans mots, juste parce que ce sac sur son dos qui ne pesait rien du tout - et que quelqu'un avait dû lui faire enfiler sur ses petites épaules - elle pouvait l'oublier, éviter de l'enlever ou de le perdre.

J'ai pensé : dans ce petit sac à dos, il y a tout simplement une feuille de papier où sont indiqués son nom et son adresse, au cas où elle se perdrait, s'enfuirait, s'évanouirait, se faisait écraser.

la petite dame et le gros sanglot
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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 10:20

Willy 28-10-56

La tristesse d’un dimanche soir, radio en musique de danse, crépuscule insensible et nuages dans le ciel, ce n’est pas la tristesse d’un jour vide ou ennuyeux mais la tristesse angoissante ou simplement désabusée de quelque-chose qui finit, plus qu’un jour, une semaine, c’est-à-dire une tranche de vie, une période que le temps soustrait fatidiquement et sans insister. Le jour s’en va, la nuit arrive. Et puis un autre jour. Lundi. La semaine qui s’est terminée la revoilà mais c’est une page blanche, sept nouvelles pages blanches qui vont s’envoler au vent du passé.

Moi tout pareil, la tristesse d’un dimanche soir d’élections qui n’ont pas tourné comme j’aurais préféré.

La semaine qui commence là, un an et dix mois sans Willy.

Et malgré ci et ça et la pluie, plutôt contente d’être ici. Les bonnes lectures, les fleurs qui poussent et les hirondelles qui crient, quoiqu’il arrive, les fraises bonnes et les cerises bientôt.

Et puis tout ce qui, autour des jours de Willy me le rappellent. A la radio le chant des « lanciers polonais », dans ‘Treme’, un père mal en point mais qui fait jusqu’au bout ce qu’il aime, dans Virginia Woolf un vers de Shakespeare

Full fathom five thy father lies … faudra que je lise ‘La Tempête’.

En attendant, je lis toujours le journal de mon père, je le retranscris. Je découvre qu’il était déjà à 23 ans le même que j’ai connu et je le remercie d’avoir, avec ce portrait de lui, non seulement prolongé notre relation mais aussi justifié ma manie d’écrire.

1-11-56

Est-ce que l’œuvre d’une vie et sa seule préoccupation peut-être d’enseigner une langue à des enfants. Je suis heureux lorsque je sors de classe après avoir fait un cours que j’émaille toujours de rires peut-être un peu trop pour la bonne tenue des élèves. Mais c’est tellement plus facile de passer une heure à apprendre en riant. Une sorte de confiance de la part des élèves qui ne se croient plus forcés d’apprendre. Il faut arriver à leur faire prendre ça comme un jeu instructif. Mais si je suis heureux en sortant de là, c’est parce-que j’y joue. Je joue le rôle du professeur. J‘étale mes connaissances, mon esprit. Il faut bien l’avouer. Là je fais du théâtre et sans crainte de critiques. Je sais que le public ne peut pas critiquer, soit par discipline soit par manque d’intelligence. Je joue la comédie, je joue toujours disait Violette d’un air un peu triste semble-t-il.

Ce qui est sûr c’est que je suis sur la pente du narcissisme. Et je parle beaucoup. J’adore raconter des histoires qui n’intéressent que moi avec forces détails superflus. C’est cela qu’il faut éviter, je me le suis dit souvent : parle moins. Mais je sais que si je rase quelquefois, je plais ou j’amuse souvent. Alors je joue et je parle et on me pardonne les moments où je rase.

26 mai
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 16:20

Voilà, c'est le 26 avril. Je suis au rendez-vous du 26, bien sûr. Pas au meilleur de ma forme : la gorge, le nez, la tête. J'ai dormi douze heures cette nuit et là je viens de faire vingt minutes de sieste avec Monsieur Sardine sur le ventre.

Ça ne me dit pas ce que je vais pouvoir raconter pour ce jour qui marque un an + neuf mois ...

Je me trouve comme les veilles de devoir à rendre, où j'allais le voir penaude dans son bureau ouvert : la pièce bureau où mon père et ma mère avaient chacun sa table donnait directement sur le salon par une cloison interrompue au milieu.

