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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 22:25

Je ne suis pas prête du tout

(et en plus, là, je réécris ce que je venais de faire et que Sardine, debout sur le clavier, vient d'intégralement effacer)

Je ne suis pas prête du tout :

Pas parce que je reviens de quelques jours au bord de la mer ;

Pas parce que Noël m'a distraite ;

Pas à cause des cinq heures de train plein de grands retours et de familles nombreuses ;

Pas parce qu'il est 22heures et que je préfèrerais m'affaler sur le canapé rouge ;

Parce que je croyais avoir des sujets d'avance, dont je m'aperçois qu'ils sont listés mais pas le moins du monde avancés.

Par conséquent, j'improvise.

La trêve des confiseurs sera mon excuse. Entre un fourré praliné et un marron glacé, c'est le temps de se la couler douce, de vérifier si les jours rallongent ...

Je me sens, vous le voyez, tenue d'être au rendez-vous, même si je ne suis ni prête ni inspirée.

Je ne voudrais pas manquer à mes lecteurs familiaux et amicaux.

Donc je me (re)mets au boulot.

Heureusement le hasard, ou je ne sais quelle providence, a mis sur mon chemin un petit signe joli.

Pour vous et moi j'ai trouvé, dans le livre que je lis :

un excellent roman plein de métaphysique, de voyous et d'intellos, qui se passe à Chicago, la ville de l'incomparable Saul B.

un excellent roman plein de métaphysique, de voyous et d'intellos, qui se passe à Chicago, la ville de l'incomparable Saul B.

mention d'une fleur, appelée "Sweet William" dans les pays anglo-saxons,

dont je n'avais jamais entendu parler, mais dont la figure me dit quelque chose ...

pas prête du tout

et qui me donne le prétexte de vous offrir un petit bouquet avec mes vœux pour que cette année moche, voire affreusement sabotée, finisse le mieux possible pour tout le monde ...

et que la prochaine vous soit belle.

(Je ferai mieux la prochaine fois)

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 12:55

#ajma #aSettler'sCookbook #YasminAlibhaiBrown #livres #lecture #mantra #26

Ajwain, ajowan, ajwan, ova, ajmoda, ajma, jowan, ajmola, oma, omu, carom

ça n’est pas un mantra mais ça pourrait

(à propos de mantra, est-ce que je vous ai dit ma découverte ?

Je ne fais pas méditation, je suis beaucoup trop impatiente pour ça,

Mais j’ai compris que ces mots qu’on répète ont simplement la vertu de bloquer tout autre pensée

Parce que dès qu’on essaie de faire le vide

Les idées se précipitent, sous la forme de phrases obstinées

Le meilleur moyen de se protéger des mots c’est de leur en opposer d’autres

Des mots enchaînés, maîtrisés, qui forment une petite barrière contre ceux qui essaient de venir vous distraire.)

Une petite litanie savoureuse ...

Ajwain, ajowan, ajwan, ova, ajmoda, ajma, jowan, ajmola, oma, omu, carom

sont tous les noms communs d’une graine aromatique parfumée, puissante, piquante, amère

un peu du thym et de l’anis un peu du poivre et de la menthe un peu du basilic et de la sarriette

une seule plante tous ces noms autant de vertus bien sûr digestive, apéritive, apaisante

une épice-graine pour la tête et le ventre

La petite litanie des noms, la manière dont on les voit se déformer pour former les suivants, comme des perles, des bulles, me fait penser à la façon dont Willy expliquait les variations des mots à travers les langues, en les faisant rouler sur la sienne

Les retrouverai-je ?

Une petite litanie savoureuse ...

J’ai découvert cet AJMA dans un livre. ‘A Settler’s Cookbook’ de Yasmin Alibhai Brown

Où elle raconte à travers les recettes de cuisine de sa famille

Son parcours et celui des Indiens d’Afrique de l’Est :

Ouganda, Tanzanie, Kenya

Venus au tout début du XXème siècle pour construire la voie ferrée de la reine Victoria

Et ouvrir des magasins dans des coins retirés.

L’Afrique était leur Amérique Ils étaient les serviteurs de l’empire britannique

Ils étaient méprisés par les Anglais, mais moins que les Africains

Dans les années 60-70, avec la décolonisation, ils ont dû partir

Vers le Pakistan, l’Inde ou l’Angleterre.

