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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 18:47

#PhilippeJaenada #littérature #LaPetiteFemelle #PaulineDubuisson #féministe

D'abord dire que c'est un bouquin magnifique, je l'ai pris (je dois à la vérité de dire que mon amoureux me l'a offert) je n'ai plus voulu le lâcher.

Y a le côté enquête, évidemment, qu'on suit la truffe au ras des pages, passionné(e).

Y a le côté 'à thèse', la thèse étant que la société française patriarcale, blanche, bourgeoise des fifties comme d'aujourd'hui, est une saleté pour les femmes en général et les rebelles en particulier, c'est d'autant plus beau que c'est écrit par un mâle blanc pas fragile d'aspect.

Alors d'une part, la thèse est tout ce qu'il y a de respectable, pour le moins, mais en plus elle est soutenue avec une rigueur ET une grâce absolues, comme d'habe la grâce, c'est un peu le deuxième prénom de Philippe Jaenada, et le fait que l'auteur soit sans arrêt présent, dans l'action dans le commentaire, dans les digressions sur sa vie même au temps de l'écriture, c'est irrésistible.

Irrésistible, indiscutable, palpitant.

Magistral et drôle, comme le papier François Perrin. Qui a eu, lui, en plus, l'honnêteté de préciser qu'il était pote de beuveries de Jaenada. Moi je le connais un peu, mais vraiment pas à ce point-là, je suis donc encore beaucoup plus objective.

J'ai juste une ou deux remarques, pour calmer le côté sans faute, dix sur dix, tableau d'honneur et félicitations du jury, champagne et maillot jaune :

Cette idée de contextualiser les étapes de la vie de Pauline Dubuisson avec l'actu des femmes de l'époque (Frida Kalho, Sagan, Mistinguett et qui sais-je encore) des trucs qui n'ont absolument rien à voir et arrivent comme des cheveux sur la soupe, je la trouve indigne de Jaenada.

Ça fait un peu truc de journaliste, ou d'organisateur de festival : un bouquin sur une femme, l'actu autour, que des femmes !

Pas utile à mon avis, voire un peu urticant pour les paranoïaques dans mon genre.

"Allez ma fille, va jouer avec tes petites camarades là, toutes dans la cuisine !"

(Oui, je sais, y a vraiment pas de quoi s'énerver)

L'autre bricole, c'est en deux morceaux, ça doit être au début du bouquin parce qu'après je n'ai plus eu cette sensation, voilà ce que j'ai noté :

* Une fille jeune qui couche à gauche et à droite, forcément c'est qu'elle se sent mal dans sa peau - mais il dit ça pour l'excuser - là, je dis : double faute.

* Il y a aussi une histoire de carnet, où l'héroïne raconte ses partenaires sexuels. Toujours pour l'excuser, Jaenada précise que non, malgré les bruits que la presse a fait courir, il n'y avait pas de remarques techniques dedans. Je veux bien croire qu'à l'époque, des remarques techniques pouvaient aux yeux des juges bornés, aggraver le cas de Pauline D ; je trouve un peu dommage que l'auteur, pour défendre son héroïne, ait l'air de faire siens les préjugés des années 50.

Mais j'ai peut-être lu la phrase déjà dressée sur mes ergots.

Comme on peut voir je n'ai pas énormément souffert.

Je peux même dire que l'un dans l'autre, le plaisir a été grand.

Et ça me plaît beaucoup, même si c'est en grande partie par amour de la sienne, que Jaenada défende si vaillamment la cause des femmes. Voilà un type qu'on a envie d'avoir de son côté.

Je ne vais donc pas me mettre à lui en vouloir pour un ou deux pas de côté, sur un terrain que je suis bien placée pour savoir glissant.

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 09:01

#PaulJeanToulet #Guéthary #monPère #MarieVergon #contrerime #septembre #26

Je vous imagine, là, ma demi-douzaine de fidèles abonnés (vérification faite, vous êtes quatorze !) et je me dis : ils sont au rendez-vous du 26, qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur offrir à grignoter ?

Au bout de trois ans, vous l’aurez constaté, moi en tout cas c’est ce qui me semble, la douleur a fait place à quelque-chose de doux. La pudeur a repris ses droits. Alors bien sûr je me demande si vous avez envie que je parle de Willy, ou de tout autre chose.

