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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 17:26

#Voltaire #piétons #lesGens #dame #ChosesVues #DansLaRue

Elle attendait tranquillement au passage piétons de la place Léon Blum, les mains posées sur son caddy rose. Elle avait les cheveux blancs un peu défaits malgré une barrette en strass sur le côté. Elle portait une robe d'été en jersey turquoise à pois blancs, sans manches malgré la fraîcheur de septembre.

Elle avait l'air un peu bizarre, et visiblement envie de parler à tous les gens qui s'arrêtaient à côté d'elle. J'étais assise dans le café sur le même trottoir qu'elle. J'ai fini par m'apercevoir qu'elle ne traversait pas, même quand c'était son tour. J'ai aussi fini par remarquer qu'elle portait une chaussette dans sa mule au pied gauche et une ballerine au pied droit sans chaussette du tout.

A chaque fois qu'un piéton s'immobilisait à côté d'elle, attendant que le feu change de couleur, elle engageait la conversation, désignant de son bras droit tendu le trottoir d'en face.

Je la regardais s'agiter du haut du corps sans jamais bouger ses pieds. Je me disais qu'un passage piétons était un endroit comme un autre où rester immobile dans la ville sans trop se faire remarquer, pas mal non plus pour parler un peu, au lieu de rester chez soi toute seule devant sa télé, que le coup du caddy rose, ça pose la dame active, qui fait au moins ses courses toute seule et qu'éventuellement ça peut servir de déambulateur au cas où.

prise avec mon stupidphone ...

prise avec mon stupidphone ...

J'ai fini par m'intéresser à ce qu'elle désignait, me dégageant de mon angle mort. Effectivement en face, il y avait un petit attroupement de cinq ou six personnes, dont un petit garçon assis par terre.

La dame en turquoise s'est finalement adressée à un type attablé en terrasse et j'ai entendu ce qu'elle n'arrêtait pas de répéter à qui ne voulait pas l'entendre, depuis qu'elle avait pris position au pied du feu de signalisation : "Je sais pas comment il a fait son compte le gamin mais sa jambe était prise dans la roue arrière de son vélo ! Je sais pas comment il a fait son compte !"

Elle attendait l'arrivée des pompiers. Une fois que la camionnette rouge a été stationnée et que les uniformes se sont penchés sur le petit garçon assis, la dame en turquoise a empoigné son caddy rose et elle est partie dans la direction opposée.

Ça n'était ni une pauvre folle, ni une maniaque du passage zébré, plutôt une sorte d'ange gardien aussi obstiné qu'inutile.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 10:55

#métro #couple #bourgeois #harmonie #conversation

La première chose qui m’a fait tourner la tête vers eux, c’est une remarque de lui. Il se demande s’il prenait cette ligne autrefois. Elle demande : quand ? Lui répond : quand j’habitais boulevard Soult, j’allais à Jeanson de Sailly, j’étais en première. Il rit, c’était il y a assez longtemps.

Ils doivent avoir autour de la cinquantaine.

Lui, cheveux gris, costume, pardessus, nez en en trompette.

Il me fait penser à cette remarque de je ne sais qui, qui m’avait énervée (Malraux, tiens !) qui disait que dans les visages d’hommes adultes on voyait souvent encore le petit garçon, mais pas chez les femmes. (Est-ce qu’il avait vraiment besoin d’ajouter ça ? Tout dépend des personnes évidemment, comme toute généralité, celle-ci est fausse et blessante en passant.)

Elle a les cheveux courts, bruns, épais, une robe bleu marine bouillonnée au-dessus des genoux qu’elle a minces et toniques. Elle porte des escarpins également bleu marine, ça fait un peu tenue bureau/soirée, couverte d’une veste manteau en cuir marron sport chic un peu raide, elle a aussi pas mal de bijoux, bagues et bracelets d’or, boucles d’oreilles de pierres bleues.

Très seizième tous les deux, mais de province. Ils ont des bagages : une valise pour deux et chacun une serviette bien remplie. Elle parle d’un dossier avec sous dossier tout prêt, qu’il aura intérêt à consulter, elle a pris soin d’y joindre les copies de toutes les pièces.

J’imagine une étude de notaire.

Lui, rêve encore un peu au Paris de son adolescence. Elle, tient à lui remettre les pieds sur terre sans le dire. Changer les draps du frère et faire le lit de la belle-sœur, se laver les cheveux, récupérer son dossier, elle n’a eu le temps de rien préparer. 500 personnes à recevoir, elle espère qu’il ne faudra pas toutes les embrasser.

En disant ça, elle déchausse son escarpin gauche et caresse son cou de pied contre sa cheville droite. Je n’entends pas tout, le métro bruisse aussi de la conversation incessante d’une paire de sœurs slaves.

à trois dans le métro

Je me demande d’où ils viennent. Nancy ? Chartres ? Orléans ? Quand je suis montée, à Bonne Nouvelle, ils ne devaient pas être dans le métro depuis longtemps puisqu’il s’est mis, juste là, à questionner le plan de la ligne. Ils ont dû monter à Strasbourg Saint Denis, ils sont donc arrivés par la gare de Nord ou de l’Est. Reims ou Valenciennes ? S’ils arrivent un Vendredi, c’est que l’étude est à Reims, allez disons Reims, et là ils organisent une cérémonie de famille, un enterrement ? En bleu marine ? 500 personnes !? Une cousinade ?

Pendant qu’elle parle, s’inquiétant toute seule des tâches à accomplir, il lui fait parfois une petite bise sur la tempe. On dirait qu’elle veut lui signaler qu’elle aussi est efficace. Ses grandes mains le disent assez, et sa bouche petite, concentrée. Juste avant qu’il sorte, à Saint Philippe du Roule, elle le remercie de voir les choses du côté positif et de le lui dire.

L’équilibre s’est rétabli : elle n’est plus la froide organisatrice et lui le doux rêveur, ils sont un couple aux qualités complémentaires, conscient chacun de ce que l’autre apporte à l’harmonie commune.

Elle lui fait signe par-dessus la foule quand il part sur son quai. Il a emporté la grosse valise commune et sa serviette de cuir. Elle a gardé son sac boulot/week-end, elle sourit encore un peu.

A Alma Marceau, deux stations après lui, elle sort de ma vie.

Moi je n’ai jamais fait partie de la sienne.

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