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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 10:33

#manifestation #CRS #TAFTA #ShangriLa #Paris #ATTAC #MarchéTransatlantique #protest

Mon père serait fier de moi.

Hier soir, à l’appel d’ATTAC qui manifestait contre le Grand Marché Transatlantique et l’accord dénommé TAFTA (Transatlantic Free Trade Area) je suis allée voir ce qui se passait au coin des avenues Albert de Mun et d’Iéna.

J’arrive par le CCI (Chambre de Commerce International) et je descends l’avenue d’Iéna derrière une paire d’hommes en bleu. La circulation des voitures est libre, mais chaque trottoir est limité par des barrières métalliques.

Petit attroupement devant un immeuble d’habitation à terrasses. Un vague pick-up avec des gars qui remballent, une pancarte en carton écrite à la main « on n’avait pas grand-chose et maintenant ce sera TAFTA rien », une paire de types maquillés en clown, quelques dames avec des tracts, une petite bande de gars en T-shirts bleus avec des poulets en plastique à la main, une ou deux interviews tranquilles à petits micros amateurs. Je remonte parmi ces gens, déçue du peu d’affluence, jusqu’à une barrière tenue par une brochette de CRS. Je demande si je peux passer par là pour aller au métro Iéna. On me dit « non, prenez par le trottoir d’en face.

Je retourne par d’où je viens et là quatre CRS sans barrière me font signe que je ne passerai pas. Ils laissent en revanche d’autres piétons passer mas pas moi.

Je demande pourquoi.

Vous étiez à la manif ?

Je suis allée voir ce qui se passe.

Vous étiez à la manif.

Je suis simplement allée voir en face, votre collègue m’a dit de passer par ce côté.

Faut faire tout le tour, remontez Albert de Mun, vous ne passez pas.

Mais pourquoi les autres passent et pas moi ?

Vous êtes une manifestante.

Qu’est-ce que vous en savez ?

Les badges sur votre sac.

Je tremble un peu déjà mais je ne renonce pas, je réclame une explication.

En gros j’ai droit à : on a des ordres, la dispersion de la manifestation doit s’effectuer par le plus long chemin, les passants passent et les manifestants pas.

Rien ne me rend dingue comme les sentiments d’impuissance et d’injustice.

Devant ces types armaturés comme de gros jouets transformables en insectes ou en chars d’assaut, j’ai les larmes aux yeux. Je répète que je veux seulement comprendre la LOGIQUE de leur démarche.

Le mot les amuse, mais je commence à les fatiguer.

Pas de logique, des ordres.

Indignée, je demande si c’est légal. Je dis qu’il faut avertir la presse, que je vais appeler un journaliste. Le brigadier-chef (si j’ai bien compris son grade) me dit « si vous voulez appeler, appelez maintenant »

C’est une menace ?

Appelez maintenant.

Je suffoque, aucun nom de journaliste dont j’aurais le numéro ne me venant à l’esprit, j’appelle un ami, un qui s’y connait en manif.

Je lui expose mon cas, en larmes.

Un autre CRS se lance dans la conversation que j’ai au téléphone. « Venez en parler à notre juriste, il arrive. »

Je raccroche, m’approche du nouveau venu, un jeune harnaché comme les autres, calme et souriant.

Comment voulez-vous que je sois juriste ?

Ben, vous pouvez avoir fait des études de Droit, obtenu un diplôme …

Ils se foutent gentiment de ma gueule, on discute.

Dans la journée ils ont déjà fait une manif de retraités – 2 000 personnes et une de motards – 500

Là ils étaient 300 tout à l’heure, c’est en train de se disperser.

Ils sont 50 CRS pour 300 manifestants me disent-ils. Ça les fait un peu rigoler. Ils ne savent pas contre quoi on manifeste. Avec une dame qui refuse aussi de tourner les talons et est venue me rejoindre, on leur explique le traité dégueulasse de dérégulation totale, chacune avec ses mots.

Elle et moi on aura fait ce qu’on a pu : Résister, informer, dialoguer, se ridiculiser.