On pourrait très bien concevoir que le rendez-vous du 26 soit d’une discrétion totale. On y parlerait de tout et de rien, et chacun de nous saurait qu’il s’agit quand même d’un hommage.

Hier par exemple et par hasard, je suis tombée sur une lettre écrite à mon père, où je préparais mon voyage à San Francisco, où je lui promettais de lui trouver une théière japonaise pour remplacer celle qui avait fini par se casser. Ou juste son couvercle, c’est une tendance des théières …

Peut-être suis-je assez réparée maintenant pour chercher dans ses lettres à lui. Il y en a des boîtes pleines chez moi. Je ne jette pas ! (Je chercherai une autre fois, l'idée me fait encore frissonner.)

Ce que je voulais vous raconter, c’est l’histoire de l’épouse de Paul-Jean Toulet.

Nous avons passé quelques jours à Guéthary début septembre, du rabe d’été, avec baignade dans l’océan et tout et tout. Et une grande partie d’une matinée pluvieuse, mais douce, à chercher autour de la jolie église haut-perchée, dans le cimetière ancien, la tombe du poète.

Elle se trouve dans un enclos de grilles rouillées, accolée à une autre. Sur celle de Toulet, on ne lit plus bien que JEAN, mais un médaillon sculpté par Georges Clément de Swiecinski, un ami lui aussi bien oublié, rappelle son profil. Sur la tombe à côté, tout aussi émoussée, on lit le nom de CAZABON et on en devine d’autres, mais il faut connaître VERGON pour le distinguer.

dans les temps mais à contrerime

Elle s’appelait Marie Vergon donc, c’était la fille d’un restaurateur de Guéthary, un ex de jeunesse de Paul Jean, venue le retrouver vers sa quarantaine et avec qui il a accepté de finir sa vie. Vu d’ici ça me semble un arrangement un peu moche. Elle l’aimait d’amour, il n’avait rien contre. Elle le voulait à tout prix, il avait besoin de quelqu’un pour s’occuper de lui et ne plus être à la charge de sa sœur.

Ils se sont arrangés. Ils sont restés ensemble quatre ans, jusqu’à la mort de Toulet.

Je ne sais pas combien de temps elle lui a survécu, les dates ne sont pas plus lisibles que les noms. On l’a enterrée à côté de lui, dans un caveau de famille. La grille autour des tombes 'fait un peu comme une alliance', je ne sais pas à quel moment elle a été ajoutée ni par qui.

C’est une histoire pitoyable. J’ai cherché la dame sur la toile et tout ce que j’ai trouvé d’elle c’est un portrait en veuve au musée de Pau.

dans les temps mais à contrerime

Plus exactement, la photo du conservateur du musée, Jean-Pierre Mélot, désignant sur la toile, peinte par Deveaux, des taches blanches de moisissure !

Et puisque tout ça revient à une histoire de mémoire et d’écriture, de moment saisi à temps et que je viens de l’apprendre par cœur, je joins cette contrerime de Toulet :

Molle rive dont le dessin

Est d’un bras qui se plie

Colline de brume embellie

Comme se voile un sein

Filaos aux chantants ramages

Que je meure, et demain

Vous ne serez plus si ma main

N’a fixé votre image.

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 13:40

#MauriceMagre #Montségur #Cathares #chevaux #Toulouse

Sur ma droite, le squelette de la Gate fumait et tombait par morceaux. Les morts faisaient de petits monticules tranquilles. Un cheval fou tournait sur lui-même ..."

Voilà, ça fait donc trois ans aujourd'hui même, jour de pluie à Paris. Trois ans sans Willy.

La citation ci-dessus vient du Sang de Toulouse, de Maurice Magre, un livre écrit dans les années 30 qui retrace le siège de Toulouse par les Croisés au XIIIème siècle.

Les petits monticules tranquilles m'ont frappé, j'avoue.

Au milieu des catapultes géantes et des pluies de caillasse, tranquilles.