Yasmin Alibhai Brown est beaucoup plus sociologue que MFK Fisher

Mais elle a le même genre d’approche et le même regard

Clair et calme.

La même gourmandise précise et subtile.

Je me pourlèche en me cultivant

Je plonge dans un monde inconnu, parmi des gens qui me ressemblent.

Une petite litanie savoureuse ...

D’ailleurs, surprise, je viens de trouver, dans ce livre

Un de ces mots qui se déforment en voyageant :

Chez Yasmin on dit jalebi

Dans ma famille on disait zlabia

Pour le même gâteau confiserie en serpentins enroulés remplis de miel parfumé

Jalebi – zlabia

Des noms qui dansent d’une culture à l’autre.

Et me bercent et me ravissent.

Je vous embrasse

(après m'être soigneusement essuyé la bouche

avec un mouchoir imbibé d'eau de fleur d'oranger).

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 10:54

#LeBeauTemps #MarylineDesbiolles #MauriceJaubert #lectures #Vosges #C'estDansLaVallée

C’est un de ces moments où je me dis que la vie est bien plus forte que tout ce que je pourrais jamais écrire dans mes livres, ou même trouver dans ceux des autres.

Quelque chose comme une étincelle.

C’est un nom que je lis à la page 59 du nouveau livre de Maryline Desbiolles intitulé « Le Beau temps ». Un nom que je rencontre pour la deuxième fois de ma vie.

comment ça se prononce

La première fois, je l’ai seulement entendu, et curieusement, je me suis tout de suite demandé comment on l’écrivait.

C’était au début d’Août, en chemin vers Sainte Marie aux Mines, via Saint Dié des Vosges, dans le TER métroLOR. Comme Lorraine.

Un omnibus qui, partant de Nancy, dessert une demi-douzaine de stations. A chacune, la voix enregistrée égrenait celles à venir.

J'avais passé du temps à essayer de deviner l'orthographe du nom, cité dans la litanie plusieurs fois par la voix annonceuse après "Rends l'étape" qui finalement s'écrit Raon, évidemment, c'est français, ça fait la roue tout le temps, à la moindre étape.

Je me demandais comment l'« azé rail » que j'entendais pouvait bien s'écrire.

Le ail final sûrement pas comme dans le Sud justement, aïe, mais plutôt genre hei, Alsace oblige.

Je divaguais, j'imaginais Hazerhei, quelque chose d'âpre et de teuton.

Je n'ai pas fait 'ah, mais oui, bien sûr' en voyant le panneau Azerailles comme j'avais fait pour Raon l'Etape.

Azerailles donc, où Maurice Jaubert, le héros du Beau Temps, compositeur oublié, a reçu les blessures qui devaient l'emporter en juin 1940.

Dans son texte, Maryline Desbiolles précise que le e de Azerailles est élidé. On devrait donc prononcer Azraï.

Mais la voix dans LOR, et je l’ai vérifié à nouveau quand nous sommes retournés à Sainte Marie début Octobre pour le festival « C’est dans la vallée », disait distinctement : ‘Azérailles’.

C’est un détail.

comment ça se prononce

Mais ce qui est vivant dans la vie et difficile à rendre avec l’immédiateté, la brillance, ce sont justement les détails et la manière dont l’un renvoie à l’autre, en appelle un autre, rallume une lueur éteinte.

Ce que je trouve magnifique et que je vais avoir du mal à vous transmettre, c’est cet effet de reconnaissance, de lien, comme une sensation d’harmonie entre les choses.

Pourquoi est-ce que j’ai passé du temps mental sur Azerailles plutôt que sur Bertrichamps ?

Pourquoi Maryline Desbiolles précise la manière dont on doit prononcer Azerailles dans ce livre où j’ai découvert que Maurice Jaubert a composé la musique de l’Atalante et qu’il faisait partie de l’université ouvrière la Bellevilloise dans les années 30 ?

Comment se fait-il que des mots qu’on n’avait jamais entendus, ni vus, avant, tout d’un coup cristallisent, se fassent une place dans la partie vive de notre cerveau. Se chargent de significations voire d’affects ?

La question n’est même pas ‘comment’ d’ailleurs, il n’y a pas de question, simplement une sorte d’émerveillement.

