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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 10:44

L’exposition des photos de Lee Friedlander à Bruxelles donne lieu à un papier dans Libé du 5. Des autoportraits de l’artiste seul ou en famille.

Il est né en 1934 et s'est marié en 1958. Lee frère jumeau de Willy ???

Sur les photos des années 70, il a un air moderne, presque d’aujourd’hui, cheveux mi-longs, bonnet sur la tête, parka molle. A une époque où mon père ne quittait jamais son costume cravate.

Difficile d’imaginer qu’ils sont la même génération...

Les rendez-vous du 26 apaisés, ressemblent désormais à des chasses au trésor, des jeux de piste, des passages au tamis de chaque mois de ma vie. Dans le cornet surprise de novembre, nous avons :

Une fin d’après-midi où je marche sur le boulevard Magenta là-haut vers Barbès. Devant une vitrine de fringues pour mariage, trône un mannequin de vitrine format enfant habillé d’une belle longue robe à volants. Une petite fille me croise, pas plus grande que l'objet, lui fait un coucou de la main, puis s'approche et l'embrasse doucement sur la bouche.

Je n’ai pas mon appareil photo et de toute façon, à 18h, il fait déjà nuit ...

Sur la scène du studio 104 de la Maison de la Radio, Jacques Higelin lit le Duende de Federico Garcia Lorca, très inspiré et très ému, un peu déçu que sa lecture publique ne soit pas au niveau de ses espérances.

Le texte est truffé de noms de villes pas faciles à prononcer et d’allusions à des artistes espagnols plus ou moins connus, peintres, danseurs de flamenco, poètes. Certains comme Gongora ou Garcilaso sonnent terriblement familier à mes oreilles.

Les rendez-vous du 26 apaisés, ressemblent désormais à des chasses au trésor, des jeux de piste, des passages au tamis de chaque mois de ma vie. Dans le cornet surprise de novembre, nous avons :
Les rendez-vous du 26 apaisés, ressemblent désormais à des chasses au trésor, des jeux de piste, des passages au tamis de chaque mois de ma vie. Dans le cornet surprise de novembre, nous avons :

Un autoportrait, un bisou et deux poètes disparus, cadeaux de novembre, de toi à moi et de moi à vous.

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 11:11

Deux ans et trois mois plus tard, mon petit système est bien au point : dès que je tombe sur quelque chose qui me rappelle mon père, je le note dans un document ouvert à cet effet pour le 26 qui vient.

Faute d’être poète on est organisée.

J’aime autant vous tenir au courant de la tambouille, parce que finalement quel que soit le domaine, c’est ça l’important : comment on fait ? Comment on fait pour ne pas pleurer tout le temps, ou pour réussir à pleurer un peu ? Comment on fait pour savoir sur quoi on a vraiment envie de pleurer ?

Et je vous dis ça, c’est vraiment une réflexion de commémoration : dans la vie de tous les jours, entre deux vingt-six, je n’y pense pas en permanence.

Il y a juste les fameuses quelques choses sur lesquelles je tombe, ou qui me viennent et que je vais déployer là, pour vous et pour moi.

Un rêve d’abord : je participe à une réception dans une ambassade, les festivités sont interrompues par une manifestation. J’ouvre la porte, Willy apparaît en sueur et en ‘tricot de peau’. On se jette dans les bras l’un de l’autre, ça fait longtemps qu’on ne s‘est vus. Et il m’emmène dans la rue devant un monument idiot : un poireau géant en céramique (j’ai lu un papier sur l’expo Jeff Koons au Whitney + refusé une soupe poireau-pomme de terre la veille au soir). La chose est symbolique, la rébellion en cours s’y attaque. L’intérieur est creux, rempli de cachets blancs (j’ai pris deux Doliprane la veille, dont un m’a échappé sur les carreaux de la salle de bains). Papa me demande de l’aider à les récupérer et à les entasser dans une grande boîte. Il m’explique que chaque cachet représente un repas pour un enfant et sert la cause des paysans … En gros, nous accomplissons ensemble une bonne action pas vraiment légale. Mais capitale.

ma récolte pour le 26 octobre
  • Et puis, dans Stuffed, un livre de Patricia Volk, à propos de sa famille de restaurateurs New Yorkais, elle évoque son père, qui mourra d’un cancer, à l’hôpital :

Dr. Harris is firm about the eating. Dad hangs his head. He can't chew. He can barely swallow what slides down. The chemo has done something vicious to the inside of his mouth.