Maurice Magre

Maurice Magre

J'ai eu envie de lire le livre, évidemment à cause de Toulouse, pour lire des noms de rue, et je n'ai pas été déçue. Je ne sais pas si je retournerai dans cette ville. La ville de Willy désormais. Même si j'y ai passé mes années, comment dit-on ? de formation ! En gros entre mes 6 et mes 18 ans. Même si j'y ai mes souvenirs à moi, la ville est à lui.

le siège de Toulouse - 1211

le siège de Toulouse - 1211

D'habitude je me prépare pour le 26, je note dans un fichier daté, tout ce qui pourra me servir le jour anniversaire. Là, rien du tout. Je me présente au rendez-vous comme je suis du dimanche. Un peu rêveuse.

Dans mon rêve : une bataille de chevaux sur l'eau. Deux armées d'étudiants, chacune sur une berge de la rivière, se lancent à l'assaut sur des pontons flottants.

les ruines de Montségur dans l'Ariège

les ruines de Montségur dans l'Ariège

Aucun rapport entre Willy et les chevaux, pas son truc, ce genre d'animal.

Mais il nous avait emmenés à Montségur, haut lieu du pays Cathare.

Décousue, décousue, je tourne sur moi-même comme le cheval de guerre de Maurice Magre.

Chevaux, châteaux, siège, mort, chevaliers, hérétiques, rebelles ...

De la tranquillité. Pas de tristesse.

Les chevaliers sont peints, les châteaux sont en ruine, les rebelles bouillonnent ici et là.

Je peux très bien, si j'en ai envie, écouter la voix de mon père prononcer le nom de la rue Genty-Magre à Toulouse. Le voir déambuler dans la cour pavée de galets d'un des palais des Capitouls. Tout est dans ma tête. Tranquille.

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 10:17

Deux ans et deux mois ce jour, de franc soleil et d’humeur belle. Pour rien, pour la vie. Les jardiniers de la Porte de St Cloud ont nettoyé la terre sous le cèdre et dessiné une démarcation en forme de S asymétrique et voluptueux entre son terrain et la pelouse. Les belles de jour enroulent leurs tiges roses fougueuses autour du treillis vert qui délimite le petit parc. Ma fille a de beaux projets. Mon livre bleu sort dans quelques jours. J’aime mon amoureux. Notre chat adore notre nouveau fauteuil.

Quant à mon père je l’ai vu deux fois, en rêve.

Willy solaire

Je me retrouvais, je ne sais comment, invitée dans la plus belle maison de la ville - comprendre le château - je buvais un verre avec mes hôtes distingués.

(Une réminiscence lauzertoise)

D'un coup, on ouvre la porte à deux battants sur un parvis de marches majestueux. Le grand soleil entre dans le grand salon. Il faut quelques secondes pour accommoder et distinguer sur la place immense un ballet de taureaux luisants et de personnes endimanchées. Feria !

Alors que je lève mon verre rempli d'une boisson rose vers le spectacle espagnol, arrive au bas des marches, avec un sourire ravi et sa femme à son bras, mon père.

Et je me dis que c'est quand même pas mal qu'on se retrouve là, moi en haut, accueillie dans le beau monde, lui dans son univers de prédilection (l’Espagne, pas la tauromachie).

Il est fier de moi. Il monte les marches, je ne sais pas si je descends.

Et puis on est assis face à face et il me raconte l'état du monde politique. Progressivement je ne comprends plus rien du tout, j'écoute sa voix et je me dis que c'est bien lui, c'est bien ça.

rendez-vous de septembre

Un autre ! Cette fois nous sommes une bande d’amis et nous nous racontons des histoires à propos d’un homme disparu. C’est comme après un film comique, on se remémore les scènes les plus marquantes. Tout le monde se réjouit, rigole, savoure.

(En fait avant de dormir, j’ai fini le livre de Patricia Volk où elle évoque sa nombreuse famille de restaurateurs New Yorkais. L’avant dernier chapitre est consacré à la mort de son père et le dernier à une petite expédition en moto qu’elle a fait avec lui dans son adolescence. )

Et puis je me trouve face à mon père assis sur un banc, calme, silencieux. J’observe son visage et c’est comme si mon regard était une main. Je le reconnais, au sens randonnée du terme, son visage est une carte en relief.

rendez-vous de septembre
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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 09:59

Evidemment, là je ne suis pas prête du tout. Deux ans et un mois. Seulement, déjà ?