Le plaisir de voir tout d’un coup souligné, comme par la fluorescéine qui trace le cheminement de l’eau, les communications, presque le jeu des synapses.

comment ça se prononce

Maryline Desbiolles, dont j’ai lu tous les livres, que je recommande absolument, parce qu’elle a une écriture précise et personnelle, investigatrice, sensitive, réussit à faire revivre cet homme.

Pour moi, en plus, elle ajoute une épaisseur à cet endroit, où je ne repasserai plus sans penser à elle et à lui.

Pour moi, Sainte Marie aux Mines est lié à la musique, aux amis, à une ambiance festivalière qui réveille pour quelques jours une ville endormie. Je n’avais jamais fait le rapprochement avec ce qu’on appelle « la drôle de guerre » qui s'est pourtant jouée là .

Elle écrit : « il aura deux trous rouges au côté droit, son visage s'enfoncera dans la paume des bois, des Hauts Bois d'Azerailles dont la sonorité même est l'envers de Nice, de son unique syllabe, brillante, aérienne.»

C’était un 19 juin à 14 heures.

Maurice Jaubert était niçois, comme Maryline Desbiolles.

nous sommes le 26 octobre 2015, il est 11h01

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 09:01

#PaulJeanToulet #Guéthary #monPère #MarieVergon #contrerime #septembre #26

Je vous imagine, là, ma demi-douzaine de fidèles abonnés (vérification faite, vous êtes quatorze !) et je me dis : ils sont au rendez-vous du 26, qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur offrir à grignoter ?

Au bout de trois ans, vous l’aurez constaté, moi en tout cas c’est ce qui me semble, la douleur a fait place à quelque-chose de doux. La pudeur a repris ses droits. Alors bien sûr je me demande si vous avez envie que je parle de Willy, ou de tout autre chose.

On pourrait très bien concevoir que le rendez-vous du 26 soit d’une discrétion totale. On y parlerait de tout et de rien, et chacun de nous saurait qu’il s’agit quand même d’un hommage.

Hier par exemple et par hasard, je suis tombée sur une lettre écrite à mon père, où je préparais mon voyage à San Francisco, où je lui promettais de lui trouver une théière japonaise pour remplacer celle qui avait fini par se casser. Ou juste son couvercle, c’est une tendance des théières …

Peut-être suis-je assez réparée maintenant pour chercher dans ses lettres à lui. Il y en a des boîtes pleines chez moi. Je ne jette pas ! (Je chercherai une autre fois, l'idée me fait encore frissonner.)

Ce que je voulais vous raconter, c’est l’histoire de l’épouse de Paul-Jean Toulet.

Nous avons passé quelques jours à Guéthary début septembre, du rabe d’été, avec baignade dans l’océan et tout et tout. Et une grande partie d’une matinée pluvieuse, mais douce, à chercher autour de la jolie église haut-perchée, dans le cimetière ancien, la tombe du poète.

Elle se trouve dans un enclos de grilles rouillées, accolée à une autre. Sur celle de Toulet, on ne lit plus bien que JEAN, mais un médaillon sculpté par Georges Clément de Swiecinski, un ami lui aussi bien oublié, rappelle son profil. Sur la tombe à côté, tout aussi émoussée, on lit le nom de CAZABON et on en devine d’autres, mais il faut connaître VERGON pour le distinguer.

dans les temps mais à contrerime

Elle s’appelait Marie Vergon donc, c’était la fille d’un restaurateur de Guéthary, un ex de jeunesse de Paul Jean, venue le retrouver vers sa quarantaine et avec qui il a accepté de finir sa vie. Vu d’ici ça me semble un arrangement un peu moche. Elle l’aimait d’amour, il n’avait rien contre. Elle le voulait à tout prix, il avait besoin de quelqu’un pour s’occuper de lui et ne plus être à la charge de sa sœur.

Ils se sont arrangés. Ils sont restés ensemble quatre ans, jusqu’à la mort de Toulet.

Je ne sais pas combien de temps elle lui a survécu, les dates ne sont pas plus lisibles que les noms. On l’a enterrée à côté de lui, dans un caveau de famille. La grille autour des tombes 'fait un peu comme une alliance', je ne sais pas à quel moment elle a été ajoutée ni par qui.

