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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 10:33

#manifestation #CRS #TAFTA #ShangriLa #Paris #ATTAC #MarchéTransatlantique #protest

Mon père serait fier de moi.

Hier soir, à l’appel d’ATTAC qui manifestait contre le Grand Marché Transatlantique et l’accord dénommé TAFTA (Transatlantic Free Trade Area) je suis allée voir ce qui se passait au coin des avenues Albert de Mun et d’Iéna.

J’arrive par le CCI (Chambre de Commerce International) et je descends l’avenue d’Iéna derrière une paire d’hommes en bleu. La circulation des voitures est libre, mais chaque trottoir est limité par des barrières métalliques.

Petit attroupement devant un immeuble d’habitation à terrasses. Un vague pick-up avec des gars qui remballent, une pancarte en carton écrite à la main « on n’avait pas grand-chose et maintenant ce sera TAFTA rien », une paire de types maquillés en clown, quelques dames avec des tracts, une petite bande de gars en T-shirts bleus avec des poulets en plastique à la main, une ou deux interviews tranquilles à petits micros amateurs. Je remonte parmi ces gens, déçue du peu d’affluence, jusqu’à une barrière tenue par une brochette de CRS. Je demande si je peux passer par là pour aller au métro Iéna. On me dit « non, prenez par le trottoir d’en face.

Je retourne par d’où je viens et là quatre CRS sans barrière me font signe que je ne passerai pas. Ils laissent en revanche d’autres piétons passer mas pas moi.

Je demande pourquoi.

Vous étiez à la manif ?

Je suis allée voir ce qui se passe.

Vous étiez à la manif.

Je suis simplement allée voir en face, votre collègue m’a dit de passer par ce côté.

Faut faire tout le tour, remontez Albert de Mun, vous ne passez pas.

Mais pourquoi les autres passent et pas moi ?

Vous êtes une manifestante.

Qu’est-ce que vous en savez ?

Les badges sur votre sac.

Je tremble un peu déjà mais je ne renonce pas, je réclame une explication.

En gros j’ai droit à : on a des ordres, la dispersion de la manifestation doit s’effectuer par le plus long chemin, les passants passent et les manifestants pas.

Rien ne me rend dingue comme les sentiments d’impuissance et d’injustice.

Devant ces types armaturés comme de gros jouets transformables en insectes ou en chars d’assaut, j’ai les larmes aux yeux. Je répète que je veux seulement comprendre la LOGIQUE de leur démarche.

Le mot les amuse, mais je commence à les fatiguer.

Pas de logique, des ordres.

Indignée, je demande si c’est légal. Je dis qu’il faut avertir la presse, que je vais appeler un journaliste. Le brigadier-chef (si j’ai bien compris son grade) me dit « si vous voulez appeler, appelez maintenant »

C’est une menace ?

Appelez maintenant.

Je suffoque, aucun nom de journaliste dont j’aurais le numéro ne me venant à l’esprit, j’appelle un ami, un qui s’y connait en manif.

Je lui expose mon cas, en larmes.

Un autre CRS se lance dans la conversation que j’ai au téléphone. « Venez en parler à notre juriste, il arrive. »

Je raccroche, m’approche du nouveau venu, un jeune harnaché comme les autres, calme et souriant.

Comment voulez-vous que je sois juriste ?

Ben, vous pouvez avoir fait des études de Droit, obtenu un diplôme …

Ils se foutent gentiment de ma gueule, on discute.

Dans la journée ils ont déjà fait une manif de retraités – 2 000 personnes et une de motards – 500

Là ils étaient 300 tout à l’heure, c’est en train de se disperser.

Ils sont 50 CRS pour 300 manifestants me disent-ils. Ça les fait un peu rigoler. Ils ne savent pas contre quoi on manifeste. Avec une dame qui refuse aussi de tourner les talons et est venue me rejoindre, on leur explique le traité dégueulasse de dérégulation totale, chacune avec ses mots.

Elle et moi on aura fait ce qu’on a pu : Résister, informer, dialoguer, se ridiculiser.

Comme j’ai repris du courage avec ces deux good cops, je retourne voir ceux qui m’interdisent le passage, encouragée par les jeunes : « ils ne vous laisseront pas passer, y a les commissaires en face, très en arrière là-bas qui les surveillent, s’ils vous laissent passer ils seront sanctionnés, pareil pour nous. Mais allez-y vous pouvez toujours essayer »

Donc là, parmi les trois, y a le chef qui fait le rogue, le rigolard qui me voit venir et un autre, sourcils teints qui ne dit pas un mot.

Le rogue préfèrerait que je ne parle pas du tout, mais me réexplique qu’il a des ordres.