Alors je me raccorche à ce que je peux, le livre d'Iris Murdoch que je viens de finir 'The Sea, The Sea' ... l'histoire interminable (parce que dans la vie les histoires n'ont pas de fin) d'un homme de théâtre qui va fuir ses semblables et sa célébrité sur un rocher au bord de la mer. Tous ses démons viennent le visiter, un par un ou tous à la fois, y compris son premier amour ... et au lieu du calme et de la tranquillité, il se retrouve sur une scène de théâtre de fous. En gros.

Le livre fait 502 pages en anglais.

Et donc, dans ma récolte de phrases en fin de lecture, j'en trouve une qui vingtsisse assez : ' How different each death is, and yet it leads us into the self-same country, that country which we inhabit so rarely, where we see the worhtlessness of what we have long pursued and will so soon return to pursuing.'

(Les morts sont toutes singulières, pourtant elles nous amènent toutes au même endroit, cet endroit que nous occupons si rarement, où nous prenons conscience de l'inutilité totale des buts que nous poursuivons, que nous avons toujours poursuivis et que nous allons très vite nous remettre à poursuivre.)

J'aimerais beaucoup arriver à ça : que chaque 26 me ramène à ce point de suspension, de réflexion. Et qu'entre temps ma vie ne soit que folles poursuites.

Mais je n'en suis pas tout à fait là.

En tout cas le 26 est un rendez-vous auquel je me tiens.

Ah, et le tour d'horizon ne serait pas complet si à mes lectures je n'ajoutais ... ma fesse ! Fi donc du grand fessier, une ostéopathe précise me désigne le véritable point de crispation douloureuse : mon muscle piriforme. En forme de poire donc.

Demandez à n'importe qui, l'espèce de poire la plus connue ...

Ensuite, s'il vous plait, ne vous moquez pas trop de moi.

Et voyez comme la vie est bien faite : juste avant de poster mon vingt-six, dans NYRB je lis la dernière phrase du dernier livre de David Grossman écrit cinq ans après la mort de son fils : 'Il est mort, mon fils est mort. Mais sa mort n'est pas morte.'

Titien, Persée et Andromède (et le monstre marin)

Titien, Persée et Andromède (et le monstre marin)

26 août / 2 ans et 1 mois
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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 12:59

Elle a inventé le pimpant grinçant, gloire à elle !

Les bandes dessinées d'Anouk Ricard sont comme des mille feuilles acidulés, comme les gâteaux aux couleurs inmangeables dans une vidéo de Pierre Huyghe, comme les sous-pulls dans les films d'Eric Rohmer.

A première vue : couleurs franches et vives, trait malhabile, personnages sommaires, clinquant enfantin. Ensuite, à lire, dès qu'on s'y plonge : cruauté sans bornes, humour faussement basique, critique sociale féroce, perversion ...

Mary Frances Kennedy Fisher disait qu'il ne faut pas confondre innocence et naïveté. La brutale innocence d'Anouk Ricard - tiens, on a les mêmes initiales - l'aurait comblée.

C'est devenu un cliché de dire que l'enfance n'est pas douce et neuneu. Ça reste toujours compliqué de le traduire, une fois qu'on a passé l'âge.

Dans l'art, retrouver le fraîcheur du trait d'enfance, est une sorte de quête du Graal.

Anouk Ricard réussit à nous faire croire que contrairement à la plupart des autres petits d'homme elle n'a pas arrêté de dessiner à 7 ans, âge de raison et d'école uniformisante, que son dessin s'est simplement nourri d'une expérience d'adulte sans jamais perdre ni l'élan furieux - celui qui fait qu'au bout d'une heure de gouache, tout devient marron caca - ni le regard impitoyable - celui qui fait pointer l'haleine fétide du monsieur invité -

A la lire, je retrouve des sensations imbriquées anciennes : la fierté de porter le shetland à la mode, jaune, avec un pantalon à carreaux camaïeu feuilles mortes, et la honte absolue de la mauvaise largeur de patte d'eph associée au malaise du col roulé qui gratte,alors que les copines arborent les bons modèles avec une désinvolture totale.