C’est une histoire pitoyable. J’ai cherché la dame sur la toile et tout ce que j’ai trouvé d’elle c’est un portrait en veuve au musée de Pau.

dans les temps mais à contrerime

Plus exactement, la photo du conservateur du musée, Jean-Pierre Mélot, désignant sur la toile, peinte par Deveaux, des taches blanches de moisissure !

Et puisque tout ça revient à une histoire de mémoire et d’écriture, de moment saisi à temps et que je viens de l’apprendre par cœur, je joins cette contrerime de Toulet :

Molle rive dont le dessin

Est d’un bras qui se plie

Colline de brume embellie

Comme se voile un sein

Filaos aux chantants ramages

Que je meure, et demain

Vous ne serez plus si ma main

N’a fixé votre image.

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 13:40

#MauriceMagre #Montségur #Cathares #chevaux #Toulouse

Sur ma droite, le squelette de la Gate fumait et tombait par morceaux. Les morts faisaient de petits monticules tranquilles. Un cheval fou tournait sur lui-même ..."

Voilà, ça fait donc trois ans aujourd'hui même, jour de pluie à Paris. Trois ans sans Willy.

La citation ci-dessus vient du Sang de Toulouse, de Maurice Magre, un livre écrit dans les années 30 qui retrace le siège de Toulouse par les Croisés au XIIIème siècle.

Les petits monticules tranquilles m'ont frappé, j'avoue.

Au milieu des catapultes géantes et des pluies de caillasse, tranquilles.

Maurice Magre

Maurice Magre

J'ai eu envie de lire le livre, évidemment à cause de Toulouse, pour lire des noms de rue, et je n'ai pas été déçue. Je ne sais pas si je retournerai dans cette ville. La ville de Willy désormais. Même si j'y ai passé mes années, comment dit-on ? de formation ! En gros entre mes 6 et mes 18 ans. Même si j'y ai mes souvenirs à moi, la ville est à lui.

le siège de Toulouse - 1211

le siège de Toulouse - 1211

D'habitude je me prépare pour le 26, je note dans un fichier daté, tout ce qui pourra me servir le jour anniversaire. Là, rien du tout. Je me présente au rendez-vous comme je suis du dimanche. Un peu rêveuse.

Dans mon rêve : une bataille de chevaux sur l'eau. Deux armées d'étudiants, chacune sur une berge de la rivière, se lancent à l'assaut sur des pontons flottants.

les ruines de Montségur dans l'Ariège

les ruines de Montségur dans l'Ariège

Aucun rapport entre Willy et les chevaux, pas son truc, ce genre d'animal.

Mais il nous avait emmenés à Montségur, haut lieu du pays Cathare.

Décousue, décousue, je tourne sur moi-même comme le cheval de guerre de Maurice Magre.

Chevaux, châteaux, siège, mort, chevaliers, hérétiques, rebelles ...

De la tranquillité. Pas de tristesse.

Les chevaliers sont peints, les châteaux sont en ruine, les rebelles bouillonnent ici et là.

Je peux très bien, si j'en ai envie, écouter la voix de mon père prononcer le nom de la rue Genty-Magre à Toulouse. Le voir déambuler dans la cour pavée de galets d'un des palais des Capitouls. Tout est dans ma tête. Tranquille.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 10:23

#MichelFoucault #RiadSattouf #Willy #Maugis #AnneWilli #NormaleSup #Steed

On s’approche des trois ans, à un mois près.

Une des lectrices de ce blog me dit qu’il faudrait passer à autre chose. Elle ne le dit pas comme ça.

Moi je ne me vois pas abandonner le rendez-vous du 26.

Je veux bien imaginer que ce jour finira par devenir un prétexte.

Là j’hésite à sonder mon humeur de fille sans père.

J’écris pour moi bien sûr, mais j’écris pour vous aussi.

Peut-être ma récolte du mois suffira-t-elle à satisfaire votre … curiosité aussi bien que mon devoir de m’épancher.

« J’ai déjà entendu (Michel Foucault) dire que la mort est un événement tel qu’on ne peut le recevoir immédiatement mais qu’elle a au moins un avantage, le survivant devient le maître de la relation. »

Mathieu Lindon dans « Ce qu’aimer veut dire »

De mon côté, je n’en suis pas encore à chercher des ‘avantages’ et je me demande si je j’aurai jamais besoin d’être maître de ma relation avec mon père.