Comme j’ai repris du courage avec ces deux good cops, je retourne voir ceux qui m’interdisent le passage, encouragée par les jeunes : « ils ne vous laisseront pas passer, y a les commissaires en face, très en arrière là-bas qui les surveillent, s’ils vous laissent passer ils seront sanctionnés, pareil pour nous. Mais allez-y vous pouvez toujours essayer »

Donc là, parmi les trois, y a le chef qui fait le rogue, le rigolard qui me voit venir et un autre, sourcils teints qui ne dit pas un mot.

Le rogue préfèrerait que je ne parle pas du tout, mais me réexplique qu’il a des ordres.

Le rigolard s’étonne qu’avec un gouvernement de gauche il y ait encore tellement de manifestations. Je demande si, maintenant qu’on a bien discuté ils ne pourraient pas tout simplement me laisser passer, là, d’être humain à être humain et parce que je suis aussi têtue qu’eux et que comme eux je n’aime pas qu’on piétine mon honneur.

Comme je questionne encore les fameux ordres, le rigolard me raconte qu’à une autre manif les consignes étaient clairement « d’embêter les manifestants ».

Je remarque que ça n’est pas une démarche de maintien de l’ordre.

A chaque fois que j’essaie un peu de les chatouiller, ils se rétractent, preuve que ce sont bien un peu des crustacés. Des crustacés ouverts au dialogue mais pas à l’indulgence encore moins à la nuance.

On ne bouge pas, il reste un groupe de deux et un de trois manifestants en face, des civils qui discutent sur le trottoir mais quand même considéré comme perturbant l’ordre public.

Au talkie, le commissaire demande de ne pas lâcher.

Un des CRS me propose d’aller demander à « mes amis » de se déplacer légèrement vers le bas de l’avenue, si je veux être libérée plus vite.

J’apprendrai ensuite que la manif devait se tenir devant l’hôtel Shangri-La où doit se dérouler « un dîner de lobbyistes à 1 500 euros par tête » et que ce sont les CRS qui ont placé les barrières de manière à ce que les manifestants soient contenus à distance de l’hôtel devant un immeuble d’habitation.

Qui est responsable de la gêne pour les gens du coin ?

Finalement, au bout de quarante-cinq minutes ceux d’en face sont partis, les CRS remballent. Le chef déclare que je peux passer et qu’il m’accompagne.

« Vous avez gagné me dit-il » et moi « Pas du tout, je ne passe qu’une fois le barrage levé, donc disons que c’est un match nul ».

Ensuite j’ai marché jusqu’à l’Alma et le long de l’avenue Montaigne avec la nette impression d’être au pays de l’argent. Les boutiques étaient encore plus dorées que la lumière du soir, dorées et gardées par des hommes en noir.

Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?
Est-ce que j’ai une gueule de manifestante ?
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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 15:02

Réunion anti publicité, comme une boucle bouclée. Ça aurait fait rire mon père de me voir là ou de m’entendre raconter. Lui qui a toujours pensé, dit, professé, que la pub c’était le Mal, le ver dans le fruit, le premier rouage de l’engrenage maudit.

Moi j’ai insisté pour y travailler, par goût de ce qui brille, par goût de l’opposition aussi. Et je m’y suis bien amusée.

Il ne m’en a pas affreusement voulu. C’était un des avantages de cette famille : on vous présente les écueils et si vous vous jetez quand même dans le bain, on garde sur vous un œil attentif, confiant, aimant.

Donc oui, j’ai assisté ce mois-ci à une réunion publique pré-électorale organisée par le PG et le RAP (Résistance à l’Agression Publicitaire). Je me sentais un peu comme une infiltrée. Mais finalement, comme souvent, ni cet excès d’honneur, ni cette indignité, je vois la justesse de leur raisonnement : la pub c’est l’organe de propagande du système capitaliste. Difficile donc d’être contre l’autre, sans résister à l’un.

Mais comme je ne suis pas à une contradiction près, et surtout que je suis tout sauf radicale, je n’embrasse pas complètement la cause.

