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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 10:55

Pour quelqu’un comme moi qui affectionne particulièrement la réglisse, ça n’est pas forcément négatif. J’y pensais en m’apercevant que je me remémore parfois exprès des choses qui font mal.

Exemple : je lis un article sur un médecin qui préconise le jeûne parmi les traitements anti-cancéreux, même associé à des chimios. Et je repense à mon père malade, au plaisir qu’il prenait à manger deux  ou trois choses qu’il aimait encore, au plaisir non moins grand de ceux qui lui apportaient ces fameuses gourmandises.

Et je suis envahie par une immense envie de pleurer. Et à chaque fois que je repense à l’article, les larmes viennent et je sais que si je repense à l’article c’est pour aller les chercher. Que les larmes de regret viennent remplacer les larmes de tristesse qui ne se pleurent pas aussi facilement.

 

De la même manière, quand je cherche à pleurer mon père, ça n’est pas l’idée de sa mort qui ouvre l’écluse, mais le souvenir de ce coup de téléphone qui m’interrompt à la cantine et qui m’apprend que Willy est de nouveau à l’hôpital.

Ça suffit, ça dit tout, pour tout de suite et pour ensuite.

 

Broyer du noir exprès de temps en temps pour expulser la surface toxique de la douleur profonde. Mais comme une imbécile, maintenant que j’ai associé l’expression et la réglisse, que ne va-t-il pas se produire à chaque fois que je me laisserai aller à cette gourmandise ?

Broyer du Noir
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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 10:03

Petite pause dans les zèderies.

Comme on est le 26 et que c’est désormais à jamais son jour, je passe à W.

W comme mon père.

Qui nous racontait – mais notre mère aussi (dans ces commémorations, je pense à elle tout le temps mais j’évite de la mentionner par pure superstition – et là j’ai failli, donc je croise les doigts, je touche du bois, mon front).

C’était un rite et une invention familiale donc, ils nous racontaient les aventures de Bijou.

Ça commençait toujours par « Alors, Bijou … » et ce lancement revenait plusieurs fois dans l’histoire, permettant au raconteur de prendre son élan pour la suite, inventée au fur et à mesure, ou rebrodée sur une trame déjà inventée auparavant.

Je me souviens surtout de « Bijou à la fête foraine » mais Bijou était comme Martine, il allait partout où nous allions et quelquefois un peu plus loin, sur la lune ou dans quelque pays imaginaire.

Comme nous, Bijou adorait la pêche aux canards en plastique, et comme nous, il était très déçu mais toujours très excité par la loterie et les petits billets à dérouler qui disaient invariablement « vous n’avez rien gagné ».

Quand les enfants de mon père ont eu à leur tour des enfants, Willy s’est mis à leur raconter à eux ces histoires, mais pour une raison qui ne regarde qu’eux, Bijou était devenu Bizoulik, une petite abeille naïve et téméraire.

J’entends très bien mon père prononcer les syllabes de Bizoulik …

Et j’ai eu une grosse émotion cet été, dans le centre de loisirs que ma sœur anime, quand j’ai participé à la sieste des petits qui commence par une histoire que « Manu » raconte, invente au fur et à mesure et où elle fait habilement figurer un à un et dans des rôle choisis, tous les enfants présents, qui l'écoutent, allongés sur de petits lits.

Elle raconte au même rythme, avec la même musique et les mêmes douces, habiles trouvailles que son défunt père et le mien par la même occasion.

Je l’en remercie et l’admire, et je verse ici comme j’ai versé là-bas, juste avant de m’endormir sur un matelas de gymnastique, une larme de gratitude et de tendresse.

"Manu" et Manon

"Manu" et Manon

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 10:23

Il a fini par arriver ce 26 juillet 2013.

C’est comme ça le temps, ça court quoi qu’il arrive.

Je ne crois pas avoir jamais jusqu’ici mesuré une année, mois par mois.

Et donc, cette année oui, pour tenter de sentir les nuances du deuil.

Chaque 26 de chaque mois consacré un peu plus que les autres jours à l’idée, au souvenir de mon père.

J’ai dit « sentir» et pas «observer» parce qu’il n’y a rien de précis dans l’entreprise. A me demander chaque 26 à quoi ressemble la sensation de perte, de manque, de disparition, je ne peux jamais défaire mon sentiment de tous les autres éléments : l’humeur, les préoccupations, le temps du ciel.

Et la dernière fois qu’on m’a posé une des ces questions sous-entendues, j’ai répondu que ça allait mieux, que j’avais l’impression d’une douleur un peu allégée, d’être allégée moi-même.