OÚ IL SERA QUESTION DE LIVRES, DE FRINGUES ET D’AVENIR

Le portrait de père dans « l’Arabe du Futur 2 » de Riad Sattouf. Il a réussi à montrer à la fois ses préjugés, sa faiblesse face au poids des traditions et à lui garder toute sa tendresse, à faire sentir un peu de son humour. Un universitaire oriental très attaché à sa famille … La Syrie n’est pas l’Algérie et la génération n’est pas la même.

Ce que j’ai reconnu, c’est cette figure de père qui cherche toujours à bien faire, quitte à se montrer dur, mais dont on sent par quelques indices involontaires que la fermeté est une carapace construite exprès, qu’elle protège une fragilité désarmante.

Je vais avoir du mal à en dire davantage, vu que c’est exactement ce que je voudrais réussir si j’écrivais un portrait de Willy. Mais j’ai choisi les fragments, les ‘je me souviens’ et les signaux de hasard.

Henry Gauthier Villars dit Willy par Vallotton

Henry Gauthier Villars dit Willy par Vallotton

A propos de Willy, je viens de lire ‘Maugis en Ménage’ curieux mélange de belle écriture fantaisiste et de mots d’esprits ajoutés au forceps, intrigue un peu lâche de roman sentimentalo-désabusé.

Voir un bouquin signé Willy sur ma pile de nuit (je n’ai pas de table, mais les livres s’empilent) fait son petit effet au réveil.

Je ne résiste pas au plaisir de coller un petit extrait, évidemment de la plume de Paul Jean Toulet, un des nègres de luxe de l'écurie de Willy :

Toute seule sur le boulevard, à côté de son ombre bleue, une bonne contemplait les deux époux ; elle les contemplait de profil, comme font les canards, d'un œil écarquillé, jaune, giratoire, pareil à une petite roue. Du reste, elle portait sur le bras un enfant évidemment porphyrogénète, tant il était rouge, et qui, doucement, boucanait au soleil. Sans doute, les parents l'avaient-ils confié à sa bonne afin qu'elle le fît cuire et comptaient sur lui pour le repas du soir ; il se passe dans la petite bourgeoisie, à Pau, des choses incroyables.

Je mijote également d’entrer un jour dans une de ces boutiques marquées ‘Anne Willi’ dans les vitrines desquelles les coupes sont sobres et les couleurs audacieuses.

La fête des Pères, dimanche dernier, signalée par des affichettes, ou des présentoirs devant quelques magasins, a donné lieu à de petits pincements. Je lui aurais téléphoné en me moquant de l’occasion, mais je n’aurais pas imaginé faire l’impasse sur cette fausse fête. Je lui aurai dit quelque-chose comme ça. Il aurait été content quand-même.

OÚ IL SERA QUESTION DE LIVRES, DE FRINGUES ET D’AVENIR

Simon vient de réussir le concours d’entrée à Normale Sup. Willy aurait été très fier de son petit neveu, le fils du fils de sa sœur aînée. Lui qui préparait ses élèves précisément à l’entrée dans cette école. Il aurait été ravi qu’enfin un des jeunes suive sa voie ou s’en approche.

Qu’est-ce que je voulais dire d’autre ?

La mort de Patrick McNee, monsieur Chapeau Melon, survenue hier. Il avait 93 ans.

Et puisque j’en suis à saluer les héros qui nous quittent dans leur quatre-vingt dizaine, place au père de Nicole, Raymond, que j’admirais beaucoup dans sa scierie quand j’étais petite. Je crois qu’avant lui je n’avais jamais vu un type qui soit à la fois si fort, taillé, baraqué, et si souriant, si indulgent et gentil.

J’essaierai d’écrire moins décousu la prochaine fois.

En attendant je vous embrasse tous.

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 11:47

J’admire follement ceux qui bloguent hebdomadairement, ne parlons même pas des surhumains qui font ça tous les jours. Je lis beaucoup plus que je n’écris, c’est mon excuse.