Comme disait Willy qui ne l’entendait pas du tout dans ce sens-là : « c’est le difficile, qui est le chemin ». Il valorisait l’effort par-dessus tout.

Moi j’en suis à la difficulté de concilier mes opinions et mes goûts, mes goûts et mes dégoûts.

Et puisque je viens de citer une phrase prise du seul journal intime qu’il aie jamais tenu, dans sa vingtaine, je vous en donne un petit extrait où transparaît son caractère, mêmes formulations, même esprit …

28 novembre 1955

… j’adore les petites réunions entre copains où je peux briller. Quand je dis briller je pense plus à un mot espagnol qui rend mieux ce que je veux dire car il est réfléchi : lucirse (se faire briller). Ce désir de se faire briller m’amène à toutes les extravagances qui font de moi le type que l’on peut écouter parce qu’il a toujours une plaisanterie à la bouche et de temps à autre, un mot d’esprit. Et il y a des jours où je me demande si je peux être sérieux. J’ai tenté l’expérience souvent et alors je ne suis plus du tout intéressant. Je ne suis pas homme à tenir les conversations d’intérêt général sur des sujets sérieux. Impossible de m’y arrêter. Et c’est là que j’ai gardé mon esprit d’enfant.

J’aime beaucoup lire, déchiffrer (il avait déjà une écriture minuscule et convulsive, Willy, même avant ma naissance) ce journal, c’est comme passer du temps en sa compagnie, comme une conversation neuve, puisque ces pages sont tout à fait inédites. Et j’y retrouve avec un plaisir paisible, non seulement sa voix, mais aussi des mots de famille comme ‘sempiternel’ ou ‘pas reluisant’ ou encore ‘faire feu des quatre fers’.

Ça fait un an et huit mois, il est toujours là.

Willy & Charlotte

Willy & Charlotte

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 12:18

Grâce à cet ingénieux système qu'est photojojo, je reçois tous les quinze jours un message que j'ai écrit l'année précédente à la même époque. La lettre à soi-même, à sa personne future, c'est un rêve classique devenu facile à réaliser.

Comme je suis assez contente de mon message de mars 2013, je le copie ici, de manière à opérer une torsade supplémentaire dans la guimauve du temps ...

"en reflet par rapport au message de l'année dernière : deuxième anniversaire de Fukushima et tout le monde s'en fout grave, l'actu ne s'intéresse qu'au nouveau pape appelé non pas araignée mais françois premier. Mon père qui rentrait à Pasteur n'en est donc plus ressorti que pour aller rejoindre le cimétière juif de Portet voilà bientôt 8 mois. Je n'y pense pas tout le temps, maintenant j'en suis à penser que je n'y pense pas tout le temps. Hier j'ai rêvé qu'il mourait calmement face contre terre. Nina est grande et douce et formidable. Charles est grand, doux, tendre, musical et drôle. Sardine est petit doux et précieux. Ma vie est bonne je nous embrasse."

Donc nous en sommes au troisième anniversaire de Fukushima, dans la même indifférence, je pense toujours que je ne pense pas tout le temps à mon père. Il m'arrive même de penser aux pères des autres qui les ont perdus aussi ... Hier je moulinais dans ma tête un petit écho à Lacan : "la mordue perd" ... Je précise que pour le pape, j'ai corrigé aujourd'hui le lapsus de 2013 : j'avais bien sûr écrit "le nouveau papa". Quant aux douceurs, elles sont avec moi. Et avec vous qui me lisez aussi, ainsi que je vous le souhaite.

d'une année l'autre
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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 18:18

Et si de temps en temps j'utilisais ce blog comme un journal ? J'ai bien le droit, c'est à moi. Et aujourd'hui, j'ai deux trois choses à dire qui vont m'empêcher de continuer à lire si je ne les écris pas.

Deux remarques sur le film d'hier soir : d'abord, à voir ce type qui écrit des lettres manuscrites pour des gens qu'il ne connaît pas, je me suis dit sans réfléchir "ah bon, même dans le futur, il y aura toujours du boulot pour moi"

Ensuite, j'ai admiré le talent de la costumière (une, vérifié au générique) qui arrive à suggérer le futur, justement, simplement avec une gamme de couleurs et des pantalons TAILLE HAUTE !