J'ai une dissertation à écrire et absolument aucune idée.

C'est quoi le sujet ?

Tu es mort depuis un an et neuf mois aujourd'hui, c'est nul, je ne sais pas quoi dire.

Les sujets nuls ça n'existe pas. Même ceux que tu ne trouves pas a priori intéressants ont toujours été choisis pour une raison. N'oublie pas que ce sont des exercices, à la limite, moins tu as de choses à dire et plus ça va être formateur d'écrire le devoir.

Un et neuf mois c'est trop ou pas assez, comment veux-tu que je ... vingt et un mois ça n'est guère mieux. On dirait un âge de bébé. Ta mort a un âge de bébé pas intéressant à commenter et tu voudrais que je fasse des pages là-dessus.

Moi je ne voudrais rien du tout, mais toi tu dois le faire.

Et pourquoi ?

Parce que c'est comme ça, on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie, la plupart du temps il faut juste se contenter de faire ce qu'on a à faire.

C'est pas marrant.

Ben non. Mais tu vois, là tout le temps qu'on discute, si tu t'y étais mise, tu aurais déjà bien avancé. Au lieu de quoi tu rouspètes.

La différence c'est que dans ces cas-là, je sortais toujours de la discussion avec une ou deux idées qui avaient fini par sortir par la bande.

Aujourd'hui, non, toujours pas d'idée.

Alors je vais vous offrir un petit morceau de son journal, un extrait avec son scooter. En 1956, après avoir longtemps tergiversé - son éducation comme il le dit lui-même lui interdisait les dépenses irréfléchies - il avait fini par acheter un scooter d'occasion.

Le 13 mai 1956

J’avais rêvé enfant d’une bicyclette, je rêvais plus tard d’une auto entre ces deux rêves j’ai acquis la réalité, il n’est pas beau non, assez vieux. Mais c’était une joie de partir les premiers jours en me disant qu’il était heureux que les autres sussent conduire. Grand étourdi vraiment ! Et maintenant c’est si simple. Un coup de démarreur et nous voilà partis au soleil dans le vent. Comme ça raccourcit les distances. Je n’attendais pas ce plaisir surtout après les débuts hésitants et si bien ponctués de l’enlevage du gendarme. Un brigadier de gendarmerie qui m’a même inspiré une chanson sur l’air de « Brave Margot ».

et le 10 juin

C’est aussi le scooter qui m’a révélé s’il en était besoin combien je me fais de soucis pour peu de choses ; surtout (il faut bien le dire) lorsque ce peu de choses doit finir en argent dépensé. Avec mon éducation je ne pourrai jamais dépenser sans compter. Car si cela m’arrive un jour, le lendemain je m’en repends, ou je restreins quelques jours pour prodiguer un jour.

Il a fallu un petit dérangement (une bougie mal essuyée qui empêchait le démarrage) pour que je me sente énervé anxieux soucieux en un mot, toute la journée.

Et puis il s’agit tout simplement de payer – et le scooter repart aidé du mécano. Ça revient peut-être cher à ce train-là et c’est tout ça en moins pour les vacances. Mais de cette façon plus de soucis. D’ailleurs ils passent très vite mes soucis quand je repars avec un bruit régulier sous moi ... et la (petite) vitesse dans le soleil du matin et l’air encore léger.

Willy et son scooter .... je ne connais pas la passagère.

je suis là
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 10:31

La nuit dernière j'ai rêvé que j'étais à Toulouse, perdue.

Le train ne s'arrêtait pas à la bonne gare, je me retrouvais dans un quartier inconnu. Je décidais de téléphoner à mon père.

Ça décrochait, j'entendais sa voix, mais il ne me parlait pas à moi, il était en train d'expédier quelque affaire, avec un interlocuteur inaudible.

Je pestais, mais ne m'étonnais pas.

Double impasse. Mais sa voix présente, reconnaissable, réelle.