(Le Dr Harris tient absolument à ce qu’il mange. Papa renâcle. Il a du mal à mastiquer. Il peut à peine avaler ce qu’il réussit à faire glisser dans sa gorge. La chimio lui abîme cruellement l’intérieur de la bouche)

Evidemment je repense aux cuillerées d’eau solidifiée colorée en orange que mon père réclamait pour s’hydrater et calmer les mêmes dommages.

  • Dans Rabbit Remembered de John Updike, une phrase fait vibrer la corde sensible :

Like the death of your parents it leaves you with one less witness to your life when a man you loved dies.

(Comme avec la mort de vos parents, quand un homme que vous avez aimé meurt, c’est un témoin de votre propre vie qui disparaît)

ma récolte pour le 26 octobre

Et enfin, pour finir sur une note plus légère, une chanson qui m’est revenue en rêve, juste un petit extrait, et je me disais, tout en dormant, qu’il faudrait que je me souvienne au réveil de cette chanson que je n’avais pas entendue depuis très longtemps et en fait oubliée.

Une de ces chansons qu’on chantait en voiture en famille, ou en marchant dans la forêt : ah mon beau château ma tantirelire lire, ah mon beau château ma tantirelirelo !

La voix de mon père est incrustée dans la musique, mélangée avec les nôtres. Je l’entends moins qu’au réveil, mais encore un peu. Et c’est la première fois que je m’aperçois que le mot ‘tirelire’ est caché dedans.

Encore un petit trésor d’enfant.

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 10:17

Deux ans et deux mois ce jour, de franc soleil et d’humeur belle. Pour rien, pour la vie. Les jardiniers de la Porte de St Cloud ont nettoyé la terre sous le cèdre et dessiné une démarcation en forme de S asymétrique et voluptueux entre son terrain et la pelouse. Les belles de jour enroulent leurs tiges roses fougueuses autour du treillis vert qui délimite le petit parc. Ma fille a de beaux projets. Mon livre bleu sort dans quelques jours. J’aime mon amoureux. Notre chat adore notre nouveau fauteuil.

Quant à mon père je l’ai vu deux fois, en rêve.

Willy solaire

Je me retrouvais, je ne sais comment, invitée dans la plus belle maison de la ville - comprendre le château - je buvais un verre avec mes hôtes distingués.

(Une réminiscence lauzertoise)

D'un coup, on ouvre la porte à deux battants sur un parvis de marches majestueux. Le grand soleil entre dans le grand salon. Il faut quelques secondes pour accommoder et distinguer sur la place immense un ballet de taureaux luisants et de personnes endimanchées. Feria !

Alors que je lève mon verre rempli d'une boisson rose vers le spectacle espagnol, arrive au bas des marches, avec un sourire ravi et sa femme à son bras, mon père.

Et je me dis que c'est quand même pas mal qu'on se retrouve là, moi en haut, accueillie dans le beau monde, lui dans son univers de prédilection (l’Espagne, pas la tauromachie).

Il est fier de moi. Il monte les marches, je ne sais pas si je descends.

Et puis on est assis face à face et il me raconte l'état du monde politique. Progressivement je ne comprends plus rien du tout, j'écoute sa voix et je me dis que c'est bien lui, c'est bien ça.

rendez-vous de septembre

Un autre ! Cette fois nous sommes une bande d’amis et nous nous racontons des histoires à propos d’un homme disparu. C’est comme après un film comique, on se remémore les scènes les plus marquantes. Tout le monde se réjouit, rigole, savoure.

(En fait avant de dormir, j’ai fini le livre de Patricia Volk où elle évoque sa nombreuse famille de restaurateurs New Yorkais. L’avant dernier chapitre est consacré à la mort de son père et le dernier à une petite expédition en moto qu’elle a fait avec lui dans son adolescence. )

Et puis je me trouve face à mon père assis sur un banc, calme, silencieux. J’observe son visage et c’est comme si mon regard était une main. Je le reconnais, au sens randonnée du terme, son visage est une carte en relief.

rendez-vous de septembre
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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 09:59

Evidemment, là je ne suis pas prête du tout. Deux ans et un mois. Seulement, déjà ?