Le rigolard s’étonne qu’avec un gouvernement de gauche il y ait encore tellement de manifestations. Je demande si, maintenant qu’on a bien discuté ils ne pourraient pas tout simplement me laisser passer, là, d’être humain à être humain et parce que je suis aussi têtue qu’eux et que comme eux je n’aime pas qu’on piétine mon honneur.

Comme je questionne encore les fameux ordres, le rigolard me raconte qu’à une autre manif les consignes étaient clairement « d’embêter les manifestants ».

Je remarque que ça n’est pas une démarche de maintien de l’ordre.

A chaque fois que j’essaie un peu de les chatouiller, ils se rétractent, preuve que ce sont bien un peu des crustacés. Des crustacés ouverts au dialogue mais pas à l’indulgence encore moins à la nuance.

On ne bouge pas, il reste un groupe de deux et un de trois manifestants en face, des civils qui discutent sur le trottoir mais quand même considéré comme perturbant l’ordre public.

Au talkie, le commissaire demande de ne pas lâcher.

Un des CRS me propose d’aller demander à « mes amis » de se déplacer légèrement vers le bas de l’avenue, si je veux être libérée plus vite.

J’apprendrai ensuite que la manif devait se tenir devant l’hôtel Shangri-La où doit se dérouler « un dîner de lobbyistes à 1 500 euros par tête » et que ce sont les CRS qui ont placé les barrières de manière à ce que les manifestants soient contenus à distance de l’hôtel devant un immeuble d’habitation.

Qui est responsable de la gêne pour les gens du coin ?

Finalement, au bout de quarante-cinq minutes ceux d’en face sont partis, les CRS remballent. Le chef déclare que je peux passer et qu’il m’accompagne.

« Vous avez gagné me dit-il » et moi « Pas du tout, je ne passe qu’une fois le barrage levé, donc disons que c’est un match nul ».

Ensuite j’ai marché jusqu’à l’Alma et le long de l’avenue Montaigne avec la nette impression d’être au pays de l’argent. Les boutiques étaient encore plus dorées que la lumière du soir, dorées et gardées par des hommes en noir.

Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?
Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?
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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 15:23

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chaque mardi soir, le comité de soutien île de France aux révoltés de Notre Dame des Landes

se réunit au Transfo à Bagnolet

c'est accessible en métro

j'ai regardé le plan

mieux, je l'ai imprimé, il est là dans mon carnet

je n'aurais qu'à suivre l'itinéraire

il y a eu les mardis de la fin de l'année

jours fériés

il y a eu ceux du tout début

bien glacés

quand les mardis se sont éclaircis,

j'ai demandé à différents amis s'ils voulaient bien m'accompagner

ils étaient d'accord a priori et puis ils se sont décommandés

chacun pour une raison valable 

je n'ai pas trouvé le courage d'y aller toute seule

- je ne perds pas de vue que dans les mots clefs de ce blog figure l'humour

mais je me demande comment je vais y arriver -

j'aime pas les foules

pas tellement les groupes non plus

je ne suis pas très manif

alors j'ai envoyé un chèque

et pour me consoler de ma propre lâcheté paresseuse

je me dis : ça n'est pas mon combat

et puis je repense à mon père

on habitait Toulouse

le Larzac n'était pas son combat non plus dans ce cas

et pourtant si

il a pris sa voiture, il a pris sa famille

et nous sommes allés tous les quatre saluer la construction de la fameuse bergerie

j'ai pas de voiture

et pas utilisé mon permis depuis plusieurs dizaines d'années

ça compte ?

pour Nantes certainement, pour Bagnolet c'est moins sûr

 

http://nddl-paris.effraie.org/

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 10:48

imagesparce que voilà

on regarde des séries de plus en plus magnifiques

et mega longues

intelligentes, bien faites, époustouflantes

et même parfois urticantes pour la société qu'elle dépeignent

mais surtout surtout

addictives

et je me disais hier soir

en regardant, allez, un troisième épisode de l'excellente troisième saison de The Wire

que pendant ce temps

trois heures donc

une grande soirée de trois heures

je n'écrivais, ni ne lisais, ni ne divaguais, ni ne palabrais avec mes frères humains, ni ne fomentais - malgré le constat qui continuait de se déployer devant mes yeux attentifs - la révolution

est-il besoin de conclure ?

je me disais qu'on est aussi bien piégé, bien ramnené

à l'état de consommateur consentant

par les productions les plus admirables

que tout ça tourne bien rond

toujours dans le sens commun général capital

parfois je suis d'accord pour me laisser faire

mais je n'en suis pas toujours fière.

Allez pour fêter ce surcaut de conscience,

ce soir je finis la saison 3 et j'entame la 4

 

 

 

 

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