Il n’y a plus cette angoisse pesante et vertigineuse des premiers temps. Probablement je suis apaisée, en cours de réconciliation avec l’indiscutable et l’irréversible. Je ne crois plus que mon père va reparaître, je ne sens plus cette étrange impression de mauvaise blague.

Quant au découragement, je n’arrive pas à l’isoler dans un tube assez propre. Je n’écris toujours pas, mais les causes sont multiples.

Je me suis surprise un de ces matins de petit vent au soleil avec une zone de bonheur au creux du ventre. Je me suis dit «tiens, tiens».

Je n’ai pas pensé que je ne serai plus jamais heureuse, ni que l’insouciance ne reviendrait pas. Je suis presque étonnée quand même de les entrevoir.

Je ne peux toujours pas en discuter longuement avec ceux de la famille qui le souhaitent. Pour le dire vite : j’aurais peur de pleurer.

Et je n’ai pas l’impression d’avoir autre chose à dire que ce que régulièrement je poste ici.

Ce serait quoi, « parler de Willy » ?

J’ai passé du temps avec ma sœur, avec ma mère, davantage que les années précédentes - les années de son vivant - et nous l’avons à chaque fois évoqué, mais sans nous appesantir (peut-être pour rester dans le même registre qu’avant).

Parler de lui ce serait quoi ?

Un gentil ami m’a indiqué que je pouvais l’appeler si j’avais « besoin de parler ». Je n’ai pas besoin de parler, j’ai besoin de prendre le temps parfois de penser à mon père disparu, parti, terminé.

J’ai regardé des photos de lui et je me suis souvenue qu’avant sa maladie – le lymphome spécial Amérique Latine –sic- qui l’a emporté) il restait incroyablement juvénile.

Mais le cancer, ou la chimio ou les deux, lui ont fait prendre vingt ans d’un coup.

Je l’ai vu, je l’ai dit, ça m’a beaucoup impressionnée.

Et donc ?

J’ai commencé ce texte à l’avance, pour faire durer ma commémoration spéciale et pour ne pas risquer d’être prise de court le jour J.

Et je ne savais pas comment conclure, mais le ciel s’y est mis.

Grand coup de tonnerre au petit matin, de ce 26 juillet, coup de canon d’honneur pour mon père qui s’éteignait (tous les mots qui disent la mort sont bizarres, aucun ne convient) il y a un an exactement, à peu près à cette heure.

On s’aimait.

 

 

 

UN AN
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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 10:20

IMG 9724

La tristesse est toujours là, comme le vilain temps parisien*, tout de notre faute à ma tristesse et moi.

Ça n’empêche pas quelques liesses de temps en temps.

Parfois je n’arrive pas à savoir, quand mon humeur retombe, si c’est le deuil qui reprend le dessus, ou un vieux fond qui remonte à la surface.

Suis-je dépressive ? L’ai-je jamais été ?

Grave oui, rigolote et grave.

Je me souviens qu’à l’adolescence je nageais dans une sensation générale de dégoût et d’ennui, que celle qui m’envahit parfois n’est pas sans rappeler.

Qu’est-ce qui change ?

J’ai de moins en moins d’idées pour son « Je Me Souviens ».

Je crois que je n’irai plus à Toulouse.

Je suis tout étonnée que des amis fassent de nouveaux enfants.

Je n’ai pas du tout envie d’écrire (des livres) (Est-ce que j’écrivais pour qu’il soit fier de moi et maintenant ça ne serait plus la peine ? C’est un truc qui me fait bien pleurer ça, dans les films : le moment où le père inaccessible et/ou jamais content, dit enfin à sa fille qu’il est fier de ce qu’elle a accompli).

Je n’ai plus cette espèce de vertige des premiers temps.

J’attends le tour d’année complète …

 

J’ai écrit ça hier. *Et puis ce matin, le soleil m’attendant en bas de chez moi.

Et j’ai lu dans « L’économie sociale et solidaire, un guide pour une autre société »

Le texte de Jacques Généreux  où j’ai trouvé, entre autres idées réjouissantes, une phrase pour moi :

"L'histoire réussie d'un être humain qui apprend à construire sa liberté,

c'est une histoire qui va en permanence alterner cette fusion attachement-détachement ..."

Les livres qui me libèrent du travail, les amis qui me libèrent de ma famille, mes préférés qui me libèrent de moi-même.

Le va et vient, le balancier. Un jour heureuse, un autre moins et des nuances à tous les instants.