Alors je me raccorche à ce que je peux, le livre d'Iris Murdoch que je viens de finir 'The Sea, The Sea' ... l'histoire interminable (parce que dans la vie les histoires n'ont pas de fin) d'un homme de théâtre qui va fuir ses semblables et sa célébrité sur un rocher au bord de la mer. Tous ses démons viennent le visiter, un par un ou tous à la fois, y compris son premier amour ... et au lieu du calme et de la tranquillité, il se retrouve sur une scène de théâtre de fous. En gros.

Le livre fait 502 pages en anglais.

Et donc, dans ma récolte de phrases en fin de lecture, j'en trouve une qui vingtsisse assez : ' How different each death is, and yet it leads us into the self-same country, that country which we inhabit so rarely, where we see the worhtlessness of what we have long pursued and will so soon return to pursuing.'

(Les morts sont toutes singulières, pourtant elles nous amènent toutes au même endroit, cet endroit que nous occupons si rarement, où nous prenons conscience de l'inutilité totale des buts que nous poursuivons, que nous avons toujours poursuivis et que nous allons très vite nous remettre à poursuivre.)

J'aimerais beaucoup arriver à ça : que chaque 26 me ramène à ce point de suspension, de réflexion. Et qu'entre temps ma vie ne soit que folles poursuites.

Mais je n'en suis pas tout à fait là.

En tout cas le 26 est un rendez-vous auquel je me tiens.

Ah, et le tour d'horizon ne serait pas complet si à mes lectures je n'ajoutais ... ma fesse ! Fi donc du grand fessier, une ostéopathe précise me désigne le véritable point de crispation douloureuse : mon muscle piriforme. En forme de poire donc.

Demandez à n'importe qui, l'espèce de poire la plus connue ...

Ensuite, s'il vous plait, ne vous moquez pas trop de moi.

Et voyez comme la vie est bien faite : juste avant de poster mon vingt-six, dans NYRB je lis la dernière phrase du dernier livre de David Grossman écrit cinq ans après la mort de son fils : 'Il est mort, mon fils est mort. Mais sa mort n'est pas morte.'

Titien, Persée et Andromède (et le monstre marin)

Titien, Persée et Andromède (et le monstre marin)

26 août / 2 ans et 1 mois
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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 08:13

A quelques jours de celui du deuxième anniversaire de … ah, j’ai encore et toujours du mal à appeler l’événement par son nom … à quelques jours du 26 juillet donc, je cherche dans mon cerveau ramolli par la chaleur / ravivé par la clim et le café glacé … et aussi un peu dans mes notes

– je suis assez prévoyante et informée pour ne pas me laisser surprendre par l’arrivée d’un nouveau 26 – je cherche et je rassemble les signes de Willy.

Que je n’ai jamais appelé Willy de ma vie, d’ailleurs, ni de la sienne.

On n’était pas modernes à ce point. J’ai toujours appelé mon père « papa ».

Des signes donc :

J'apprends par la radio qu'au Brésil santa Anna est la patronne des professeurs.

A chaque fois que je vois le générique de House of Cards, je sursaute à la vue du nom de l'auteur, Beau Willimon.

Ça n’est pas tout à fait comme si Willy m’appelait au téléphone ou m’adressait une carte postale, mais je prends.

Je m'aperçois que la tristesse est comme la douleur : nomade.

Mon mal de nuque est passé de mon bras à mon épaule et puis tombé dans ma fesse droite. Inversion de courbure et rétrécissement du trou de conjonction se transforment en tendinite du grand fessier.

Ah, la tendinite du grand fessier ! L’expression l’aurait bien fait rire.

Quand quelqu’un éternuait dans la famille (ça vient de ma mère mais il l’avait adopté aussi) « que Dieu te bénisse et ne te fasse pas le nez comme j’ai la cuisse ! »

Rien à voir et tout.

Au bout de deux ans, je me permets un (joyeux ?) fourre-tout.

Mais revenons à la douleur nomade. Il se plaignait beaucoup, Willy, pendant son lymphome, d’une douleur au bras droit qui n’intéressait aucun de ses grands médecins. Je prétends l’avoir récupérée, je ne me soucie pas des dates.

Ma douleur se promène et se métamorphose. Comme les intouchables du monde occidental : putes, dealers, sans-abri, que les forces de l'ordre repoussent pour, faute de les faire disparaître, les cacher.

Elle se lasse des endroits où on me masse pour aller en hanter d'autres, moins accessibles.

Ma douleur se faufile sous le tapis de ma paresse.

Quant à ma tristesse, elle cherche à se loger.