M'ennuyer ferme devant les dessins animés tchèques, en feutrine et carton bouilli, ou regarder le Manège Enchanté, habitée de pulsions sexuelles pour mon voisin, le frère de ma meilleure amie.

Les mal coiffés, les mal fagotés, les vilains petits canards de la petite école, dont j'avais parfois l'impression de faire partie, reviennent entre les cases d'Anouk Ricard, mais plus encore, cette sensation que personne ne se rend compte que, même sabotés pas nos parents ineptes, nous comprenons tout, surtout ce qu'ils essaient de nous cacher.

Dans Coucous Bouzon, le monde de l'entreprise avec son jargon, ses rituels pseudo professionnels, ses petits chefs abrutis, ses relations factices et obligatoires, en prend pour son grade. Et les adultes sont remis à leur place : tout aussi pathétiques que sur la photo de classe, et dans le même ordre souvent, les petits devant, les grands derrière.

Je suppose quand même que son dessin la dessert : ceux qui n'ont pas mis leur nez dedans sont persuadés que ses livres s'adressent aux petits. Ou qu'ils sont primaires comme les couleurs. (Je connais le coup avec mes couvertures Dilettante claquantes de couleurs, de poupées et de fruits : les petites filles se jettent dessus et leurs mères ne réagissent pas tout de suite ...)

Mais son dessin c'est sa voix. Chatoyant tutoyant.

Son dessin c'est aussi son armure et son cheval de Troie. Sous les couleurs vives et allures naïves, elle peut être méchante, cruelle, violente, injuste, impunément.

Peut-être que sont style lui sert de filtre ? Qu'il lui évite les malentendus. D'être aimée pour les mauvaises raisons par exemple.

Ce qu'elle réussit très bien aussi c'est la gêne, l'embarras, un truc imparable - comme Larry David avec son Curb Your Enthusiasm mais dans un style radicalement opposé - pas seulement dans le scénario mais aussi dans ce décalage outrageux entre le dessin et l'histoire, le malaise que crée le trait est des plus délicieux ... comme la raideur du pantalon de Larry David au niveau du boutonnage de la braguette, une espèce d'effet d'indécence. Anouk Ricard marie la gêne et le plaisir.

Et puisque nous y sommes, son PlanPlan Cucul est une petite merveille. Elle y pousse au maximum sa manière de ne pas y toucher avec la main dans la culotte.

Je l'ai croisée une ou deux fois en personne, tout ce que j'ai trouvé à dire c'est "je suis fan" avec une petite révérence involontaire, venue de mes lointains cours de danse classique.

Comme ça, la prochaine fois qu'on se voit, elle pourra répondre "je sais" en me tirant la langue.

AR
une page de Coucous Bouzon

une page de Coucous Bouzon

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 10:44

maintenant je lis ça !

à chaque fois Nicholson Baker m'ouvre des horizons

là il raconte, entre autres, comment quand il était petit il s'emparait de la bobine de fil de la machine à coudre, accrochait le bout à un tiroir puis dévidant le fil, reliait tous les meubles du salon les uns aux autres jusqu'à épuisement.

pour sortir de la pièce il n'avait plus qu'à ramper sous sa toile

et le plus impressionnant de l'histoire, vous allez voir, c'est que sa mère lui permettait tout ça ... et pas une fois mais plusieurs  !

après il parle de cerf-volant ... et ça n'est que le premier texte du livre

ouvreur  de mondes
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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 18:27

alors que tout allait très bien

oui, malgré la Toussaint,

le jour des morts n'est pas celui de mon père, allez savoir pourquoi

j'ai passé une semaine très belle

à marcher dans Paris lumineux sous un ciel agité de quasi printemps

à voir de jolies images et de joyeux gens

au Musée d'Orsay, des fesses artistiques et des visages amis

écouter des chansons enthousiasmantes

m'exclamer devant la couleur des feuilles trahies et la démarche des corbeaux bavards

tout ça

et puis je retombe sur ce texte

d'une dame connue (mais est-ce que son nom est important ?)

interviewée à propos de son nouveau livre qui décrypte (avec gourmandise, je suppose)

les expressions (savoureuses, hein) de la langue française

un de ces bouquins d'académicien(ne) qui se met à la portée de tous les Français

pour leur faire découvrir, ou redécouvrir, les joies de leur propre langue

un trésor pas cher et si souvent ignoré ...