Et donc simplement, vu que le onzième ‘mensiversaire’ c’est aujourd’hui pile, je me souviens de mon père un peu plus que les autres jours

 

Je me souviens de sa voix quand il disait « entonces » ou « claro que si » qu’il pouvait très bien utiliser au milieu d’une phrase en français.

 

Je me souviens qu’il m’a offert deux fois le même livre, je ne sais plus si c’est « Le partage des eaux » de Alejo Carpentier ou « Les soldats de Salamine » de Javier Cercas, ou les deux.

 

Je crois me souvenir que quand il allait chez un médecin il emportait un chèque plié en deux dans sa poche.

 

Je me souviens qu’il n’aimait la paresse sous aucune forme. Quand on utilisait un mot trop vague pour qualifier un film, un moment  ou un plat, il demandait qu’on fasse un effort, qu’on lui propose un synonyme plus riche. Exemple : c’était bon ? Ouais, super ! Mais encore ? Excellent, délicieux, délectable !? 

 

Je me souviens qu’il a caressé pendant des années,  le projet de construire aux Grézhals, un bois au-dessus de la maison de ma mère, une maison écolo autonome avec des panneaux solaires sur le toit.

 

Je me souviens qu’il n’aimait pas qu’on « s’abrutisse » devant la télévision.

  

  

 

 

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 18:40

IMG 4170j'ai laissé passer le jour

c'est la première fois depuis le 26 juillet 2012

et là je me dis qu'il faut bien que je marque la date entière

parce que j'ai tendance à mélanger les années

bien sûr j'ai pensé à lui quand-même

parce que j'y "pense" tous les jours

mais pas rituellement là

je crois que je ne me suis même pas dit : ah la la, on est le 26 !

c'était la fête des mères

c'était dimanche

mon petitphone n'avait presque plus de batterie et j'avais oublié le chargeur à Paris

il faisait froid en Bourgogne et dans la France entière si j'ai bien compris

je suis sortie de la demeure qui nous accueillait

pour aller marcher dans les vignes

j'ai appelé ma mère vite

parce que cette fête, même si tout le monde s'en fiche et que c'est stupide et de mauvaise source

ce serait dommage de passer pour une ingrate indifférente en omettant d'y sacrifier

donc

et d'ailleurs, j'ai bien aimé que ma fille m'envoie ce jour-là une photo d'elle avec le chat

et m'offre en prime

Les Mondes de Ralph en DVD

mais c'est une autre histoire

tout ça pour dire

que le jour des dix mois sans mon père

j'ai parlé à ma mère

entre les vignes vertes et roses

avec vue sur une vallée douce

et un clocher de tuiles vernissées croisillonnées

et que la veille

j'avais eu une discussion émerveillante avec un chanteur musicien

qui disait de son acolyte retrouvé

"on a la même horloge"

et le fait est que quand on les entend ensemble, guitares et voix, percus au pied

quelque chose passe

il disait que c'était rare et précieux

pas seulement pour la musique

et je me suis endormie avec cette phrase, leurs chansons

et l'inspiration que donnent certains vins de Bourgogne

- il faut le reconnaître

et rendre à Meursault, non en l'occurrence, Violette, enfin je ne sais plus -

l'inspiration m'a portée toute la nuit

où j'ai vogué comme un chat dans ses rêves de chasse

sur des paroles que j'écrivais moi-même

des phrases qui finissaient toutes par "par"

et qui m'enchantaient

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 12:02

136287239 44034cdca7 mpas si neufs que ça, les mois

la courbe du deuil ne suit aucune logique

toujours la sensation d'un mur porteur en moins

d'un os ou d'un muscle manquant

toujours pas envie de me remettre à écrire (les livres commencés)

mais je ne suis pas insensible au printemps

ni aux gens

autour

ni à l'absurdité attachante du monde

la tristesse comme une donnée de base, un fond de tarte

m'empêche un peu de participer

j'ai enfin compris à quoi servait la tradition du vêtement de deuil

un an à porter du noir

et on vous laissait tranquille

pas la peine d'expliquer pourquoi vous n'aviez pas envie de parler

la couleur et les voiles vous désignaient tout en vous protégeant

sans vous empêcher d'aller où bon vous semble

si je me mettais tout en noir là

personne ne s'apercevrait de rien

bref

pour ce nouveau mensiversaire, encore un petit peu de Je Me Souviens :

 

Je me souviens qu'il voulait toujours qu'on « fasse un effort », pour faire plaisir à la famille par exemple, mais aussi parce que tout ce qui demandait un effort était toujours mieux que la pente naturelle.