Je ne sais pas aussi pourquoi je pense à ça – si je sais :

les gens dans le métro qui « ne font pas attention » pas attention à moi bien sûr, ils gardent leur sac suspendu, prêt à cogner dans mes côtes au moindre mouvement, ils entrent ou sortent comme si j’étais transparente, libèrent leur strapontin qui vient ébranler mon dos de liseuse concentrée … et je vous fais grâce des fuites d’écouteurs …

Bref, j’ai repensé à une remarque systématique de mes parents.

Enfant, quand je renversais quelque-chose ou en cassais une autre, je répondais à leur inévitable remontrance par un « j’ai pas fait exprès » sincère et désolé, qui donnait toujours aussi inévitablement lieu à l’imparable verdict « tu aurais dû faire attention ».

Je trouvais la remarque injuste, facile et inutile.

J’ai prétendu longtemps y être imperméable. Mais je dois bien constater qu’elle a fini par m’imbiber, par prendre racine. Et j’en sens toute la justesse. Même au-delà de faire attention à ne rien renverser et à éviter de tout casser, porter attention à ce que je suis en train de faire, être attentive à ce qui se passe autour, voire attentionnée, effectivement, me paraissent être la bonne attitude, quasi une philosophie.

Et maintenant (mais il est peut-être un peu tard) je remercie mes parents : grâce à eux je fais bien attention, bien attention surtout à toutes les erreurs des autres.

deux ans disons
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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 09:39

d'abord un petit extrait du journal de Willy, 44 ans, qui me parle :

"P’têtre c’que j’raconte vous paraît pas marrant, c’est pas fait pour. Tous les gens qui s’racontent ces jours-ci, vedettes de cinéma, de football, de télé ou de crime n’ont au fond pas plus de choses à dire que moi et toi lecteur qui me lis aujourd’hui tu dois plus te retrouver en moi. Les problèmes qui se posent à moi sont les tiens et tu dois les résoudre … ou écrire !

Chez les autres tu cherches l’évasion, les hautes sphères, le brillant d’une vie au premier plan de l’actualité, un peu les héros que tu ne seras pas et que tu voudrais être. Moi non. Mais regarde bien, mon exemple te prouve que le seul héros de cette vie c’est toi."

pas tout à fait deux ans

Et puis mon histoire du vingt-six :

La semaine dernière pour un rendez-vous aux Ternes, je passe par mon ancien quartier. Le Trocadéro, l’avenue d’Eylau, la rue des Belles Feuilles, la place Victor Hugo. Je retrouve ma droguerie des années 80, celle où j’ai acheté mon étendoir à linge (toujours en service) et des tapettes à souris (argh), la poissonnerie où je n’allais pas souvent, mais les vendeurs étaient joyeux, le Picard qui a remplacé le cinéma en bas de chez moi, où ne passaient que des navets français, la pharmacie Basire, le pâtissier Béchu … Des noms oubliés, qui resurgissent tout neufs, presque des vieux amis qui n’ont pas beaucoup changé.

En chemin dans le bus, c’est une plaque qui fait tout résonner : place Possoz. Je lis le nom mentalement et c’est la voix de mon père qui le prononce !

Je crois que c’était l’adresse d’une agence EDF ou Télécom avec qui on avait affaire concernant le studio qu’il avait acheté pour moi. Je l’entends me dire qu’il faudrait que je passe « place Possoz » pour régler tel ou tel problème.

C’est comme une perle cachée dans une huître. Une belle soirée d’été où je prends le temps de réminiscer, où je me laisse vaguer dans les souvenirs anciens inexprimés et là, au fond de ma plongée dans le temps, sa voix m’attend.

Ça devait être au téléphone, entre Toulouse et Paris, des conversations corvées, purement informatives … « ah et il faudrait que tu ailles voir place Possoz .

Il prononçait le Z, je ne sais pas comment on doit dire. On y tient à notre Z dans la famille, peut-être qu’on essaie de le faire sonner dès que possible.

Ça fait donc un an et onze mois qu’il n’est plus là et comme à chaque fois que le 26 s’annonce je me demandais ce que je nous raconterais.

Et hier, je passe dans le bureau d’un collègue et j’entends, illustration sonore, un morceau que je reconnais sans le connaître … un morceau de Michael Jackson !?

Oui, me dit Julien, c’est son dernier titre.

Posthume, d’outre-tombe.

Ça s’appelle Love Never Felt So Good.