Je ne me suis pas aperçue tout de suite (le fameux effet retard des rêves, pour assurer leur double emploi : lissage de nuit, froissage de jour ...) que ma vie sans Willy ressemble exactement au rêve : il n'est pas là pour moi mais j'entends sa voix.

Grâce à ma mémoire, à son héritage et à son journal surtout.

Mon père a l'âge de ma fille. Il rêve d'écrire, ou plus exactement, que ses écrits se voient "imprimés". Il rêve d'écrire et d'aimer, le tout sans perdre pour autant son temps.

Il est tout torturé de contradictions et conscient de cet état.

Il écrit pour lui, avec une certaine complaisance et parfois de la sévérité.

Il multiplie son écriture en donnant la parole alternativement à sa conscience et à son démon, lui se situe quelque part entre les deux.

Il écrit pour lui, avec toute la liberté, voire le relâchement que permet l'exercice et il avoue qu'il aimerait que ce soit imprimé tel quel, que ça vaille de l'être sans qu'il ait besoin d'y travailler davantage.

On dirait moi, quoi.

Aujourd'hui, c'est son anniversaire, encore un où je n'aurai pas besoin de me tordre le cerveau pour lui trouver un cadeau.

Quand je n'avais vraiment pas d'idée, je lui faisais livrer un bouquet.

Dans le bouquet d'aujourd'hui : un rameau d'olivier (j'ai récolté 800 grammes d'olives dans des arbres en pots entre deux immeubles de bureau, je les ai mises dans la saumure après une semaine de rinçages quotidiens, j'essaie d'être à la hauteur de ses cueillettes urbaines et de ses préparations maison - il m'en a légué le goût) et quelques phrases tirées de son propre journal, avec une rose.

le 5 février 1956

J’écris par orgueil par vanité je crois que ce que je dis pourra s’imprimer un jour et que cela peut valoir quelque chose. Et je ne corrige rien. Je ne travaille pas à cela. C’est le comble de la fanfaronnade. Je sacrifie au goût du vers insolite et construisant par le simple accident des mots dans ma bouche des images sans sens.

Mais on peut trouver un sens à tout pourvu qu’on en cherche un. Et on cherche trop le sens de telle chose ou de telle autre, voilà le malheur.

Une fleur a-t-elle un sens ? Et pourtant quoi de plus beau qu’une rose ?

là, il doit en avoir trois, on dirait moi

là, il doit en avoir trois, on dirait moi

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 10:33

#manifestation #CRS #TAFTA #ShangriLa #Paris #ATTAC #MarchéTransatlantique #protest

Mon père serait fier de moi.

Hier soir, à l’appel d’ATTAC qui manifestait contre le Grand Marché Transatlantique et l’accord dénommé TAFTA (Transatlantic Free Trade Area) je suis allée voir ce qui se passait au coin des avenues Albert de Mun et d’Iéna.

J’arrive par le CCI (Chambre de Commerce International) et je descends l’avenue d’Iéna derrière une paire d’hommes en bleu. La circulation des voitures est libre, mais chaque trottoir est limité par des barrières métalliques.

Petit attroupement devant un immeuble d’habitation à terrasses. Un vague pick-up avec des gars qui remballent, une pancarte en carton écrite à la main « on n’avait pas grand-chose et maintenant ce sera TAFTA rien », une paire de types maquillés en clown, quelques dames avec des tracts, une petite bande de gars en T-shirts bleus avec des poulets en plastique à la main, une ou deux interviews tranquilles à petits micros amateurs. Je remonte parmi ces gens, déçue du peu d’affluence, jusqu’à une barrière tenue par une brochette de CRS. Je demande si je peux passer par là pour aller au métro Iéna. On me dit « non, prenez par le trottoir d’en face.

Je retourne par d’où je viens et là quatre CRS sans barrière me font signe que je ne passerai pas. Ils laissent en revanche d’autres piétons passer mas pas moi.

Je demande pourquoi.

Vous étiez à la manif ?

Je suis allée voir ce qui se passe.

Vous étiez à la manif.

Je suis simplement allée voir en face, votre collègue m’a dit de passer par ce côté.