Le film c'est HER de Spike Jonze. Que je recommande, mais je n'en dirai pas plus aujourd'hui pour ne pas gâcher vos plaisirs.

Et puis ce matin je suis allée passer une radio des cervicales, c'est une vieille affaire, un problème de courbe inversée et de trou de conjugaison rétréci (quel beau vocabulaire) qui provoquent parfois des douleurs dans ma nuque, mes épaules, mes bras, ainsi que de vilains fourmillements dans mes doigts. Mais bon je vous rassure, ça n'a pas empiré depuis la dernière il y a quatre ans. C'est ce qu'on pouvait attendre de mieux. Je n'ai qu'à me tenir droite et continuer le yoga.

Et donc, au centre de radiologie, comme je suis prévoyante, j'avais pris un bon livre pour la salle d'attente, encore un iris Murdoch, The Flight From The Enchanter, 1956. Je lisais ça avec gourmandise entre les appels des noms inconnus de mes voisins et les multiples du mien, sur fond de radio smooth jazz un peu écœurant mais pas nullissime ... Et je m'émerveillais d'Iris. Voilà très peu de temps que je l'ai découverte, je me suis demandé comment ... une couverture qui flashe chez Oxfam, quelques mentions chez Martin Amis et puis les photos sur le Net et puis les textes que lui a consacrés son John Bailey ...

Maintenant il n'est plus imaginable que je l'aie jamais ignorée.

Y avait une autre bricole ... Ah oui, le coup de l'escalator arrêté. Beaubourg, soir, la sortie passe par des marches endormies et au moment de poser le pied sur la deuxième, me revient ma chute dans ceux du métro le matin, une toute petite chute, un trébuchement, en montant cette fois. Et le fait qu'une marche m'en rappelle une autre m'a fait penser à la dalle dansante de Venise sous le pied de Proust, à la manche du pull de John Bailey qui s'accroche à un bras de fauteuil ... Dans les deux cas, ces trébuchements d'écrivains les ramènent par la sensation à des souvenirs anciens. Moi seulement du soir au matin même, et à eux deux tout de même.

Et j'arrête là parce qu'écrire avec une tête de chat sur la main, c'est pas facile !

quatre mars deux mille quatorze
quatre mars deux mille quatorze
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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 10:13

La forêt tout autour, c'est le monde qui ne va pas fort, les combats dans lesquels il faudrait s’engager, les causes qu’on pourrait rejoindre.

Entre deux attitudes j’hésite.

Il y a Pierre Rabhi et son colibri. Quand la forêt brûle, il vole chercher de l’eau à la rivière dans son bec minuscule pour arroser l’incendie goutte à goutte. Les autres sont incrédules, mais lui "fait sa part". Il a sa conscience pour lui.

Et puis il y a Joseph Delteil et sa forêt paléolithique, théâtre de la somptueuse recette du lièvre rôti : vous mettez le feu à la forêt et quand c’est fini vous récupérez votre dîner bien cuit.

Il avait aussi la conscience, Delteil - dès 1972 il maudissait l’énergie nucléaire - mais il avait surtout pour lui la poésie. Une certaine élégance sauvage. Entre les deux mon cœur balance.

Willy était très Rabhi. Il me semble d’ailleurs qu’il a dû aller visiter La Blaquière, où le Pierre a mis en pratique sa vision de l’agro-écologie.

Faire sa part, faire de son mieux, faire un effort, c’était la ligne de mon père. Et que qui veut le suive (pour que le feu de forêt s’éteigne il faut que nous soyons TRES nombreux). Il partait du principe que l’homme est bon. Il était prof, par force donneur de leçons, montreur d’exemple et un peu tribun aussi. On n’est pas colibri sans un peu de tchatche.

Le panache désabusé glorieux de Delteil n’était pas du tout son truc. Je ne suis pas certaine que la poésie soit tout à fait le mien.