Très encourageant, je trouve.

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 10:20

Willy 28-10-56

La tristesse d’un dimanche soir, radio en musique de danse, crépuscule insensible et nuages dans le ciel, ce n’est pas la tristesse d’un jour vide ou ennuyeux mais la tristesse angoissante ou simplement désabusée de quelque-chose qui finit, plus qu’un jour, une semaine, c’est-à-dire une tranche de vie, une période que le temps soustrait fatidiquement et sans insister. Le jour s’en va, la nuit arrive. Et puis un autre jour. Lundi. La semaine qui s’est terminée la revoilà mais c’est une page blanche, sept nouvelles pages blanches qui vont s’envoler au vent du passé.

Moi tout pareil, la tristesse d’un dimanche soir d’élections qui n’ont pas tourné comme j’aurais préféré.

La semaine qui commence là, un an et dix mois sans Willy.

Et malgré ci et ça et la pluie, plutôt contente d’être ici. Les bonnes lectures, les fleurs qui poussent et les hirondelles qui crient, quoiqu’il arrive, les fraises bonnes et les cerises bientôt.

Et puis tout ce qui, autour des jours de Willy me le rappellent. A la radio le chant des « lanciers polonais », dans ‘Treme’, un père mal en point mais qui fait jusqu’au bout ce qu’il aime, dans Virginia Woolf un vers de Shakespeare

Full fathom five thy father lies … faudra que je lise ‘La Tempête’.

En attendant, je lis toujours le journal de mon père, je le retranscris. Je découvre qu’il était déjà à 23 ans le même que j’ai connu et je le remercie d’avoir, avec ce portrait de lui, non seulement prolongé notre relation mais aussi justifié ma manie d’écrire.

1-11-56

Est-ce que l’œuvre d’une vie et sa seule préoccupation peut-être d’enseigner une langue à des enfants. Je suis heureux lorsque je sors de classe après avoir fait un cours que j’émaille toujours de rires peut-être un peu trop pour la bonne tenue des élèves. Mais c’est tellement plus facile de passer une heure à apprendre en riant. Une sorte de confiance de la part des élèves qui ne se croient plus forcés d’apprendre. Il faut arriver à leur faire prendre ça comme un jeu instructif. Mais si je suis heureux en sortant de là, c’est parce-que j’y joue. Je joue le rôle du professeur. J‘étale mes connaissances, mon esprit. Il faut bien l’avouer. Là je fais du théâtre et sans crainte de critiques. Je sais que le public ne peut pas critiquer, soit par discipline soit par manque d’intelligence. Je joue la comédie, je joue toujours disait Violette d’un air un peu triste semble-t-il.

Ce qui est sûr c’est que je suis sur la pente du narcissisme. Et je parle beaucoup. J’adore raconter des histoires qui n’intéressent que moi avec forces détails superflus. C’est cela qu’il faut éviter, je me le suis dit souvent : parle moins. Mais je sais que si je rase quelquefois, je plais ou j’amuse souvent. Alors je joue et je parle et on me pardonne les moments où je rase.

26 mai
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 16:20

Voilà, c'est le 26 avril. Je suis au rendez-vous du 26, bien sûr. Pas au meilleur de ma forme : la gorge, le nez, la tête. J'ai dormi douze heures cette nuit et là je viens de faire vingt minutes de sieste avec Monsieur Sardine sur le ventre.

Ça ne me dit pas ce que je vais pouvoir raconter pour ce jour qui marque un an + neuf mois ...

Je me trouve comme les veilles de devoir à rendre, où j'allais le voir penaude dans son bureau ouvert : la pièce bureau où mon père et ma mère avaient chacun sa table donnait directement sur le salon par une cloison interrompue au milieu.

J'ai une dissertation à écrire et absolument aucune idée.

C'est quoi le sujet ?

Tu es mort depuis un an et neuf mois aujourd'hui, c'est nul, je ne sais pas quoi dire.

Les sujets nuls ça n'existe pas. Même ceux que tu ne trouves pas a priori intéressants ont toujours été choisis pour une raison. N'oublie pas que ce sont des exercices, à la limite, moins tu as de choses à dire et plus ça va être formateur d'écrire le devoir.

Un et neuf mois c'est trop ou pas assez, comment veux-tu que je ... vingt et un mois ça n'est guère mieux. On dirait un âge de bébé. Ta mort a un âge de bébé pas intéressant à commenter et tu voudrais que je fasse des pages là-dessus.

