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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 15:31

Pour ceux d'entre vous qui ne sont pas venus à La Loge dimanche 26 juin, pour les deux dernières siestes acoustiques de la saison.

Aussi pour ceux qui sont venus et qui se demandent quel est ce texte formidable (et bouleversant) que j'ai lu (magistralement).

Le voilà, le voici, un inédit ...

J’ai bien vu le chanteur de rock, au bord du podium, il te dévisage un maximum Oh mais je sais que tu t’en fous, je suis comme un paon qui fait la roue …

Je m’arrêterais bien à tous les mots, tant ils racontent chacun leur temps, dans un concentré fulgurant. Le chanteur de rock ! le podium ! un maximum ! … me projettent immédiatement à la fête du village.

Au pied du plancher monté sur la place de l’église, au bout duquel trône « le podium » chargé de « la sono ». Les gars en bleu sont encore en train de clouer les planches sur les travées. Je suis venue jeter un œil, sous prétexte d’une course à l’épicerie-café-tabac-dépôt de pain, qui existe encore à l’époque.

Ce soir ce sera le bal.

Avec un orchestre itinérant et un chanteur nase, mais dans la nuit d’été, sur « Pour un flirt » gros tube, on rêvera qu’il se passe des choses qui ressemblent à « Tu me fais planer ».

y a pas que de la musique aux siestes acoustiques

Et je suis le roi du bal, moi qui n’étais qu’un petit mickey …

Nous sommes tous des petits mickeys, filles et garçons, gens d’ici encore nombreux, vacanciers de passage ou réguliers. Ce soir, nos parents feront le tour de la fête avec les petits, les emmèneront à la pêche aux canards et manger une glace, pendant que nous, les ados, aurons la permission de minuit, perdus entre les ombres et les lumières de la piste. Ton amie Chantal n’a trouvé personne, mon frère et ses copains font les cow-boys au bar

Nous on est tout seuls à dix mètres au-dessus du sol, tout s’éteint, c’est trop bien de danser dans le noir

Evidemment je cite de mémoire, cette chanson n’est pas une chanson, c’est mon histoire. Mon amie Chantal habite toujours là-bas, dans la belle campagne de mes étés d’enfance. Je n’ai jamais eu de frère, mais mon amie Nicole et ses cousins faisaient probablement les cow-boys à la buvette, pendant que moi je rêvassais au bord de la piste, voire dans les bras, en tout cas, les mains sur les épaules, d’un type que je n’avais jamais vu de ma vie et qui ne me plaisait pas plus que ça. Mais qui avait eu la gentillesse de m’inviter à danser un slow.

Tu me fais planer, lalila lilalilé … tu me fais planer oh oh yeah

Ça pour planer, je planais, moi qui n’ai jamais pris aucune drogue, je planais sur la musique, l’idée de la musique, l’idée de Michel Delpech, de la douceur de sa voix qui passait à travers celle de son pâle imitateur par la simple vertu de ses mots, de ma mémoire et de mon imagination échauffée par les odeurs de barbe à papa et de pétards de pistolets à amorces. Je suis dans les bras de n’importe qui, mais je suis transportée quand même.

Il essaie de frotter son début de moustache contre ma bouche, je détourne la tête, il hausse les épaules. Ça ne coûte rien d’essayer.

Quand le slow sera fini, il me dira merci, moi aussi. Et il ira tenter sa chance avec une autre, moins inexpérimentée ou moins difficile.

Je resterai sur les planches, tournoyant, les bras pendants comme des ailes paresseuses.

J’ai 14 ans, en attendant que ma vie décolle, je me fais planer toute seule.

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