Quand je m'inquiète du fait que ma part est décidément très petite (un peu d'argent là, un peu de bénévolat ici) je repense à la fameuse phrase : l'homme est sur terre pour la détruire, c'est sa mission c'est son destin. Qui me repose un peu.

Je pense aussi à Donald Fagen, qui remarque "I was never much of a joiner" où je me reconnais bien : le collectif c'est pas mon truc.

Et la destruction non plus. Mes parents m'ont trop bien élevée. On n'est pas du genre à gaspiller, alors le beau geste de tout brûler pour le plaisir du feu, je me l'interdirai.

Je repensais ce matin à "j'ai pas fait exprès" à quoi on me répondait invariablement "ça ne suffit pas, il faut faire attention".

De même que la folle élégance du crime gratuit ne m'est pas permise, la grande humilité du geste minuscule qu'on espère démultiplié m'échappe.

La forêt brûle, les lièvres s'enfuient, les colibris jouent les camions citernes, et moi, je pense à Willy.

 La forêt brûle et moi je suis tiraillée La forêt brûle et moi je suis tiraillée
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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 11:20

j'adore la New York Review of Books, j'aime leur esprit, leur ligne, leur morale leur politique. Tous ses contributeurs sont intelligents, compétents, intéressants.

Mais là, quand même, je me suis un peu moquée.

C'est à propos de l'Impératrice douairière de Chine décédée en 1908.

Jonathan Mirsky dit , se référant à l'auteur du livre[1] : "she relates a curious love affair - unlikely to have been consummated - between Cixi and her favourite eunuch ..."

(elle raconte une étrange histoire d'amour - qui n'a vraisemblablement pas été consommée - entre Cixi et son eunuque favori)

Donc oui, j'ai ri, sur cette espèce de blague entre tirets. Je pourrais blaguer aussi et dire que j'y ai vu un aveu d'impuissance, mais faut pas pousser.

Le type - qui ne doit pas être tout jeune - n'imagine pas une seconde qu'on puisse, même en étant impératrice de Chine, "consommer son eunuque favori".

Alors que bon, cet eunuque favori, il avait un cerveau, un visage, une bouche une langue, des bras, des pieds, des doigts, largement de quoi, il me semble, satisfaire les exigences de quelqu'un qui lui voulait du bien.

C'est d'autant plus amusant, cette vision d'histoire d'amour non consommée faute de, faute de quoi d'ailleurs ? Je ne sais même pas comment c'était fait un eunuque. Mais peu importe la mutilation subie. Pour 'consommer une histoire d'amour', si on en a envie on se débrouille toujours.

D'autant plus amusant que ? Que moi-même dans Plaisir d'Offrir, je signale que je ne considère la baise accomplie que s'il y a eu pénétration par le sexe en face.

Mais depuis, je me suis assouplie, j'ai dû tomber sur des personnes un peu plus complexes, plus douées, ou plus inventives. J'ai dû mûrir un peu moi-même.

Et j'ai vu les contours de ma définition devenir flous.

Le plaisir est comme l'eau, il passe où on lui laisse la place.

J'imagine très bien, Cixi dite aussi Tseu-Hi - le chinois nous semblant parfois aussi obscur que le plaisir - passant des nuits entières avec son eunuque d'amour, se donnant de la joie, lui en donnant également et vice versa, en tous sens et jusqu'à satiété.

Sans compter que sa table de nuit de laque précieuse contenait peut-être aussi quelques accessoires d'ivoire.

Et je ris de penser que Mister Mirsky a glissé entre tirets dans son excellent papier qui court sur trois des grandes pages de la NYRB, et sans même s'en rendre compte, une petite bombe réactionnaire.

[1] Empress Dowager Cixi : the Concubine who launched Modern China, de Jung Chang chez Knopf

Cixi impératrice
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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 13:33

Je ne suis pas toute seule aux rendez-vous du 26. Je sais maintenant que certains membres de la famille viennent me lire ces jours là.

Je n'écris donc plus tout à fait que pour moi mais pour eux aussi. C'est une responsabilité. Je les en remercie.