 

Je me souviens qu'il mettait toujours des vêtements différents dehors et dedans, chaussures comprises. Il y avait les affaires « pour traîner à la maison » et celles pour sortir.

 

Je me souviens que pour écharpe il disait foulard. Et pour tabouret, banc et pour se laver les cheveux, se laver la tête.

 

Je me souviens qu'il cuisinait très bien la fritta et le foie aux oignons.

 

Je me souviens quand il avait sa moustache (qu'il a gardée de ma naissance à mes vingt ans à peu près). Après le repas il avançait la lèvre inférieure et l'en recouvrait pour aspirer ce qui restait accroché dedans.

 

Je me souviens de son amour immodéré pour les cueillettes, en particulier urbaines. Comme il sautait les grilles de St Sernin pour cueillir les grenades, et son coin à mûres près du supermarché et les figues d’une ferme abandonnée.

 

Je me souviens qu’il n’hésitait pas à marchander, même dans les boutiques de fringues un peu chic, il demandait s’il n’y aurait pas possibilité d’un rabais pour un membre du corps enseignant.

 

Je me souviens qu’il transpirait beaucoup des mains, il avait toujours un mouchoir – en tissu – dans sa poche pour les essuyer avant de serrer la main à quelqu’un.

 

 

 

 

 

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 11:26

 

daumier[1]Il n’aura pas 79 ans aujourd’hui, je ne lui téléphonerai pas, je ne lui ferai pas envoyer des fleurs. Je n’ai pas eu à chercher pour lui une jolie petite théière ou un cadeau moins habituel.

Ça me fait un souci de moins, n’est-ce pas ?

 

Je me souviens du jour où il m’a appelée pour m’annoncer que sa mère était morte, à plus de 104 ans. Il a dit : « ton papa n’a plus de maman » formulation qui m’a beaucoup plus inquiétée que la nouvelle, pas vraiment inattendue, ni inacceptable, sauf pour lui.

Dernièrement, ma sœur m’a raconté un de ses épisodes héroïques - on s’échange nos « je me souviens » de lui.

 

Elle était encore au lycée. Une amie déléguée des élèves lui a raconté qu’au conseil de classe il est arrivé avec le sac à dos de ma sœur, rempli pour le lendemain, qu’il l’a posé sur la table en disant : voilà, est-ce que vous trouvez normal que nos enfants trimballent ça tous les jours ?

 

Don Quichotte quoi ! Au moins, pour un prof d’Espagnol.

Il n’y a toujours pas de casiers pour les élèves au lycée.

Il y a quand même cru jusqu’au bout, lui, qu’on pouvait changer le monde.

 

(mon cadeau, cette annnée, c'est ce petit Daumier)

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 11:09

sans mon père donc

 

et comme autour, y en a qui tombent ...

après un petit chapeau

j2983816954 9941a9bbf5e colle la suite de mon je me souviens Willy

 

 

 

petit chapeau :

La vie c’est comme trois petits tours de manège, ça saute aux yeux quand autour de nous, les funérailles succèdent aux faire-part. Par phases. Et là, on se dit qu’il faudrait la vivre plus fort. Etre un peu héroïque. Sauf que la plupart du temps, pour être un héros il faut mourir. Alors pas héroïque, exceptionnel, extraordinaire, on se dit qu’il faudrait chaque jour faire une chose extraordinaire. Chaque jour ? Ou chaque semaine alors, mais que ça dépasse.

Régulièrement exceptionnel alors ? Oui

Et pourtant, quand on est en plein dedans, parfois au contraire le temps peut paraître long. Alors que non.

 

 

 

Je me souviens, la suite :

Je me souviens qu'il était très "si tous les gars du monde" : son argument pour nous encourager à l'écologie et à l'économie, c'était "ça n'a l'air de rien comme ça, éteindre la lumière en sortant d'une pièce, porter ses piles à la déchetterie, mais si chacun y contribue à sa petite échelle, on sauvera la planète".

 

Je me souviens que pendant un certain temps j'y ai cru.

 

Je me souviens qu'il détestait les signes de marques sur les vêtements, il refusait catégoriquement de porter de la publicité, gratuite qui plus est. En vieillissant, avec sa seconde femme, il s'est un peu laissé faire.

 

Je me souviens que quand il militait pour le Larzac et retenait 1% de ses impôts à cet effet, on avait très peur qu'un huissier vienne nous prendre la télévision ou le canapé.

 

Je me souviens que quand il revenait d'un de ses voyages lointains (plus ou moins toujours l'Amérique du Sud) il racontait à n'en plus finir toutes les galères de transport, de bagages et d'organisation (il voyageait en tant qu'accompagnateur) et jamais les choses amusantes ou savoureuses qu'il avait pourtant dû vivre aussi. Une certaine forme de pudeur, je pense et la déformation professorale.