Faut faire tout le tour, remontez Albert de Mun, vous ne passez pas.

Mais pourquoi les autres passent et pas moi ?

Vous êtes une manifestante.

Qu’est-ce que vous en savez ?

Les badges sur votre sac.

Je tremble un peu déjà mais je ne renonce pas, je réclame une explication.

En gros j’ai droit à : on a des ordres, la dispersion de la manifestation doit s’effectuer par le plus long chemin, les passants passent et les manifestants pas.

Rien ne me rend dingue comme les sentiments d’impuissance et d’injustice.

Devant ces types armaturés comme de gros jouets transformables en insectes ou en chars d’assaut, j’ai les larmes aux yeux. Je répète que je veux seulement comprendre la LOGIQUE de leur démarche.

Le mot les amuse, mais je commence à les fatiguer.

Pas de logique, des ordres.

Indignée, je demande si c’est légal. Je dis qu’il faut avertir la presse, que je vais appeler un journaliste. Le brigadier-chef (si j’ai bien compris son grade) me dit « si vous voulez appeler, appelez maintenant »

C’est une menace ?

Appelez maintenant.

Je suffoque, aucun nom de journaliste dont j’aurais le numéro ne me venant à l’esprit, j’appelle un ami, un qui s’y connait en manif.

Je lui expose mon cas, en larmes.

Un autre CRS se lance dans la conversation que j’ai au téléphone. « Venez en parler à notre juriste, il arrive. »

Je raccroche, m’approche du nouveau venu, un jeune harnaché comme les autres, calme et souriant.

Comment voulez-vous que je sois juriste ?

Ben, vous pouvez avoir fait des études de Droit, obtenu un diplôme …

Ils se foutent gentiment de ma gueule, on discute.

Dans la journée ils ont déjà fait une manif de retraités – 2 000 personnes et une de motards – 500

Là ils étaient 300 tout à l’heure, c’est en train de se disperser.

Ils sont 50 CRS pour 300 manifestants me disent-ils. Ça les fait un peu rigoler. Ils ne savent pas contre quoi on manifeste. Avec une dame qui refuse aussi de tourner les talons et est venue me rejoindre, on leur explique le traité dégueulasse de dérégulation totale, chacune avec ses mots.

Elle et moi on aura fait ce qu’on a pu : Résister, informer, dialoguer, se ridiculiser.

Comme j’ai repris du courage avec ces deux good cops, je retourne voir ceux qui m’interdisent le passage, encouragée par les jeunes : « ils ne vous laisseront pas passer, y a les commissaires en face, très en arrière là-bas qui les surveillent, s’ils vous laissent passer ils seront sanctionnés, pareil pour nous. Mais allez-y vous pouvez toujours essayer »

Donc là, parmi les trois, y a le chef qui fait le rogue, le rigolard qui me voit venir et un autre, sourcils teints qui ne dit pas un mot.

Le rogue préfèrerait que je ne parle pas du tout, mais me réexplique qu’il a des ordres.

Le rigolard s’étonne qu’avec un gouvernement de gauche il y ait encore tellement de manifestations. Je demande si, maintenant qu’on a bien discuté ils ne pourraient pas tout simplement me laisser passer, là, d’être humain à être humain et parce que je suis aussi têtue qu’eux et que comme eux je n’aime pas qu’on piétine mon honneur.

Comme je questionne encore les fameux ordres, le rigolard me raconte qu’à une autre manif les consignes étaient clairement « d’embêter les manifestants ».

Je remarque que ça n’est pas une démarche de maintien de l’ordre.

A chaque fois que j’essaie un peu de les chatouiller, ils se rétractent, preuve que ce sont bien un peu des crustacés. Des crustacés ouverts au dialogue mais pas à l’indulgence encore moins à la nuance.

On ne bouge pas, il reste un groupe de deux et un de trois manifestants en face, des civils qui discutent sur le trottoir mais quand même considéré comme perturbant l’ordre public.

Au talkie, le commissaire demande de ne pas lâcher.

Un des CRS me propose d’aller demander à « mes amis » de se déplacer légèrement vers le bas de l’avenue, si je veux être libérée plus vite.