Nous voici donc un an et demi après ... et je vais encore avoir du mal à choisir le mot : sa fin ? sa disparition ? sa mort ?

Il n'a pas fini de nous faire penser, sentir et réfléchir.

Il n'a pas disparu tant qu'il est dans nos pensées.

Mort, c'est plus indéniable. Pas satisfaisant du tout, mais irréfutable.

Donc au bout d'un an et demi, l'envie de le raconter dans la cuisine.

Quand je venais passer quelques jours, ou juste déjeuner. Je lui demandais si je pouvais donner un coup de main.

Il manipulait méticuleusement ses préparations, un assortiment de ses spécialités , celles héritées de sa mère : cuisine juive polonaise et juive algérienne et celles rapportées de voyages en Amérique latine.

Tu peux laver la salade si tu veux.

J'arrivais souvent trop tard pour couper les carottes en petits morceaux de toute façon, hacher les oignons ou épépiner les tomates.

Va pour la salade. Une pauvre chose flapie emballée dans un sac en plastique dans le bac à légumes. Que je me mets en devoir de laver, trier, placer dans un saladier. J'écarte les bords de feuilles tachés et les parties tellement ramollies qu'elles deviennent transparentes dans l'eau froide.

Moi nettoyant , lui mijotant, nous papotons, ou plutôt je l'écoute.

Et je regarde sur le bord de la fenêtre devant l'évier les petites plantations dans des théières individuelles et diverses poteries éclopées.

Mon travail terminé, je lui demande si j'assaisonne. Il jette un œil à mon saladier puis vérifie dans la poubelle.

Tu en as beaucoup jeté !

Ben oui, elle était toute fanée ta salade.

Ah bon, moi j'en aurais gardé davantage.

Je ne sais pas, ça m'émeut.

Comme le jet lisse bien cylindrique de la petite théière qu'il aimait bien.

Je m'en suis offert une qui verse de même. Et me suis empressée dès les premiers jours, au cours de la manipulation hasardeuse d'un bocal à jeter, d'en ébrécher le couvercle.

26 janvier
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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 17:48

J’ai trouvé un plaisir plus avouable que celui de détester ce que tout le monde adore : aimer ce qui ne plaît à personne.

Bien sûr, ce serait trop facile, mes ‘tout le monde’ et ‘personne’ sont absolument caricaturaux et grossiers.

Donc j’aime, là, cette série de real-TV anglaise qui s’appelle Gogglebox, où le téléspectateur regarde des téléspectateurs en train de regarder la télé. La production a choisi des familles typiques et typées, a installé des caméras autour de leurs postes de télévision, leur impose de regarder certaines émissions chaque semaine et recueille donc leurs réactions à chaud.

Ils sont finauds, incrédules, captivés, blasés, cruels, marrants, endormis, émus … et toute cette sorte de chose. Je les trouve absolument drôles et je ne me moque pas. J’aime d’autant plus l’idée qu’il s’agit d’une que nous avions eue au boulot, le défunt regretté Christophe Nury, moi-même et quelques autres, à nous entendre nous-mêmes commenter, en professionnels avertis mais néanmoins piégés, des merveilles du genre ‘Ile de la Tentation’ ou ‘Qui veut Epouser Mon Fils ?’. Nous nous proposions d’installer des caméras pour filmer nos grimaces, gondolages et remarques acerbes ou stupides et d’en faire un programme intitulé LDP pour Langues de Putes.

Je partage donc mon enthousiasme avec un extrait choisi sur Face Book et aucun de mes amis ne réagit. J’insiste mais tout le monde s’en fiche. Et je m’aperçois que cette impression d’être « la seule » à aimer ça (à part quelques millions de sujets de sa Majesté la Reine) me réjouit absolument.

C’est un peu comme quand Dominique Gaultier, mon bien aimé éditeur et âme du Dilettante, me fait remarquer que mes bouquins préférés de sa collection sont ceux qu’il ne vend guère. Je ne les citerai pas, pour éviter de froisser les uns ou les autres.