Moi je ne voudrais rien du tout, mais toi tu dois le faire.

Et pourquoi ?

Parce que c'est comme ça, on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie, la plupart du temps il faut juste se contenter de faire ce qu'on a à faire.

C'est pas marrant.

Ben non. Mais tu vois, là tout le temps qu'on discute, si tu t'y étais mise, tu aurais déjà bien avancé. Au lieu de quoi tu rouspètes.

La différence c'est que dans ces cas-là, je sortais toujours de la discussion avec une ou deux idées qui avaient fini par sortir par la bande.

Aujourd'hui, non, toujours pas d'idée.

Alors je vais vous offrir un petit morceau de son journal, un extrait avec son scooter. En 1956, après avoir longtemps tergiversé - son éducation comme il le dit lui-même lui interdisait les dépenses irréfléchies - il avait fini par acheter un scooter d'occasion.

Le 13 mai 1956

J’avais rêvé enfant d’une bicyclette, je rêvais plus tard d’une auto entre ces deux rêves j’ai acquis la réalité, il n’est pas beau non, assez vieux. Mais c’était une joie de partir les premiers jours en me disant qu’il était heureux que les autres sussent conduire. Grand étourdi vraiment ! Et maintenant c’est si simple. Un coup de démarreur et nous voilà partis au soleil dans le vent. Comme ça raccourcit les distances. Je n’attendais pas ce plaisir surtout après les débuts hésitants et si bien ponctués de l’enlevage du gendarme. Un brigadier de gendarmerie qui m’a même inspiré une chanson sur l’air de « Brave Margot ».

et le 10 juin

C’est aussi le scooter qui m’a révélé s’il en était besoin combien je me fais de soucis pour peu de choses ; surtout (il faut bien le dire) lorsque ce peu de choses doit finir en argent dépensé. Avec mon éducation je ne pourrai jamais dépenser sans compter. Car si cela m’arrive un jour, le lendemain je m’en repends, ou je restreins quelques jours pour prodiguer un jour.

Il a fallu un petit dérangement (une bougie mal essuyée qui empêchait le démarrage) pour que je me sente énervé anxieux soucieux en un mot, toute la journée.

Et puis il s’agit tout simplement de payer – et le scooter repart aidé du mécano. Ça revient peut-être cher à ce train-là et c’est tout ça en moins pour les vacances. Mais de cette façon plus de soucis. D’ailleurs ils passent très vite mes soucis quand je repars avec un bruit régulier sous moi ... et la (petite) vitesse dans le soleil du matin et l’air encore léger.

Willy et son scooter .... je ne connais pas la passagère.

je suis là
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 10:31

La nuit dernière j'ai rêvé que j'étais à Toulouse, perdue.

Le train ne s'arrêtait pas à la bonne gare, je me retrouvais dans un quartier inconnu. Je décidais de téléphoner à mon père.

Ça décrochait, j'entendais sa voix, mais il ne me parlait pas à moi, il était en train d'expédier quelque affaire, avec un interlocuteur inaudible.

Je pestais, mais ne m'étonnais pas.

Double impasse. Mais sa voix présente, reconnaissable, réelle.

Je ne me suis pas aperçue tout de suite (le fameux effet retard des rêves, pour assurer leur double emploi : lissage de nuit, froissage de jour ...) que ma vie sans Willy ressemble exactement au rêve : il n'est pas là pour moi mais j'entends sa voix.

Grâce à ma mémoire, à son héritage et à son journal surtout.

Mon père a l'âge de ma fille. Il rêve d'écrire, ou plus exactement, que ses écrits se voient "imprimés". Il rêve d'écrire et d'aimer, le tout sans perdre pour autant son temps.

Il est tout torturé de contradictions et conscient de cet état.

Il écrit pour lui, avec une certaine complaisance et parfois de la sévérité.

Il multiplie son écriture en donnant la parole alternativement à sa conscience et à son démon, lui se situe quelque part entre les deux.

Il écrit pour lui, avec toute la liberté, voire le relâchement que permet l'exercice et il avoue qu'il aimerait que ce soit imprimé tel quel, que ça vaille de l'être sans qu'il ait besoin d'y travailler davantage.

On dirait moi, quoi.

Aujourd'hui, c'est son anniversaire, encore un où je n'aurai pas besoin de me tordre le cerveau pour lui trouver un cadeau.