J’apprendrai ensuite que la manif devait se tenir devant l’hôtel Shangri-La où doit se dérouler « un dîner de lobbyistes à 1 500 euros par tête » et que ce sont les CRS qui ont placé les barrières de manière à ce que les manifestants soient contenus à distance de l’hôtel devant un immeuble d’habitation.

Qui est responsable de la gêne pour les gens du coin ?

Finalement, au bout de quarante-cinq minutes ceux d’en face sont partis, les CRS remballent. Le chef déclare que je peux passer et qu’il m’accompagne.

« Vous avez gagné me dit-il » et moi « Pas du tout, je ne passe qu’une fois le barrage levé, donc disons que c’est un match nul ».

Ensuite j’ai marché jusqu’à l’Alma et le long de l’avenue Montaigne avec la nette impression d’être au pays de l’argent. Les boutiques étaient encore plus dorées que la lumière du soir, dorées et gardées par des hommes en noir.

Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?
Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?
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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 15:02

Réunion anti publicité, comme une boucle bouclée. Ça aurait fait rire mon père de me voir là ou de m’entendre raconter. Lui qui a toujours pensé, dit, professé, que la pub c’était le Mal, le ver dans le fruit, le premier rouage de l’engrenage maudit.

Moi j’ai insisté pour y travailler, par goût de ce qui brille, par goût de l’opposition aussi. Et je m’y suis bien amusée.

Il ne m’en a pas affreusement voulu. C’était un des avantages de cette famille : on vous présente les écueils et si vous vous jetez quand même dans le bain, on garde sur vous un œil attentif, confiant, aimant.

Donc oui, j’ai assisté ce mois-ci à une réunion publique pré-électorale organisée par le PG et le RAP (Résistance à l’Agression Publicitaire). Je me sentais un peu comme une infiltrée. Mais finalement, comme souvent, ni cet excès d’honneur, ni cette indignité, je vois la justesse de leur raisonnement : la pub c’est l’organe de propagande du système capitaliste. Difficile donc d’être contre l’autre, sans résister à l’un.

Mais comme je ne suis pas à une contradiction près, et surtout que je suis tout sauf radicale, je n’embrasse pas complètement la cause.

Comme disait Willy qui ne l’entendait pas du tout dans ce sens-là : « c’est le difficile, qui est le chemin ». Il valorisait l’effort par-dessus tout.

Moi j’en suis à la difficulté de concilier mes opinions et mes goûts, mes goûts et mes dégoûts.

Et puisque je viens de citer une phrase prise du seul journal intime qu’il aie jamais tenu, dans sa vingtaine, je vous en donne un petit extrait où transparaît son caractère, mêmes formulations, même esprit …

28 novembre 1955

… j’adore les petites réunions entre copains où je peux briller. Quand je dis briller je pense plus à un mot espagnol qui rend mieux ce que je veux dire car il est réfléchi : lucirse (se faire briller). Ce désir de se faire briller m’amène à toutes les extravagances qui font de moi le type que l’on peut écouter parce qu’il a toujours une plaisanterie à la bouche et de temps à autre, un mot d’esprit. Et il y a des jours où je me demande si je peux être sérieux. J’ai tenté l’expérience souvent et alors je ne suis plus du tout intéressant. Je ne suis pas homme à tenir les conversations d’intérêt général sur des sujets sérieux. Impossible de m’y arrêter. Et c’est là que j’ai gardé mon esprit d’enfant.

J’aime beaucoup lire, déchiffrer (il avait déjà une écriture minuscule et convulsive, Willy, même avant ma naissance) ce journal, c’est comme passer du temps en sa compagnie, comme une conversation neuve, puisque ces pages sont tout à fait inédites. Et j’y retrouve avec un plaisir paisible, non seulement sa voix, mais aussi des mots de famille comme ‘sempiternel’ ou ‘pas reluisant’ ou encore ‘faire feu des quatre fers’.

Ça fait un an et huit mois, il est toujours là.

Willy & Charlotte

Willy & Charlotte

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