Meilleur donc, que de détester’ Les Choristes’ ou ‘les Ch’tis’ sans les avoir vus, de ne pas supporter d’entendre Vanessa Paradis ou Jean Dujardin (la vision de leurs personnes me fait le même effet repoussoir) ou de refuser catégoriquement d’acheter un Smartphone tant que mon fidèle Nokia refusera de rendre l’âme, et même à ce moment-là.

Ça n’est pas que j’aie l’esprit de contradiction, mais bien, me semble-t-il le goût contraire. Et voilà que je savoure ce que j’imagine être une particularité. Avec la satisfaction disais-je du versant positif de ce penchant. Comme si je m’améliorais doucement.

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 11:36

Albert Camus donc. C’est son anniversaire, y a des commémorations partout.

Albert Camus l’Algérie, l’engagement, la République Française et sa mère.

20 ans de plus que mon père qui l’admirait beaucoup.

Ça n’est pas que je cherche des points communs, c’est que Camus me saute à la figure.

Je lis un article dans lequel une américaine fille d’Algérie cite Noces à Tipasa. A propos de l’amour de Camus pour la terre, la mer, la lumière du pays.

J’ai un exemplaire de NOCES, très vieux, très abîmé, la couverture s’en est détachée, je l’ai enveloppé dans un sachet en plastique transparent et rangé sur une étagère près de mon lit.

C’est  ma mère qui me l’a donné, après leur divorce, quelques années plus tard je crois. Parce qu’elle ne voulait ni le garder ni le perdre.

Son exemplaire à elle, offert par mon père juste avant, ou juste après leur mariage (je n’ai pas le courage de l’ouvrir pour vérifier la date).

Avec une dédicace bien sûr, que j’ai relue, la dernière fois que je l’ai ouvert.

L’amour, la jeunesse, la promesse … je me suis dépêchée d’oublier les mots et de de me laisser envahir par les larmes. Parce que c’était trop.

L’amour, l’Algérie, les livres.

L’écriture de mon père, fine et trop légère, qui tient à peine sur les lignes, très difficile à déchiffrer, lettres à peine formées, elle court, elle vole.

J’ai beaucoup de lettres de mon père, pas du tout le courage de les relire, même pas une.

J’ai le temps.

Mais pour en revenir à Camus, ses attachements : l’Algérie et la France et sa mère.

Comme Willy. L’Algérie de son enfance et sa jeunesse, de ses études. La nationalité française du décret Crémieux. Le professorat, au service de la France quoi, quand même.

Quant à sa mère, « c’est tout un poème ! » aurait-il dit - ou n’aurait-il pas osé dire ? Il était le fils ainé, d’un père mort trop vite, il a toujours été très proche d’elle. Gratitude absolue et amour obstiné, envers et contre toutes.

Ses mutations conditionnées par les adresses de sa mère.

Ses dimanches (et les nôtres) tous à elle consacrés.

Et jusqu’au bout bien sûr, jusqu’à la maison de retraite où elle a dû terminer sa vie, jusqu’à ses 100 ans, jusqu’à ses 104 ans même, jusqu’à la fin.

Et sa mission vaillamment accomplie, le temps de se reposer un peu d’elle et d’écrire ses mémoires, parti lui aussi sur le sillage d’elle.

Mais je n’en sais rien. Je dis ça d’ici, à cause d’Albert et de sa fameuse phrase … Je crois qu’il ne me reste plus, en attendant de pouvoir ouvrir la boîte où sont les lettres de Willy, qu’à relire Camus.

 

rendez-vous du 26
rendez-vous du 26
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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 12:59

Elle a inventé le pimpant grinçant, gloire à elle !

Les bandes dessinées d'Anouk Ricard sont comme des mille feuilles acidulés, comme les gâteaux aux couleurs inmangeables dans une vidéo de Pierre Huyghe, comme les sous-pulls dans les films d'Eric Rohmer.

A première vue : couleurs franches et vives, trait malhabile, personnages sommaires, clinquant enfantin. Ensuite, à lire, dès qu'on s'y plonge : cruauté sans bornes, humour faussement basique, critique sociale féroce, perversion ...