 

#monpère #BernardMalamud #MontyPython #Spam #JacquelineDuhême

Nous voici donc revenus au 26 – oui, comme si je tournais en rond. Alors qu’en fait non. J’ai commencé un nouveau bouquin, une histoire en tout cas. Qui sait si ça ira loin ? Je ne sais pas de quoi c’est le signe. Regain d’énergie ? Espoir ? Vieux sillon ? Mais le fait est que les jours où j’ai ajouté un ou deux paragraphes à mon projet, je sors de chez moi plus guillerette. Ne pas chercher peut-être, dans la vie, plus loin que le bout de la page du jour ... Mais je ne suis pas là pour donner des recettes, des astuces ou des leçons. Le 26 mai me réclame sa récolte. Voilà, comme les offrandes de fleurs et de fruits au pied des autels exotiques. Pas d’autel ici, que du virtuel, mais tous les 26, une brassée d’herbes folles, une poignée de petits cailloux.

D’abord, au hasard de mes lectures – il n’y a pas que les livres, il y a les magazines littéraires aussi ! – je vois que la fille de Bernard Malamud (1914 – 1986, auteur américain, dont les auteurs américains que j’aime disent beaucoup de bien) : Janna Malamud Smith a écrit (en 2006) un bouquin qui s’intitule : Mon père est un livre. Je me demande ce que mon père à moi serait si j’écrivais son portrait. Peut-être ne sommes-nous pas tous des livres …

Les mois vont de plus en plus vite.

Ensuite, dans le très beau livre de Jacqueline Duhême, dessinatrice née en 1927, Ma vie en crobards, qui vient de paraître chez Gallimard, je trouve une anecdote qui tombe pile : Elle vient de perdre un ami cher, elle confie sa maison et son chien à son voisin pour se rendre à l’enterrement. Et à son retour, elle trouve sur sa table de jardin un monceau de haricots verts avec un petit mot « Quand on a du chagrin, il faut avoir de l’ouvrage ». Ce qui m’a immédiatement rappelé qu’aux heures de douleur fraîche, la seule chose qui me faisait du bien c’était justement un ouvrage : broder des languettes de cannettes sur de la toile de lin pour en faire des sacs. J’aurais pu aussi bien équeuter des haricots verts, mais il m’en aurait fallu plusieurs tonnes.

Les mois vont de plus en plus vite.

Enfin, un spam (il me semblait bien que le mot qui désigne les pourriels était le même que celui qui fait délirer les Monthy Python dans un sketch culte : SPAM ! SPAM ! SPAM! Bien avant que les mails n’aient vu le jour, et d’ailleurs ça n’a RIEN à voir.)

Les mois vont de plus en plus vite.

Un mail collectif et publicitaire donc, dont l’expéditeur est PADRE et l’intitulé : « l’avenir te réserve de belles surprises » Je ne vois pas comment je pourrais trouver une plus jolie conclusion. C’est tout ce que je nous souhaite.

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 10:24

#citron #Algérie #créponné #Willy

Deux ans et neuf mois. Il sera bientôt davantage question de moi ici que de Willy

Il est dans ma tête pour toujours.

Les indices que je rencontre moins sont peut-être le signe que j'ai cessé de le chercher partout.

Et le fait que ma phrase soit tordue est le signe de ma grande confusion printanière.

Un quand même :

Le 19 avril, anniversaire de Willy, Benjamin Stora participait à une conférence à propos de son livre sur son enfance de juif sépharade en Algérie. Les Clés Retrouvées.

Je n'y suis pas allée, c'était un dimanche, jour où j'aime me couler dans les tradtions de ma petite famille personnelle.

J'ai acheté le livre, pensant y trouver un parfum, sinon des clefs ou des fantômes.

Dès la préface je tombe sur ça :

"... promenades le soir après dîner, sur la grande place de la Brèche. Là, nous dégustions de petits 'créponnets' de glaces"

Il semblerait qu'il parle de petits cornets en papier ...

C'est un mot que je n'ai jamais entendu prononcer que par mon père, il disait "créponé" avec une nuance de nostalgie gourmande. J'ai cru comprendre qu'il s'agissait de granité.

 

Je vérifie que le Net : sorbet citron d'Algérie. Plutôt avec deux n.