n'est ce pas ?

et donc la dame se lâche, gambade en laissant tournoyer derrière elle sa poésie à la noix comme les pans de son écharpe de soie

j'ai photographié le texte pour essayer d'expliquer comment pourquoi ça m'agace tellement

mais ça m'agace tellement que je n'arrive pas à expliquer !

rénervée
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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 14:57

1150749500[1]Dans un papier de Sofilm sur Viggo Mortensen, il est question de l’enfance qui servirait de réservoir. L’acteur au poil dru aurait emmagasiné beaucoup d’images, d’inspiration et d’énergie dans la pampa argentine. Je n’en pense rien de plus, je suis contente pour lui.

Et puis, parce que dans Libé, Modiano raconte brièvement comment chacun des dix romans de son Quarto Gallimard est né, j’achète le pavé souple, je regarde les photos et je commence par le commencement, Villa Triste.

Et je trouve que Modiano – dont je n’avais lu jusqu’ici que les Boutiques Obscures qui ne m’avait pas donné envie de persévérer – a quelque chose de Marguerite Duras (dont j’ai tout lu, sauf les romans de ses débuts, plus bavards et moins forts) … le côté son nom de Venise dans Calcutta désert, le goût des noms de personnages, même dégagés de la personne, pour leur parfum. Un sens du private joke, pas joke du tout d’ailleurs, ce talent pour évoquer un endroit ou une personne que lui seul connaît – ou imagine – sans en raconter grand-chose.

Et là où ça boucle avec Viggo, c’est que je vois Modiano comme un type qui a engrangé dans son enfance et son adolescence, une somme d’images et de personnages étranges, immense et non élucidée, qu’il semble (je n’ai pas fini mon Quarto, mais j’ai quand même une idée du bonhomme) explorer à l’infini.

En le lisant lui, je comprends enfin tous ces écrivains qui se mettent, passé un certain âge, à farfouiller dans leurs souvenirs d’enfance, d’une manière plus ou moins classique. Evidemment la source de tout est là. C’est comme un puzzle. Comme si dans nos jeunes âges nous avions été encodés. Et qu’il fallait avoir parcouru un grand bout d’existence avant d’avoir l’idée - et assez de savoir-faire – pour essayer de décoder la source. Aller fouiller dans le coffre à jouets, déchiffrer notre propre énigme. Comme si on était entièrement constitué par cette période où on reçoit tout sans rien remettre en cause et qu’il fallait ensuite la vie presque finie pour essayer d’y voir clair.

Je ne me sens pas encore tout à fait à l’âge de plonger dans mon réservoir, et je ne voudrais pas vous ennuyer avec tout ça. Il faut un talent très spécial, celui de Modiano par exemple (ou une patience spéciale à ses lecteurs) pour rendre agréables, voire palpitantes, mais n’en demandons pas trop, ces bribes chargées à bloc, ces morceaux sur-signifiants.

Y a Marcel aussi, qui savait bien le faire. Lui réussissait même à nous présenter sous toutes ses facettes et dans une seule phrase, une image, ses diverses significations - scientifiques, artistiques, historiques - ET la charge d’émotions personnelles que ses temps y avaient successivement accrochée. Il est plus chatoyant, plus ironique, c’est pourquoi peut-être j’ai trouvé la clef pour Proust avant celle de Modiano.

Et donc là, qu’est-ce que je voulais nous dire ? Que vous pouvez être tranquille encore un petit moment. Je vais continuer les « je me souviens » de mon père, mais je ne vais pas vous bassiner tout de suite avec mes gazouillis sous les orangers d’Algérie.

 

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 16:51

img[1]

Nous sommes incomparables quant à nos contextes historiques, niveaux de renommée, de talent, et de malheurs endurés. Elle me bat haut la main sur tous les plans et la question n’est pas là. La lecture de son « Vivre dans le feu » m’a permis, en plus de m’enticher d’elle, de clarifier deux ou trois choses que je sais de moi.

1 – « J’écris pour savoir, pas parce que je sais. »

Elle a parfaitement résumé l’affaire. De ce point de vue, je suis comme elle. J’écris pour répondre à une question, une inquiétude, une lubie personnelle et pour découvrir en écrivant, mon sentiment sur le problème.