Mary Frances Kennedy Fisher disait qu'il ne faut pas confondre innocence et naïveté. La brutale innocence d'Anouk Ricard - tiens, on a les mêmes initiales - l'aurait comblée.

C'est devenu un cliché de dire que l'enfance n'est pas douce et neuneu. Ça reste toujours compliqué de le traduire, une fois qu'on a passé l'âge.

Dans l'art, retrouver le fraîcheur du trait d'enfance, est une sorte de quête du Graal.

Anouk Ricard réussit à nous faire croire que contrairement à la plupart des autres petits d'homme elle n'a pas arrêté de dessiner à 7 ans, âge de raison et d'école uniformisante, que son dessin s'est simplement nourri d'une expérience d'adulte sans jamais perdre ni l'élan furieux - celui qui fait qu'au bout d'une heure de gouache, tout devient marron caca - ni le regard impitoyable - celui qui fait pointer l'haleine fétide du monsieur invité -

A la lire, je retrouve des sensations imbriquées anciennes : la fierté de porter le shetland à la mode, jaune, avec un pantalon à carreaux camaïeu feuilles mortes, et la honte absolue de la mauvaise largeur de patte d'eph associée au malaise du col roulé qui gratte,alors que les copines arborent les bons modèles avec une désinvolture totale.

M'ennuyer ferme devant les dessins animés tchèques, en feutrine et carton bouilli, ou regarder le Manège Enchanté, habitée de pulsions sexuelles pour mon voisin, le frère de ma meilleure amie.

Les mal coiffés, les mal fagotés, les vilains petits canards de la petite école, dont j'avais parfois l'impression de faire partie, reviennent entre les cases d'Anouk Ricard, mais plus encore, cette sensation que personne ne se rend compte que, même sabotés pas nos parents ineptes, nous comprenons tout, surtout ce qu'ils essaient de nous cacher.

Dans Coucous Bouzon, le monde de l'entreprise avec son jargon, ses rituels pseudo professionnels, ses petits chefs abrutis, ses relations factices et obligatoires, en prend pour son grade. Et les adultes sont remis à leur place : tout aussi pathétiques que sur la photo de classe, et dans le même ordre souvent, les petits devant, les grands derrière.

Je suppose quand même que son dessin la dessert : ceux qui n'ont pas mis leur nez dedans sont persuadés que ses livres s'adressent aux petits. Ou qu'ils sont primaires comme les couleurs. (Je connais le coup avec mes couvertures Dilettante claquantes de couleurs, de poupées et de fruits : les petites filles se jettent dessus et leurs mères ne réagissent pas tout de suite ...)

Mais son dessin c'est sa voix. Chatoyant tutoyant.

Son dessin c'est aussi son armure et son cheval de Troie. Sous les couleurs vives et allures naïves, elle peut être méchante, cruelle, violente, injuste, impunément.

Peut-être que sont style lui sert de filtre ? Qu'il lui évite les malentendus. D'être aimée pour les mauvaises raisons par exemple.

Ce qu'elle réussit très bien aussi c'est la gêne, l'embarras, un truc imparable - comme Larry David avec son Curb Your Enthusiasm mais dans un style radicalement opposé - pas seulement dans le scénario mais aussi dans ce décalage outrageux entre le dessin et l'histoire, le malaise que crée le trait est des plus délicieux ... comme la raideur du pantalon de Larry David au niveau du boutonnage de la braguette, une espèce d'effet d'indécence. Anouk Ricard marie la gêne et le plaisir.

Et puisque nous y sommes, son PlanPlan Cucul est une petite merveille. Elle y pousse au maximum sa manière de ne pas y toucher avec la main dans la culotte.

Je l'ai croisée une ou deux fois en personne, tout ce que j'ai trouvé à dire c'est "je suis fan" avec une petite révérence involontaire, venue de mes lointains cours de danse classique.

Comme ça, la prochaine fois qu'on se voit, elle pourra répondre "je sais" en me tirant la langue.

AR
une page de Coucous Bouzon

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