Quand je n'avais vraiment pas d'idée, je lui faisais livrer un bouquet.

Dans le bouquet d'aujourd'hui : un rameau d'olivier (j'ai récolté 800 grammes d'olives dans des arbres en pots entre deux immeubles de bureau, je les ai mises dans la saumure après une semaine de rinçages quotidiens, j'essaie d'être à la hauteur de ses cueillettes urbaines et de ses préparations maison - il m'en a légué le goût) et quelques phrases tirées de son propre journal, avec une rose.

le 5 février 1956

J’écris par orgueil par vanité je crois que ce que je dis pourra s’imprimer un jour et que cela peut valoir quelque chose. Et je ne corrige rien. Je ne travaille pas à cela. C’est le comble de la fanfaronnade. Je sacrifie au goût du vers insolite et construisant par le simple accident des mots dans ma bouche des images sans sens.

Mais on peut trouver un sens à tout pourvu qu’on en cherche un. Et on cherche trop le sens de telle chose ou de telle autre, voilà le malheur.

Une fleur a-t-elle un sens ? Et pourtant quoi de plus beau qu’une rose ?

là, il doit en avoir trois, on dirait moi

là, il doit en avoir trois, on dirait moi

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 15:02

Réunion anti publicité, comme une boucle bouclée. Ça aurait fait rire mon père de me voir là ou de m’entendre raconter. Lui qui a toujours pensé, dit, professé, que la pub c’était le Mal, le ver dans le fruit, le premier rouage de l’engrenage maudit.

Moi j’ai insisté pour y travailler, par goût de ce qui brille, par goût de l’opposition aussi. Et je m’y suis bien amusée.

Il ne m’en a pas affreusement voulu. C’était un des avantages de cette famille : on vous présente les écueils et si vous vous jetez quand même dans le bain, on garde sur vous un œil attentif, confiant, aimant.

Donc oui, j’ai assisté ce mois-ci à une réunion publique pré-électorale organisée par le PG et le RAP (Résistance à l’Agression Publicitaire). Je me sentais un peu comme une infiltrée. Mais finalement, comme souvent, ni cet excès d’honneur, ni cette indignité, je vois la justesse de leur raisonnement : la pub c’est l’organe de propagande du système capitaliste. Difficile donc d’être contre l’autre, sans résister à l’un.

Mais comme je ne suis pas à une contradiction près, et surtout que je suis tout sauf radicale, je n’embrasse pas complètement la cause.

Comme disait Willy qui ne l’entendait pas du tout dans ce sens-là : « c’est le difficile, qui est le chemin ». Il valorisait l’effort par-dessus tout.

Moi j’en suis à la difficulté de concilier mes opinions et mes goûts, mes goûts et mes dégoûts.

Et puisque je viens de citer une phrase prise du seul journal intime qu’il aie jamais tenu, dans sa vingtaine, je vous en donne un petit extrait où transparaît son caractère, mêmes formulations, même esprit …

28 novembre 1955

… j’adore les petites réunions entre copains où je peux briller. Quand je dis briller je pense plus à un mot espagnol qui rend mieux ce que je veux dire car il est réfléchi : lucirse (se faire briller). Ce désir de se faire briller m’amène à toutes les extravagances qui font de moi le type que l’on peut écouter parce qu’il a toujours une plaisanterie à la bouche et de temps à autre, un mot d’esprit. Et il y a des jours où je me demande si je peux être sérieux. J’ai tenté l’expérience souvent et alors je ne suis plus du tout intéressant. Je ne suis pas homme à tenir les conversations d’intérêt général sur des sujets sérieux. Impossible de m’y arrêter. Et c’est là que j’ai gardé mon esprit d’enfant.

J’aime beaucoup lire, déchiffrer (il avait déjà une écriture minuscule et convulsive, Willy, même avant ma naissance) ce journal, c’est comme passer du temps en sa compagnie, comme une conversation neuve, puisque ces pages sont tout à fait inédites. Et j’y retrouve avec un plaisir paisible, non seulement sa voix, mais aussi des mots de famille comme ‘sempiternel’ ou ‘pas reluisant’ ou encore ‘faire feu des quatre fers’.

Ça fait un an et huit mois, il est toujours là.

Willy & Charlotte

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  • : Des phrases, des humeurs, des colères, des petits coups de butoirs butés brefs et rigolos, ou pas rigolos. Et surtout : Les rendez-vous du 26 en souvenir de mon père ...
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