Et comme j’adore les théories du genre « dans la vie, y a ceux qui creusent et ceux qui ont les pistolets  chargés » j’étendrai volontiers sa déclaration : il y a deux types d’auteurs : ceux qui écrivent parce qu’ils savent et ceux qui écrivent pour savoir.

Deux attitudes fondamentalement différentes, pas d’échelle de valeur évidemment, juste une manière de voir où on se situe. Et quand on a un avis sur un livre, pas inutile de se demander auquel de ces deux types on a affaire.

Evidemment ça ne marche pas avec tout. Là je tente Malaparte : il sait. Et David Lodge ? Il sait. Annie Ernaux ? Elle veut savoir, elle veut comprendre. Et Mary Frances Kennedy Fisher ? Et Martin Amis ? Et Nick Hornby ? Et Katherine Pancol ? Euh …

Je crois que ça ne recouvre pas tout à fait la différence entre la fiction et l’introspection. Pas non plus tout à fait la distinction entre ceux qui me touchent et ceux qui me laissent froide.  Mais faut-il pour autant affiner ?

« Glissez mortels, n’appuyez pas » comme dit souvent ma mère, citant La Fontaine.

 

2 – Je crois que c’est Tzvetan Todorov dans son intro qui l’évoque : Marina ne pouvait pas parler d’une autre voix que la sienne (et c’est très bien comme ça). Elle écrivait des poèmes, des lettres, des textes, mais n’a jamais pondu le gros roman qu’un certain Ivanov lui réclamait (on m’a déjà fait le coup.)

La polyphonie, pas son genre.  Elle a fait œuvre quand même, ô combien.

Ce qui me rassure, vu que moi non plus je ne me sens pas capable de faire parler une galerie de personnages, de produire un roman monde, de me mettre dans la peau de quelques-uns qui ne me ressembleraient ni de près ni de loin.

 

3 – Sa « concentration névralgique » sur des personnes qui lui plaisent d’un coup, très fort, qui l’enflamment et l’inspirent. Et la manière dont souvent elle fabrique avec eux des sortes d’avatars devant lesquels les vrais individus pâlissent.

Je pense que c’est un truc d’écrivain, mais peut-être pas seulement. L’exaltation amoureuse me semble à rechercher absolument, justement parce qu’elle inspire et fait battre le cœur.

Voici ce qu’elle en dit en 1940 : « Vous pouvez me donner infiniment - beaucoup, car seul celui qui fait battre mon cœur peut me donner. C'est mon cœur battant qu'il me donne. Quand je n'aime pas - je ne suis pas moi. »

Et ces engouements, aussi forts soient-ils, n’empiètent pas sur l’attachement profond principal éternel qu’elle a pour le père de ses filles.

 

4 – Son indifférence à l’Histoire avec un grand H, aux agitations de la politique autour d’elle, ce qui ne l’empêche pas d’être une révoltée, mais solitaire. Tout ça sur fond de révolution d’Octobre puis de prémisses de la guerre II. De ce point de vue, elle SAIT, là où j’oscille. Entre le détachement = je sais où est ma place, petite envergure, petites actions ; et les bouffées d’indignation, les on ne peut pas laisser faire ça, les qu’est-ce que j’aurai donné au monde ?

 

5 – « Conseil à moi-même : apprendre à me taire (à avaler). Mes mots ruinent tout ... Peut-être que si je me tais la vie me supportera. »  (En mai 1932, elle a donc 40 ans.)

Je me reconnais bien là, toujours les mêmes résolutions non tenues : apprendre à répondre à une question par une autre, voire la même. C’est tellement plus poli que de s’étendre comme je fais dès qu’on s’enquiert de ma santé, de mes vacances ou de mes états d’être.

 

Dans le même genre un peu anecdotique il y a aussi, en  juillet 1923 : « Je n'ai aucune envie de passer mes quelques malheureux jours à Berlin chez les éditeurs : moi, personnellement - avec mon insouciance et ma bonne éducation - je m'y prends toujours très mal en affaires. »

Et là, je n’ai même pas, moi, l’excuse d’être poète !

 

 

 

 

 

 

 

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