 

Je me souviens de ses films super 8, où il passait un temps fou sur un paysage, une fontaine, un arbre, et trois secondes sur l'une ou l'autre de nos têtes blondes. En vieillissant il s'est racheté : chacun de nos enfants a eu droit à son film personnel étendu sur des années.

 

Je me souviens de la seule fois de ma vie où j'ai failli le voir tout nu. J'avais poussé la porte de la salle de bains et lui, un cri démesuré. Il y avait beaucoup de buée et tant de son dans mes oreilles que je n'ai effectivement rien vu.

 

Je me souviens qu'il repassait le linge en regardant la télé.

 

Je me souviens que j'aimais beaucoup m'asseoir sur ses genoux après dîner et que ça a duré longtemps, au point que ça a fini par énerver ma mère.

 

Je me souviens que je ne le croisais pas souvent, alors qu'on a été un certain temps dans le même lycée, et qu'il donnait toujours ses cours en costume cravate.

 

Je me souviens de la fois où il m'a grondée à cause de "la blouse". On était censés porter une blouse bleue en cours, je ne la mettais pas toujours, il me semble que c'est Madame le Proviseur qui avait cafté. Comme il était prof, ça faisait mauvais effet que je ne me plie pas au règlement. C’était toujours un peu mon tarif : justement parce que tu es ma fille, tu paieras tes fautes plus cher que les autres.

 

Je me souviens que quoiqu'il arrive, il donnait toujours raison aux profs contre moi, ma sœur, ou n’importe quel élève par principe affirmé.

 

Je me souviens qu'il aimait beaucoup Jean Ferrat, mais pas spécialement Léo Ferré.

 

 

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 17:57

doll

 

demain c'est mon anniversaire

mais aujourd'hui ça fait sept mois

donc

que Willy n'est plus sur la terre mais dessous

- on the wrong side of earth

me semble que j'ai lu ça y a pas longtemps

par Shalom Auslander ou Saul Bellow

anyway -

donc il est passé me voir en rêve

ce qui m'a fait bien plaisir

il est passé me voir

qu'est ce que j'ai fait pour fêter ça ?

rien de particulier

mais tout à l'heure je suis allée au pressing

qui la semaine dernière indiquait :

"à titre personnel, fermé jusqu'à nouvel ordre"

ça sentait la mort

et effectivement

là c'est rouvert

et la patronne m'explique que sa mère est morte

elle avait 77 ans, d'un cancer des os qui s'est généralisé

la mère a salement souffert

la fille a fermé sa boutique pendant dix jours

avant de partir, ouf relayée par un nouveau client,

je lui ai souhaité "bon courage pour le deuil"

un truc que je ne fais jamais d'habitude

mais comme l'a fait remarquer ma sœur au marché St Aubin de Toulouse

je suis gentille et bien élevée

avec les commerçants

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 16:28

IMG 3720On est allées sur la tombe, ma mère, ma sœur et moi.

Au cimetière juif de Portet-sur-Garonne, le nouveau, parce que l’ancien – où est ma grand-mère – est plein. La pierre n’y est pas encore, c’est une dalle de béton, avec même pas de nom, mais quelques jolis cailloux et une … Non, en fait on a commencé par se tromper de trou.

Dans nos souvenirs de Juillet, c’était la troisième en partant de la dernière allée. Là, Février, il y a une nouvelle rangée pleine et dans la suivante, trois fosses creusées. On s’est trompées !

La bonne sépulture est aussi une dalle de ciment, agrémentée aussi de jolis cailloux mais il y a quand même une petite plaque provisoire et amovible avec son nom et … un petit olivier en pot apporté par Sammy, le frère de mon père, demi, mon oncle préféré.

Un olivier parce qu’il en est poussé un - dit Sammy qui y est retourné l’année dernière avec ses fils - sur la tombe du père de mon père à Oran. Et que dans son jardin mon père choyait le sien et s’occupait fort efficacement de ses récoltes annuelles, saumures successives et bocaux aromatisés. Les olives étaient petites, avec des noyaux costauds, mais elles avaient très bon goût, sans compter celui des souvenirs d’Algérie.

Donc on était toutes les trois penchées sur la bonne dalle après s’être épanchées sur l’autre, avoir un peu ri de pleurer devant les nouvelles béances toutes prêtes.

Et je les ai serrées toutes les deux dans mes bras.

 

 

 

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