Willy 1 Benjamin 0

26 oblige

Je n'ai pas fini de lire le Stora, étant donné que selon mon habitude, j'ai plusieurs livres en cours. (Outside de Marguerite Duras, Inside a Pearl d'Edmund White - l'un dans l'autre, le monde est mon huître, les livres sont les perles.)

Je ne désespère pas de trouver d'autres petits échos.

Mais Stora est né en 50 à Constantine et mon père en 34 à Lodz, pour grandir à Oran ... Pas tout à fait la même génération ni la même histoire.

Je vous tiens bien évidemment au courant.

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 15:43

Deux ans et huit mois, pourquoi faut-il que je compte ? Je sens que je le dois. Pour savoir où j’en suis. Le temps file, je l’accroche comme ça tous les mois au bout de mes doigts. Je mesure je ne sais quoi. Peut-être pour les autres, le temps du deuil, l’évolution de l’intensité de cet état qui est aussi un sentiment.

Je sens que ça va mieux. Le printemps aide à sa manière, les jonquilles sous les arbres, les anémones et les violettes dans l’herbe des parterres urbains. Les bourgeons comme des fous partout au bout des branches encore nues. Même en pleine ville la nature s’étire et donne envie de s’élancer.
ma mère et ma soeur en automne

ma mère et ma soeur en automne

Evidemment pour nous ici, c’est la vie qui gagne. Eclatante, exigeante, remuante, elle nous grignote le bas du pantalon réclame impatiente qu’on s’y consacre en entier, qu’on s’y plonge sans discuter. D'accord, j'arrive ! J’écris juste un peu mon rendez-vous du 26 et je viens.

Dans mon panier de mars il y a :
Où il sera question de plumes, d’écailles, de sources,  de musique et de bourgeons …

Helen Mc Donald auteur d’un livre intitulé "H is for Hawk". Elle raconte comment, pour calmer son angoisse après la mort de son père, elle a décidé d’adopter un oiseau de proie, de l’apprivoiser, de l’entraîner. Elle était déjà d’avance passionnée de fauconnerie et pas tout à fait débutante. Pour dresser son faucon chasseur, elle l'a pris tout jeune et a dû passer des mois seule avec lui ou presque, à l'apprivoiser.

Apprivoiser : le mot comme la chose me ravissent. Rêve d'enfant. Quand on a l'impression d'être tout près des bêtes et qu'il suffirait d'un peu de temps et de liberté pour leur faire comprendre et s'en trouver tout entouré.

Une affaire de patience et de concentration.

Où il sera question de plumes, d’écailles, de sources,  de musique et de bourgeons …

Moi, au moment du grand vertige, je m'étais mise à la broderie : des goupilles de canettes en aluminium sur des petits sacs que j'armais ainsi façon cotte de mailles. Chacun son envergure, comme toujours, mais je reconnais le même état d’âme et le même besoin de se concentrer sur une tâche qui ne laisse pas de place aux mots, qui vous occupe obstinément et concrètement. Je me demande si je ne devrais pas coudre des ailes à mes sacs …

Dans mon panier du 26 mars, un oiseau et … une chanson :

A la dernière sieste acoustique, quand Juliette Iturralde (quel beau nom elle a !) s'est mise à chanter la lune pleine en espagnol a capella, j'ai pensé que Willy aurait adoré ces siestes de La Loge. Pas seulement pour les chansons en espagnol de Juliette toute seule qui, d'un coup, surgissent comme des sources claires au milieu des chansons en français ou en anglais accompagnées de guitares, percussions douces, clavier léger, violoncelle soyeux ... Mais aussi pour le côté : allongés tous ensemble dans la pénombre, entre gens de bonne compagnie qui ne se connaissent pas.

Où il sera question de plumes, d’écailles, de sources,  de musique et de bourgeons …

A ce propos je voulais écrire quelque chose sur le fait que je n’ai jamais de ma vie participé à une œuvre collective … n’hésitez pas à me le rappeler, je sens que je vais encore oublier.

Sur ce, je vous souhaite un bel avril et un printemps plein comme un œuf en chocolat.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 18:07

où il sera question d'objets hétéroclites, puisque aussi bien tout est dans tout ...

la veille du 26 février - 31 ème rendez-vous

Rue de Paradis, une blonde platine en manteau à carreaux, en réponse au « ça va ? » d’un gars qu’elle vient de croiser : « oui, enfin, j’ai perdu mon père, je ne t’ai pas raconté ? »

J’ai entendu ça comme elle aurait dit : j’ai perdu mes clefs.

Je me suis demandé si j’utilisais cette expression, moi.

Je ne sais jamais comment dire. Et je ne sais plus comment je dis.

Je sais bien la nuance entre perdu et "égaré" et qu'on ne dit jamais "j'ai égaré mes clefs" parce que ça fait trop littéraire alors qu'en fait elles sont tout bêtement au fond du sac où on a déjà cherché ou de la poche qu'on a fouillée furieusement.

la veille du 26 février - 31 ème rendez-vous

Dans Where Angels Fear to Tread de EM Forster : "The dead who take away so much, really take with them nothing that is ours."

Me laisse perplexe.

"Les morts, qui emportent avec eux tant de choses, ne prennent finalement rien qui nous appartienne."

Qu'est-ce que mon père a emporté en mourant ? A part lui-même effectivement. Il n'a pas pris les souvenirs que j'ai de lui, l'influence qu'il a exercée, l'éducation qu'avec ma mère, il m'a donnée, les manies qu'il m'a transmises ...

Perplexité injustifiée donc.

Cette idée qu'on ne m'a rien pris m'a troublée, mais effectivement, à part mon père on ne m'a rien enlevé et ça n'est pas lui qui en est responsable. Willy ne m'a rien enlevé.

la veille du 26 février - 31 ème rendez-vous

Je n'enlèverai rien à personne quand je (oh, ça c'est difficile) ... j'espère juste que j'aurai pensé à nourrir mon chat. Cette remarque est idiote.

Ça me fait penser à une histoire que m'avait racontée mon ostéopathe.

Une veille dame toute seule qui meurt en laissant son chat ... donc sa fille qui habite ailleurs, ou la voisine qui en a déjà un, cherchent quelqu'un pour s'occuper du chat. Bête bien adulte et qui a ses habitudes, qui n'aimera pas trop qu'on la déracine et qui va trouver, même si on l'installe dans un nouveau foyer, que les humains ne sont pas très fiables.

Mais le pire, bien sûr c'est la gentille personne qui recueille le chat esseulé et qui doit s'attendre à s'attacher, puis à bientôt le regretter, parce-que la bête n'étant pas toute neuve, suivra bientôt sa maîtresse ad patres ...

Dans ces cas-là, mieux vaut avoir déjà son propre chat, qui est la meilleure des excuses pour ne pas en adopter un supplémentaire.

Willy n'aimait pas spécialement les chats. Je pense même qu'il s'en fichait complètement.

Ça n'était pas vraiment un homme d'intérieur. Je crois qu'il n'a jamais dû, de sa vie, passer une journée entière enfermé - ou alors très malade, et même. Il faisait la cuisine, le repassage, il lisait bien sûr, écrivait, écoutait de la musique, mais je crois qu'un jour sans aller au moins marcher, voir des gens ou simplement "dehors ce qui se passe" ne lui était pas imaginable.

Il m'a légué ça aussi - pas le repassage !!! - c'est du côté de ma mère et de la sienne que j'ai pris l'amour immodéré des chats.

Comme quoi ça n'a rien à voir, on peut ne pas être une personne d"intérieur" et aimer les chats quand même.

Et ?

Rien, je découvre une fois de plus que la vie est multiple, que rien n'est vraiment logique, que les gens ne sont pas comme on les voit et que l'un n'empêche à peu près jamais l'autre.

C'est très bien comme ça. Comme la neige du 5, une belle surprise pas nouvelle du tout, mais qui marche à chaque fois.

La pluie tombe, la neige pas.

Les flocons volettent, flottent, hésitent et quand ils se décident enfin à se poser, sans avoir jamais choisi une direction définitive, ils s'amortissent au sol avec une douceur quasiment câline.

Pas étonnant que tout s'arrête, que les gens sourient, que toutes les têtes averties se tournent vers les fenêtres. Tout est suspendu, fantaisiste et inattendu, comme la trajectoire d'un flocon.

Et j'y pense, Willy, au lieu de dire "les sports d'hiver" ou "on part au ski" parlait toujours de "vacances à la neige".

Allez hop, on part à la neige !

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